CHAPITRE Iir
j'ai fait aussi mon devoir de soldai dans la courte campagne des Abruzzes, et si quelqu'un de mes lecteurs. en doutait» j'en appellerais au témoignage honorable du général Guillaume Pépé, vivant aujourd'hui dans la retraite, rue du Faubourg-Saint-Honoré, n« 102 (1), ainsi qu'à celui du capitaine Cobianchi, retiré aussi à Paris, place de la Madeleine, n« 1. Tous les deux sont encore proscrits do leur patrie, après seize années d'exil bien honorable sans doute, mais qui doit leur paraître bien long, car « à tous les cœurs bien nés, la patrie est toujours chère ».
A notre retour à Naples, la population était en émoi. Des cris de : « Mort aux traîtres » se faisaient entendre de toutes parts, mais personne ne sortait de Naples pour aller combattre les Autrichiens qui n'en étaient qu'à une seule journée. Les gouvernements français et anglais s'étaient prononcés contre la Constitution, aussi leurs ambassadeurs furent-ils menacés de mort par les«lazzaroni». L'ambassadeur français, M. de Narbonne, je crois, s'était sauvé do Naples et avait laissé M. le chevalier de Fontenay, chargé d'alTaires de France. M. de Fontenay s'était fait aimer et respecter par ses nationaux; aussi, dès que ces derniers apprirent que M. de Fontenay était menacé parla populace, ils s'empressèrent d'aller lui offrir leurs services militaires, car ils étaient tous armés, étant de la garde nationale. Tous ces Français m'avaient invité à me joindre à eux. Je n'hésitai pas un seul instant, d'autant plus que M. de Fontenay m'avait très bien accueilli, quoique je ne lui eusse pas fait mystère des motifs qui m'amenaient à Naples. Les Autrichiens étaient sur le point d'entrer à Naples (2); ' il était par conséquent prudent d'en sortir; j'allai donc faire mes adieux à tous mes amis, ainsi qu'à M. de Fontenay qui
(1) Guillaume Pépé, né en 1783, publia dans Texil ses Mémoirtt qui s'arrêtent à l'année 1846. Dès 1848, il iouait encore un grand rôle dans la révolution italienne et courait s'enfermer dans Venise assiégée par les Autrichiens. Après la capitulation, il sd retira à Turin où il mourut* en 1855, Agé de soixante-douze ans. (Q. S.).
(2) Ils y entrèrent à neuf heures du matin le samedi 29 mars et déftlèrcnt devant le palais royal, sous les yeux du duc de Calabre, régent. (Q. S.)
m'engagea à ne pas précipiter mon départ (1) et me promit sa protection dans le cas où les Autrichiens voudraient m'arrêter; il me proposa même de venir rester chez lui. J'acceptai seulement sa protection et me décidai & voir la fin du drame. Le général Florestano Pépé avait conservé une position « mezzo termine » auprès du duc de Calabre, alors régent. Ce brave et loyal général usa généreusement de son crédit près de ce prince en faveur des quatre Polonais et il eut la bonté de me comprendre aussi dans sa démarche, sans m'en donner avis. Il obtint une gratification de quatre cents ducats, 1 800 francs à peu près, pour chacun de nous. Je déclare positivement que je refusai d'abord cette gratification, ne voulant rien recevoir des mains de ce prince. Ce ne fut que sur les observations de l'honorable M. de Fontenay et les sollicitations du général Florestano Pépé que je me décidai à l'accepter. Le général m'avait assuré que cette gratification était nationale, et, en effet, nous en fûmes payés par la caisse du Trésor napolitain. Cette gratification ne me servit, d'ailleurs, qu'à couvrir mes dépenses de la campagne dans laquelle j'eus un cheval tué, et où je fus blessé, mais légèrement (2). Elle me remplaça aussi mes dépenses pendant mon séjour à Naples. C'était aussi la première fois que je touchais de l'argent à l'étranger.
Les Autrichiens étant entrés dans Naples (3), toutes les inquiétudes cessèrent pour la crainte de troubles seulement, car les patriotes compromis dans la révolution qui n'eurent pas le temps do se sauver à bord dès deux vais-
(1) Pour OAnes et Turin, où une révolution militaire venait d'éclater. On tait qu'elle n*a duré que quinze Jours grAoe à ratlitude d'un certain Oûillaume do Vaudoncourt. Il s'ogit du général bien connu de ce nom,
(2) Dans les notes de police concernant Maurice Persat, que j'ai retrouvées à son dossier aux Archives Nationales, il est dit, on le verra, à plusieurs reprises, que notre héros, fait prisonnier par les Autrichiens, proba* blement au comoat de Rieli, n'échappa aux mams de l'ennemi qu'en tuant do deux coups de pistolet les deux cavaliers hongrois qui l'avaient pris. Maurice Persat, qui ne dit ici mot de cet incident peut-être inventé, avait probablement tout iniéfèi à faire le silence sur un aussi tragique événement. (O.S.)
(3) V. la note 2 de la p. précédente. (O. S.)