‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 32 sur 165 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

aucun attrait pour moi; à plus forte raison» «n 1819, où rien ne m'y rappelait nos glorieux souvenirs; ma position, d'ailleurs, exigeait une vie calme et retirée, aussi m'empressai-je de quiUer cette ville pour me rendre en Au* vergne auprès de. ma digne mère.

Le département du Puy-de-Dôme était purgé de la présence de son brutal préfet,lesieur Harmand, qui a pris le nom d'Abancourt après la révolution de 1830. Ce héros du Midi en 1815 avait été remplacé par M. Edouard de Rigny, frère de Tex-vice-amiral de ce nom et du général de Constantine. M. Edouard de Rigny a laissé des souvenirs honorables dans notre département. Quant à moi, je n'eus qu'à me louer de sa sollicitude pour ma position militaire. Il eut la bonté de me présenter et de me recommander à M.le maréchal de Gouvion Saint-Cyr, alors ministre de la guerre, qui se rendait aux eaux de Néris.Ce maréchal me questionna aussi beaucoup sur le caractère de Bolivar et consorts. Mes réponses furent les mêmes que celles que j'avais faites à Paris aux généraux que j'ai cités; aussi me fut-il aisé de deviner qu'elles ne plurent pas à M. le maréchal qui, alors, faisait du libéralisme (1). En définitive, ce maréchal me dit : « Il m'est impossible de vous remployer immédiatement, mais je penserai à votre posi^ tion lorsque j'organiserai les cadres des vétérans, dans lesquels je vous placerai en qualité d'adjudant-major, etc.»

(1)' On a vociféré contre M. de Bourmont, duquel Je ne me déclare pas le défenseur id, mais ce (i[énéral, en désertant en 1815, n*a compromis que •son honneur et sa réputation, tandis que M. le maréchal de Qouvion Saint- Cyr a été la cause du désastre du fou(;ueux Vandamme qu*il pouvait ■secourir et sauver, ce qu*il ne fit pas. Quels sont les ofllciers, .sous-ofllciers et soldats qui oseraient prendre la défense de ce maréchal pour sa capitulation de Dresde* Les braves de Tarméo de la Loire ignorent>ll8 que M. de •Gouvion-Ç;iint-Cyr fut le premier ministre de la guerre des Bourbons après nos funestes désastres de Waterloo? Ne savent-ils pas que c'est lui qui a imposé et ordonné le licenricmcht général de cette armée qui faisait encore trembler nos ennemis dans Paris! Ah! monsieur de Oouvion-S^iint-Cyr, et vous taisiez du libéralisme trois années aprt^s seulement! quel beau caractère! Tl est mort aussi, celui-là: que Dieu ait pitié de son Ame pour le rachat de ses vieux péchés de l'Empire, par son ordonnance sur l'avancement, etc., etc.! Quant à moi, je pardonne aussi à sa- mémoire, mAme pour toutes ses calomnies sur la conduite do l'Empereur en Russie, etc.; car la vie de l'Empereur 'était au-dessus de la critique de tous ses détracteurs.

Il est probable, toutefob, que le maréchal de Gouvion Sainl-Cyr in*aurait réintégré dans les cadres de l'armée, malgré mes fâcheuses dissertations contre Bolivar, si je n'avais pas été desservi auprès de lui par le fameux comte Bccker dont j'ai parlé et qui était fort bien avec le maréchal Saint-Cyr. On sait que le comte Becker avait été l'un des gendarmes du comité La Fayette et C'« en 1815, pour conduire, surveiller et remettre l'Empereur aux mains des Anglais. Qui sait si, dans cette haute mission du comte Bccker, M. de Gouvion Saint-Cyr ne fut pas initié? On serait bien autorisé à le penser, d'après les divagations contenues dans les fameux mémoires de ce maréchal.

J'avais terminé mes afTaires à l'amiable, grâce à la loyauté et à la délicatesse de M. de Ch..., beau-frère de la personne chez laquelle j'avais lais3é mes fonds. Le maréchal de Gouvion Saint-Cyr était de retour à Paris depuis longtemps, et, ne voyant pas arriver l'organisation des vétérans, je me rendis dans celte ville. J'y rencontrai M. Dutremblay fils^ l'un des inspecteurs du Trésor. J'avais eu le plaisir de faire sa connaissance dans mon département en 1816, car il était napoléoniste comme moi. M. Dutremblay eut la bonté de me présenter à son digne père qui était alors premier commis des finances. M. Dutremblay père s'intéressa vivement à ma position; il me recommanda particulièrement à M. de Saint-Cricq, directeur des douanes, qui m'accueillit très bien. Il e.st bon de dire que je faisais cette démarche en désespoir de cause du côté du ministère de la guerre, car le maréchal de Gouvion Saint-Cyr venait d'être remplacé par M. le marquis de La Tour-Maubourg, qui, à son tour, épurait l'armée en en faisant sortir les brigands de la Loire pour les remplacer par les amis du Journal des Débats, et, nialgré la généreuse assistance des royalistes de mon département dont j'ai déjà parlé, M. le marquis de La Tour-Màubourg ne m'avait répondu que des babioles, c'est le mot. Cependant il s'était rappelé que j'avais servi sous ses ordres en Andalousie et en Russie;

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mais ce ministre était atterré par Tassassinat du malheureux duc de Berry (1). Il lui semblait voir des Louvel partout, tandis qu'il ne s'en découvrit qu^un seul. M. de Saint- Cricq m'avait promis de me placer avantageusement sur la frontière, et j'attendais paisiblement à Paris, lorsque, les malencontreux événements de juin 18.20 vinrent encore me précipiter dans de nouvelles tribulations. Quelle fatalité! Elle mérite bien une explication de ma part, car je ne crains les reproches d'aucun parti ni de qui que ce soit.

