CHAPITRE III
physique repoussant, qu'une aussi belle créature a été sacrifiée (1) contre ses vœux et ses inclinations (2)1
Du pôle arctique au pôle antarctique, Tamour est le seul don de la nature qui conserve partout sa douce influence et ses vives impressions; cependant, sous le beau ciel de l'Italie, l'amour y est plus vif et plus attrayant que partout ailleurs. J'avais aimé même sur les glaces et les neiges de la Russie; à Naplcs, j'aimais bien plus encore; aussi, sachant par expérience que l'on ne peut vaincre l'amour qu'en fuyant l'objet qui vous consume le cœur, je me disposais à quitter Naples pour aller en Grèce, lorsqu'on y apprit l'entrée des Autrichiens dans la marche d'Ancôno (3). Cette nouvelle me décida à renouveler mes offres de service au général Guillaume Pépé, qui les accepta tels que je les lui avais offerts. Je partis immédiatement pour les Abruzzés.
Cette campagne fut trop courte et trop malheureuse pour que j'en rappelle ici toutes les circonstances. Je dirai seulement que le général Guillaume Pépé y remplit ses devoirs de général et de bon citoyen, ainsi que le brave général Russe, commandant de l'avant-garde napolitaine et auprès duquel je suis resté depuis l'ouverture do la campagne (4) jusqu'à notre retour à Naples; je citerai aussi les braves dont les noms suivent : le colonel Mascioletti, commandant du 3* léger; le major Ducarne, aide de camp du général Russe, le capitaine Cobianchi, jeune
(1) Il est certain que cette jeune prinoesae avait refusé la couronne d*Ei« pagne, c*«st-à>dire rerdinand. II est de toute notoriété ou*elle fut gardée a vue depuis Naple? Jusqu'à Madrid, dans la crainte qu'elle ne s'échappM.
(2) La reine Christine, née le 27 avril 1806. mariée le 11 octobre 1829 au roi Ferdinand VII, veuf pour la troisième fols; régente pouraa 1111e Isabelle en 1833; elle est morte à Paris en 1878. (O. S.)
(3) L'armée autrichienne avait été, je l'ai dit, chargée par le Congrès de Lavbach, d'occuper le royaume de Naples et de mettre fin au gouvernement libéral imposé au roi par la Révolution carbonariste. (O. S.)
(4) Les Autrichiens, commandés par le. général Frimont, passèrent, le Pd dans les premiers Jours de février 1821. La proclamation du général Frimont annonçait ouvertement le but de l'expédition oui était de rétablir Ferdinand dans son autorité absolue, et traitait de rebelles les partisans du système constitutionnel. L'armée autrichienne avait reçu l'ordre d'oo* cuper le royaume do Naples de bon gré ou pat la force, (G. S.)
patriote milanais et aide de camp du général Guillaume Pépé, Lucenti, intendant de la province de Terramo, le colonel Pisa, aide de camp du général en chef Guillaume Pépé, le major Villani, commandant les deux escadrons composant toute la cavalerie de notre petit corps d'armée, le colonel Novara, commandant les bataillons calabrais, le major Amante, du 12* de ligne, le commissaire des guerres Bistcgui, le major Stalti, et beaucoup d'autres braves dont je regrette d'avoir oublié les noms. Le 3« léger, le 12« de ligne, les Calabrais ou «Bersaglieri» et les chasseurs à cheval firent tous leur devoir. Je ne crains pas d'avancer ici que les Autrichiens auraient été battus, si le général Montemajor n'avait pas trahi (1), ainsi que le Sicilien Delcarctto, colonel alors et chef d'état-major du général Guillaume Pépé, de même que le poltron Casslla et d'autres encore. Après la malheureuse affaire du 7 mars entre Civita-Ducale et Rieti (2), qui fut la première et la dernière, l'armée napolitaine, presque toute dispersée, se retira à Capoue. Là on pouvait encore reprendre l'offensive; mais, là aussi, il se trouva un Marmont, qui fut Carascosa (3). Cet homme était à Capoue à la tête de quarante-cinq mille hommes d'excellentes troupes de ligne, et il eut la lâcheté d'ouvrir les portes de Naples à vingt-cinq ou trente mille Autrichiens qui, sans plaisanterie, tremblaient de ne plus sortir des Abruzzos pour me servir de l'éloquente et patriotique expression du général Foy, à la Chambre des députés.
Je no suis pas de ces hommes qui se vantent d'avoir tout fait, et tout tué, mais on me permettra de dire que
(1) Cest cet homme qui est maintenant .minktre de la police du roi de Naples, et qui a été son exécuteur des faautes-œuvres en Sicile dans les derniers éyénementsi
(2) Dans cette affaire malheureuse, les troupes constitutionnelles, après avoir résisté courageusement durant quatre heures aux troupes autrichiennes, se virenrt forcées à la retraite qui se changea vite en débandade désastreuse (G. S.).
(3) Il avait été nommé par le régent, le duc de Calabre, chef du premier corps de Tarmée constitutionnelle. Pépé était chef du second corps. Ces deux hommes se battirent en duel en février 18$3, à Londres. (Q. S.)