‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 33 sur 165 · CHAPITRE III II · texte numérisé non relu

CHAPITRE III II

de la l" division militaire et effréné royaliste. Depuis, ce marquis a fait du libéralisme en 1830, en escortant ce pauvre Charles X, qui l'avait cependant nommé maréchal quand même. Depuis 1830, M. le marquis Maison nous a semblé être encore une fois un fameux royaliste. Qui sait ce qu'il est maintenant? peut-être napoléoniste ou républicain; j'en doute, car il n'y a que des coups de sabre, des coups de fusil et des coups de canon à attraper ou à donner au ser\'ice de ces deux formidables partis (1). M. le marquis Maison en sait quelque chose, lui qui est si souvent resté sur les champs de bataille couvert d'honorables blessures. Ah! monsieur le général Maison, que vous étiez beau dans ces temps-là, surtout à Lille en 1814 !

Aimant la liberté pour tous, je chérissais la mienne, en sorte que je mis à profit le fraternel avis du commandant Vegolz. Aidé par mes bons amis Surgis et Bourdillon, j'entassai mes effets dans mes malles et quittai Paris do grand matin (2), afin de me rendre en Auvergne chez un de mes beaux-fréres nommé Bordes (3), qui habitait la montagne. Là, j'étais en sûreté et j'y pouvais narguer les scrgcnts.de ville et même les gendarmes.

Les Bourbons de la branche aînée n'étaient pas sans quelques vertus; il est certain qu'ils n'étaient pas agioteurs, ni spéculateurs, et qu'ils dépensaient grandement les vingt-cinq millions que nos complaisants représentants leur passaient chaque année. Ils n'étaient pas non plus féroces par caractère, ni vindicatifs. Prévenu par un bon

b&ton de maréchal. Après 1830, successivement ministre des affaires étrangères, ambassadeur et ministre de la guerre. Mort en 1840. (O. S.)

(1) Nos modernes patricféns, tous riches maintenant, ne demandent qu'à toucher leurs ^ros émoIumenU et à vivre en paix dans leurs chAteaux.

(2) Je fus bien inspiré, car une heure après mon départ, les limiort de la police se présentèrent avec une escorte de gendarmes pour opérer mon arrestation. Les gendarmes étaient d'anciens militaires de TEmpire qui remplissaient leur devoir avec quelque répugnance lorsc|u*il s'agissait d*a^ restations de leurs vieux officiers; aussi témoigndrent-ils leur satisfaction lorsque M. Ribe leur annonça ma disparition. ■ Tant mieux,iui répondirent-ils, nous en a>Qns assez coffré cette nuit; faites-lui savoir que nous sommes venus, etc. »

(3) Antoine- Jacques Bordes, de Riom; voyez p. xx de Vlntroduetioiu

royaliste do mon département que le gouvernement fermait les yeux sur les événements de Paris, je quittai ma retraite des montagnes. Toutefois, après mon échàuffouréo do Paris, je ne devais plus rien espérer du gouvernement (1). En conséquence, il me fallait prendre une résolution, car je n'avais plus assez de. revenus pour vivre les bras croisés et sans état; que faire? Deux révolutions se présentaient et m'offraient la chance de continuer honorablement ma carrière militaire et politique. Je connaissais presque toute l'Espagne; Naplos était un pays neuf 'pour moi : je lui donnai la préférence. Je garnis ma ceinture de quelques milliers de francs, j'embrassai encore une fois ma bonne mère, mes sœurs, frères, etc., et me rendis à Lyon où je fus parfaitement accueilli par les patriotes do cette ville : MM. Bluzy, Charrey, Lheurin, Mazard, Làbey, Louis Laune, Colondre, Paturle, Bayet, Dechaud, Bon, Bayard et Manéchal, anciens capitaines de la vieille armée; Drogeat, Bolfont et Francisque Talon, tous les trois mes anciens frères d'armes de l'ex-Q* dragons. Tous ces généreux Lyonnais m'avaient préparé une forte souscription, me croyant sans argent, mais je les remerciai de leur dévouement et les engageai à garder cette souscription pour les braves Polonais qui devaient venir me joindre à Naples. Ayant pris congé de mes anciens et nouveaux amis, je me rendis à Marseille. Arrivé dans cette ville, je demandai un passeport pour Naples. On me le refusa net (2); mais,

(1) Le dossier de police de Maurice Persat aux Archives Nationales corn* menée par une leitie adressée au directeur général de la police de Paris, le 21 novembre 1820, lettre concernant un M. Bouvier, lieutenant de lanciers ( voy. p. 54), « oui a é té en correspondance avec u n ex-capitaine du ci-devant 9* dragons, nommé Persat, lequel a, dit-on, une tête extrêmement vive, etc. . 8a comsspondanco avec Bouvier indique un homme irrité» se croyant plus malheureux que coupable. »

(2) Dans le dossier de police de Maurice Persat aux Archives Nationales se trouve un extrait de Tétat des demandes de passeports à l'étranger. délivrés par urgence par. la préfecture des Boucnes-du-Rh6ne du 24 au 25 novembre 1820 t « Num/ro d'ordre 2, date du 25 novembre. Persat Maurice, officier de cavalerie démissionnaire, chevalier de Tordre royal de ]a Li^ion d'honneur. Ennezat, Puy-de-Dôme. Domicile^ Riom. Age, trente. deux ans. Destination, Naples. Motifs d'urgence x où il est appelé de suite par des affaires d'intérêt très pressantes. •

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