‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 31 sur 165 · CHAPITRE III II · texte numérisé non relu

CHAPITRE III II

4* lanciers, était alors lieutenant dans les lanciers de la Garde royale. Malgré sa position il ne craignit pas de se compromettre en m'admettant à sa table pour le temps que je resterais à Paris. Il est bon de dire que ses nouveaux camarades des lanciers de la Garde avaient presque tous servi dans l'ancienne armée et qu'ils étaient bien plus tolérants que les libéraux dont j'ai parlé. Je citerai encore mon compatriote Brajoux, dont j'aurai souvent occasion de rappeler les services généreux à mon égard, ainsi que MM. Chevalier et Baroché, anciens négociants, passage des Petits-Pères, etc. Ces messieurs étaient, bien entendu, des libéraux, bonapartistes comme moi. Etant dans mon département avant mon départ pour l'Amérique, je ne fréquentais que des napoléonistes, pour ne plus me servir de cette qualité de libéral si usée et si corrompue aujourd'hui; aussi quel fut mon étonnement de me voir prévenir par les royalistes de mon pays qui tous s'empressèrent de m'oiïrir leurs bons offlces; et, certes, je dois le dire, ces messieurs n'étaient mus que par un sentiment de générosité, car ni les uns ni les autres n'avaient besoin de moi, et ils n'en avaient certainement rien à craindre par leur position et la mienne; d'ailleurs, mes braves compatriotes étaient de ces hommes comme on en voit peu par le temps qui court. Ainsi je me fais donc un vif plaisir de les nommer ici : MM. Louis de Cordet, alors capitaine et aide de camp du maréchal Macdonald, qui avait acquis son grade cl sa croix sous l'Empire; il est devenu chef d'escadrons sous la Restauration, après vingt-cinq ans de bons services; Miremont, chef de bataillon dans la Garde royale, qui, aussi pur royaliste que vertueux dans sa vie privée, a donné sa démission en 1830; Andrès de Viry, capitaine dans les cuirassiers de la garde, pur comme M. de Mircmont, donna aussi sa démission en même temps; Arthur de Bouille, capitaine aide de camp du maréchal Oudinot, qui, partant pour l'Auvergne en chaise de poste, refusa une place à un de ses anciens amis pour me la donner. Arthur de Bouille devait

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donner sa démission en 1830; c'est ce qu'il fit, et c'est aussi ce que j'ai approuvé, car, en politique, de même que dans la vie privée, l'homme consciencieux ne doit avoir qu'une seule affection et en politique les affections doivent prendre leur source dans les convictions. Le Bertrand de la Restauration, le brave et loyal Lavilate, alors capitaine dans la Garde royale, fut l'un des plus empressés à m'offrirses services; on sait que ce digne officier a accompagné le duc do Bordeaux dans son exil et qu'il n'est rentré en France que contre la volonté du jeune prince et les vœux du fidèle Lavilate (1). Enfin, je citerai encore mes amis Robert Argillier, Caille, LigneroUcs, Morange, etc., tous servant à cette époque dans' les gardes du corps. A mon arrivée à Paris, il m'était dû quatre années de mon traitement de la Légion d'honneur. Les chefs de bureau de la Chancellerie n'avaient pas encore subi d'altération dans l'exercice de leurs fonctions, bien que la Grande Chancellerie ne fût alors, ainsi qu'elle l'est encore aujourd'hui, qu'un bureau détaché de la liste civile, aussi fus-je payé immédiatement de tout ce qui m'était dû, excepté, bien entendu, l'arriéré, qui est toujours mis à l'ordre du jour par nos honorables représentants.

Ma bonne mère ne m'avait pas oublié, ainsi que je l'ai dit; elle m'avait envoyé dés fonds sulRsants pour rendre à mes amis ce qu'ils m'avaient avancé, ce que je m'étais empressé de faire, car j'ai toujours été partisan et obscr- . vateur de cette maxime :

Ami droit et sincère,* il faut à ses amis Donner fldôlement ce qu*on leur a promis.

Sous le règne de l'Empereur, j'étais parfaitement heureux; cependant, dans ces beaux jours, Paris n'ayait

(t) Dans nos Jours de Terreur, 1793, le pôre de Lavilate devait porter ta noble ièXe sur Téckafaud révolutionnaire! Notre brave et loyal ami donna à Mme de La Valette cet exemple de sublime dévouement: il sauva son pôre, qui. incorrif^ible royaliste, donna une seconde fois à ron digne fils Toccasion oe mettre sa piété filiale & réprouve. I<e dévouement du fils Lavilate fut compris et admiré par le citoyen Bonaparte, alors Premier Consul, ^t par la bonne Joséphine. Le père do Lavilate conserva la vie.

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