CHAPITRE 111 U
ayant fait la connaiMance.du brave capitaine Richon, qui avait commandé l'un des navires de guerre de TEmperev à rUe d*Elbe, Je m'embarquai sans passeport pour l'étranger sur le navire marchand (1) que commandait alors co bon oflicicr qui se rendait à Naples. Après six jours do bcllo navigation, nous arrivômes à Naples, le jour même où Ferdinand s'embarquait sur une frégate anglaise pour aller au congrès de Laybach (2), emportant avec lui cette pauvre constitution que le lâche avait jurée en tremblant. Je no sais pourquoi les Napolitains faisaient faire trois jours de quarantaine aux navires français venant do Marseille; toujours est-il que le Diùré y fut assujetti. Nous étions mouillés daiis la belle rade de Naples où se trouvaient aussi une vingtaine de bâtiments de guerre français. et autant d'anglais. Tous étaient pavoises et des milliers de drapeaux flottaient sur les clochers et aux croisées de la superbe Naples.- Le son des cloches en bon nombre se mêlait au bruit des coups de canon des deux flottes, ainsi que des forts de la ville. C'était un beau spectacle. Dans notre position, nous ne pûmes juger que de l'extérieur de cette journée de dupes, car les Napolitains ne s'attendaient pas à ôtro aussi indignenoent trahis par leur roi, à qui ils avaient si sottement laissé la vie. 4o ne suis pas naturellement sanguinaire, mais notre histoire, depuis 1805, que j'ai vécue, c'est le mot, m'a convaincu de ce principe qu' « aux grands maux, il fallait de grands remèdes ». La Révolution de 93, malgré ses excès, est là pour le démontrer. Je dirai que si l'Empereur avait fait fusiller le duc d'Angoulôme en 1815, et s'il ne nous avait pas défendu de sabrer toute la famillo entière, ainée et cadette, alors que nous les tenions à Béthune, il est certain que le maréchal Ney, Labédoyère, les frères Fouché, Mouton-Duvernet, le maréchal Brune,
(1) Ce navire se nommait le Dé$iri Napoléon.
(2) Le rcii Ferdinand I** 8*embarqua sur le vaisseau angîais U Vengeur, le mercredi 13 décembre 1820. Il débarqua le 20 à Livoume, d*où il se rendit à Laybach. (O. S.)
ei MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT
Murai lui-même» et tant de milliers de Français assassinés lâchement dans le Midi, vivraient probablement encore; et je dirai plus : Waterloo n'aurait pas eu lieu, car les Anglais et leurs alliés y auraient regardé à deux fois; ils se seraient rappelé 93 et ses suites. Or, la faiblesse de l'Empereur en 1815, en ménageant huit à dix têtes princières, a coûté la vie à soixante mille Français, entraîné sa perte, la ruine de la France et la honte des traités de 181.5, que notre cher gouvernement des Barricades supporte avec un si noble et si digne courage. Les patriotes espagnols et napolitains ont agi de même que l'Empereur. S'ils avaient pendu leurs indignes souverains, les braves Torrijos (1), Lacy (2), Ricgo (3), etc., et les Russo (4) vivraient encore maintenant; l'Espagne, Naples et toute l'Italie seraient libres et prospères* Mais avons-nous le droit d'adresser de pareils reproches aux patriotes de Naples et de l'Espagne, lorsque nos La Fayette, nos Laflitte, nos Dupont, etc., ont été encore plus poltrons qu'eux en 1830?
Ayant quelques lettres d'introduction à l'adresse du général Florcstano Pépé, je me présentai chez lui. Ce général était frère du chef de la révolution napolitaine, le lieutenant général Guillaume Pépé (5). Tous les deux avaient servi avec distinction dans nos armées; l'un et l'autre m'accueillirent très bien. Le premier, Florestano,
(1) Vorez p. 146. (Q. SO
(2) Louis de Lacy, oflloier espagnol., ^
(3) \jo fameux chef des libéraux espagnols pendu à Madrid le 5 novembre
(2) Louu de Lacy, oflloier espagnol, patriote et libéral, fusillé en 1817. (0. S.)
(4) Général Oiovanni Russo, aide de camp d^ Pépé, notable victime de la réaction napolitaine. (O. S.)
(5) On sait que le général Pépé, après s'être distingué- sous les rois Joseph et Murât, avait secondé le mouvement militaire et carbonariste qui, en 1820, imposa au roi Ferdinand IV une constitution. Nommé généralissime, il pnt, dès les premiers Jours de 1821. le commandement de rarmée insurrectionnelle des Abruzzes. mais ne put résister aux troupes autrichiennes chargées par le congrès deLaybach de restaurer Tabsolutisme à Naples et se réfugia d*abord en Elspagne, puis en Angleterre. l\ a publié une Relation de$ événementê de 1820 et 1821 et des Mimoiren, écrits en français, 1847. Le commandant Persat, nous allons le voir, accompagna le général Pépé dans sa courte et malheureuse campagne contre les troupes autrichiennes chargées par le congrès de Laybach de restaurer le roi Ferdinand dans son royaume. (0. 8.)