Ainsi, après avoir dissipé la valeur de six à sept mille francs pour la cause de la liberté en Amérique, éprouvé des fatigues et des privations incomparables à aucune autre, bravé les tempêtes et le feu de l'ennemi, et iiio trouvant réduit à cette époque à mon traitement de la Légion d'honneur et quelques cents francs de revenus, les libéraux pouvaient-ils me reprocher les démarches que je faisais pour obtenir un emploi du gouvernement? Les chevaliers d'industrie, les parasites qui fourmillaient dans Paris furent les seuls qui osèrent m'adresser de semblables reproches, pour lesquels je n'eus qu'un profond mépris. Quant aux libéraux consciencieux, afTectés de ma position, et ne pouvant y remédier, ils m'approuvèrent. D'un autre côlé, dans les services généreux que m'avaient rendus les royalistes de mon département et leur sollicitude à mon égard, ainsi que dans les promesses bienveillantes de M. de Saint-Cricq, y avail-il, pour moi, un engagement contracté, un serment, enfîn? Dans mon doute, je consultai des hommes de cœur qui me répondirent : « Non, vous n'êtes point lié par un serment; vous vous appartenez encore; restez avec nous. » Et je pris les armes en faveur du peuple, ainsi que je l'aurais fait dans les journées de Juillet (2); car en 1820 comme en 1830, le gouvernement

(1) 13 février 1S20. (0. S.)

(2) On sait que dans les journées d*émeute de Juin 1820. beautoup d*oflI< ciers en demi-solde furent compromis et se montrèrent en tAte-des groupes I d*étudiants et d*o«i\Tiers soulevés aux cris de ■ Vive la Chorle ». Dans le volumineux dossier de police conseivé aux Archives Nationales au nom de

fut agresseur» coupable» brutal et surtout imprudent. Dans de pareilles circonstances, je ne suis pas de ces hommes qui se cachent derrière le rideau pour paraître beaux après la victoire, afin d*en attraper tout le butin et pour remplacer ceux que le peuple a chassés. Je m'étais montré à découvert et trouvé dans les charges sanguinaires des dragons de la Garde; j'avais vu tomber le malheureux Lallcmand si lâchement assassiné par des soldats de cette même Garde royale (1), aussi fus-je dénoncé par la police et forcé de quitter Paris pour échapper aux poursuites et n'être pas coiïré. Ce fut un brave de l'ancienne armée, le commandant Vegolz, qui me prévint que l'ordre de m'arrêter avait été signé. Ce loyal officier en savait quelque chose, étant beau-frère du marquis Maison (2), alors gouverneur

notre commandant Penat, Je n*ai trouvé aucune pièce concernant la part précise prise par lui à ces Journées d'émeute.. Presque tous les documents conservés ont trait à son départ pour Naples et à celui pour la Oràce.

J'avais écrit au directeur des Archives pour lui demander si, dans son dépôt, il n'existerait pas quelque pièce ayant trait dire<>temcrit au r^le Joué par Maurice Pcrsat dans les émeutes de. juin 1820, rôle qu'il avoue dans la phrase ci-dessus. Voici la réponse fort aimable que M. Dejean a bien voulu m'adresser le 11 mai 1909 i

c Monsieur.

« En réponse à la lettre que vous avez bien voulu m'adresser le 6 de ce mois pour mo demander de compléter les renseignements qui vous ont été récemment fournis par mon administration sur le commandant Maurice Persat et son rOle au cours des troubles de juin 1820, J'ai le regret do vous faire connaître qu'outre les deux dossiers primitivement indiqués, il est difQrlio do vous signaler d'autres pi^cs de nature à établir plus nettement le rAle Joué par votre personnage. Peut-être pourrait-on, cependant, vous donner quolqucs renseignements sur les troubles de Juin au moyen des dossiers dos personnes qui ont été surveillées par la police ou poursuivies par la justice, bien que les rapports de la préfecture de la Seine manquent pour les années 1819 à 1824. et que les flches de la police ne fournissent, à première vue aucune mention des événements de 1820. — Agréez, etc. »

Voyez toutefois aux Document» êupplémentaireê (n* II) la supplique de P^nat où il entre dans quelques détails sur sa présence aux maniicstaUons de Juin 1820 (O. S.)

il) l^e jeune liOllemand, étudiant en dh>it, fut tué à bout portant le 3 juin i 820, aux abords du Palais-Bourbon, par un soldat de la Garde royale, au moment où il s'enfuyait en poussant le rri de ■ Vive la Charte >. Sa mort fut le signal d'une recrudescence des troubles. (O. S.)

(2) Nicolas-Joseph, marquis Maison, né à Ëpinav-sur-Seine en 1771, llls de paysan, général de brigade en 1805, général de division après la bataille do Polotsk, baron après le oassage de la Bérésina, comte après Leipzig, rallié aux Bourbons, refusa ae servir pendant les Cent-Jours, créé marquis en 1817, commanda en 1828 l'expédition de Morée, ce qui lui valut le

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