‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 35 sur 165 · CHAPITRE III MM «S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III MM «S

ne croyait pas à une guerre prochaine avec rAuiriche; Guillaume faisait plus que d*y croire, il la désirait et 8*y préparait avec énergie. Le caractère de ces deux personnages était bien diiïérent. Florestano était calme, prudent et réservé; Guillaume avait la bravoure et le caractère français, car il passait dans l'armée napolitaine pour le Murât de Naples, moins son impétuosité toutefois. Ayant fait connaître à ces deux estimables généraux le but de mon voyage et mon désir de servir la constitution napolitaino en cas de guerre, le général Guillaume Pépé me répondit : « Monsieur le capitaine, nous vous remercions vivement de vos généreuses offres de service, mais nous ne pouvons les accepter qu'à la condition que vous voUs ferez naturaliser Napolitain; nous avons de. fâcheux souvenirs à effacer pour reprendre notre rang dans les armées européennes; pour cela, nous ne voulons que des Napolitains pour combattants. » Le général, voyant ma persistance à rester Français, ajouta : « Mais pourquoi ne fcriez-vous pas comme les braves Polonais Schulz (1), Margeski, etc., qui ont accepté la naturalisation napolitaine? » Je répondis au général qu'il était bien permis à ces malheureux Polonais de changer de patrie lorsque la Pologne n'était plus qu'une colonie, mais qu'il y aurait honte et lâcheté de ma part à agir ainsi quand la France, quoique peu libre, n'en était pas moins gouvernée par des Français, etc. En offrant mes services pour la Constitution, j'avais déclaré au général Guillaume Pépé que je ne voulais accepter que les vivres de campagne, par la raison qu'en temps de guerre on n'en trouve pas toujours, même avec de l'argent; j'avais en outre déclaré au général que je demandais à faire la campagne en qualité de simple volontaire ou amateur. Mes propositions, quoique très raisonnables, ne furent néanmoins point acceptées pour le moment.

Mes lecteurs n'auront pas oublié que le brave Polonais

(1) Chef d'escadrons, avait été à l'tle d*EIbe, faisait partie de la sttitadc TEmpereur lorsque celui-ci se livra aux Anglais. (0. S.)

Mai^ki s'était déjà trouvé avec moi en Colombie et à la Martinique (1). Le chef d'escadron Schulz arrivait du fameux Champ d'asile et s'était trouvé avec l'Empereur à rUe d'Elbe; les autres Polonais m'étaient inconnus.

Naples est une des plus belles villes du monde et, avec peu d'argent, on y vit fort agréablement. Je m'étais logé à VHôtel de France, tenu par M. Gasquet, Français par ses opinions et son caractère, et j'y avais fait d'agréables connaissances parmi lesquelles je citerai MM. Chevandicr, ancien officier français, Bérenger, Douet, Coste, Gabon, Coupineau, Déchaud, Mathieu, etc., ainsi que les voyageurs de commerce italiens Jean Bock, Bcnati, Briata, Rouget, Appel, etc. J'avais la ceinture assez bien garnie; je me décidai à attendre les événements de Naples qui ne pouvaient plus tarder longtemps à se dessiner. Pour avoir la réputation d'être bon patriote à Naples, il fallait être < carbonaro (2)»; j'étais déjà M.\, je me fis recevoir « Charbonnier », et, s'il vouâ plaît, dans la vente du duc de Calabre (3) qui en était le vénérable, et qui, devenu roi, a fait brûler ou fusiller ses « Cousins », « Cugihi », avec lesquels il avaii juré fidélité à la constitution.

Je n'eus pas à me repentir de m'être fait recevoir « Charbonnier », car c'est à un « Cugino » que j'ai dû l'avantage et la satisfaction d'être présenté à la belle et sémillante princesse Christine, en présence de laquelle, je l'avoue sans honte, je me sentis un certain feu royaliste. Ah! qu'elle était belle alors, cette jeune fille de seize printemps (4), avec ses beaux yeux noirs pleins de sentiment et d'expression et cette physionomie distinguée et spirituelle! Et c'est à un personnage tel que Ferdinand VII, homme fourbe, au

(1) V. p. 41 et 47.

(2) La ■ Carbonara », fondée probablement vers 1807 dans les montagnes du royaume de Naples, conserva son principal centre dans cette contrée. On dit qu*il y entra jusqu'à soixante mille membres après 1816. (G. S.)

(3) Le futur roi François I*' de Naples. né le 19 avril 1777. qui devait succéder en Janvier 1825 à son père Ferdinand IV (I** des Deux-Siciles.) En 1820 et 1821, régent du royaume durant Tabscnce de celui-ci, il s'associa à la politique réactionnaire du Congrès de Laybach. (O. S.)

(4) La princesse ChrisUne était en réalité dans sa quintième année (G, S.)

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