CHAPITRE III
seaux espagnols qui arrivèrent à Naples comme par enchantement, furent arrêtés aussitôt et enfermés dans les plus obscurs cachots. Il y avait eu cependant une capitulation, mais elle fut observée comme celle de Paris en 1815!
J'attendais à Naples le départ d*un bfttiment de guerre français pour rentrer en France. M. de Fontcnay m*^y avait décidé, ainsi que M. Benoist (1 ), secrétaire particulier de M. le baron Pasquier, alors ministre des Affaires étrangères (2). Ces deux messieurs m'avaient représenté que ma conduite à Naples n'avait rien de répréhcnsible aux yeux du gouvernement français et qu'ils me recommanderaient vivement à sa bienveillance. Pendant notre séjour à Naples, j'avais eu le plaisir de faire la connaissance de MM. Louvrier, Saint-Laurent, Montâmes, Bruix, Marion, Kéréon, etc., tous ofTiciers à bord des bfttiments de guerre de notre escadre stationnée devant la ville de Naples. Ces messieurs me faisaient journellement des politesses tant à leur bord qu'à Naples. Dans une de nos réunions avec ces messieurs, nous étant trouvés dans une salle où se trouvaient une trentaine d'ofliciers autrichiens, ceux-ci se permirent des impertinences sur nos revers dé l'Empire. Nous n'avions cependant pas la tournure ni le physique de vieux émigrés, et encore moins les opinions ni le caractère. Aussi, des propos piquants, nous eh vînmes aux voies de fait. J'avais la main passablement lourde, de sorte que, dans un mouvement brusque, j'écrasai le nez à un des kaiserlicks. Mes amis Bruix, Louvrier et Montaniùs étaient aussi dos Français de l'Empire, de sorte que notre combat à l'américaine n'était que le prélude d'une afTaire plus compliquée qui devait se terminer avec des armes. M. de Frimoiit, général en chef de l'armée autrichienne, ayant eu avis do cette collision soudaine et craignant sans doute qu'elle tournât au désavantage de ses ofTiciers, écrivit de suite à M. de Fontenay, afm de l'inviter à prendre des mesures pour
(1) Envoyé en mission à Naples par le gouvernement. Ù) Le futur jdue Pasquier, de l'Académie française. (G. 8.)
arriter cette affaire^ M. de Frimont avait le soin de prévenir M. deiFontenay qu'il me ferait arrêter comme ayant porté les armes contre les Autrichiens, si je ne quittais pas Naples dans les vingt-quatre heures. Sur ce, M. de Fontenay me fit appeler et m'engagea à me rendre immédiatement à bord du Jean-Bart, vaisseau amiral de Tescadre française, commandé par le vice-amiral Jacob (1), qui m'accueillit très bien et qui me donna un ordre d'embarquement sur le brick le Loiret en partance pour Toulon.
Nous mimes & la voile le 4 mai 1821, et le 10 suivant, nous mouillâmes à Toulon. J'eus dans la traversée beaucoup à me louer de MM. Rigaudit, Fabre aîné, Fournicr, de Toulon, d'Hispan et Courtaud, de la Seine, tous ofTiciers du Loiret.
A peine débarqué à Toulon, je fus requis par un bon gendarme de me rendre chez le sous-préfet civil (2). Ce fonc-
(1) Jacob (Louis I^on, comte), né à Charente (Charente-Inrérioure)« capi* taine de fr^ffate, 7 pluviôse an IVg ofllcler de la Lérion d*h(vnneur, le 25 prairial an XIi; capitaine de yalsseau en Tan XIII; contre-amiral, 1** mal 1811, commandant do l'escadre de Ttle d'Aix. 27 septembre 1811; chevalier de Saint. !/>ui8 le 18 août 1814; commandeur de la Légion d'honneur, 26 août 1814; grand OlUcier, 28 avril 1821, commandant la station du Bréxll en 1822; gouverneur de la Ouadcloupo. 2 avril 1823; créé comte on 1829. grand-croix de la Légion d'honneur, l«r mars 1831; député de la Guadeloupe en 1832; ministre de la marine. 19 mai 1834; pair de France, aide de camp du roi Louis-Philippe; décédé en 18S4.
(2) Le dossier Maurice Porsat aux Archives Nationales contient divers documents concernant cette fugue do notre héros k Naples et son retour en France : 1* Lettre du 7 février 1821 au directeur général de la oolice disant les moyens dont on s'est servi pour faciliter le transnort de M. P. de Lyon à NapH; 2" liDttre confldentielle du préfet du Puy-ao-Dôme au mOme, datée do acrroont-Fcrrand du 14 mars 1821 :« ... Daiii l'arrondissement de Riom, le enpttaine Pcrsat, de la commune d'Ennezat. sur le compte d-uquel mon prédécesseur a plusleura fois attiré votre attention et <^ui, après avoir fait un voyage dans l'Amérique espagnole, se trouvait à Pans lors des troubles du mois de Juin, a de nouveau disparu de sa commune depuis quelque temps; on pr^ume qu'à l'aide de son ancien passeport, il est retourné à Paris et que. de là. Il se sera dirigé sur le rovaume de Naples où il a servi lous Murât > ; 8* Lettre en réponse à la précédente du directeur général de la police, du 30 mars 1821 : ... • Vous avec appelé particuU'*'rement mon attention sur le sieur Persat, capitaine démissionnaire, présumé s'être rendu à Naples; les renseignements qui me sont parvenus d'une atitre source confirment cette présomption ; son caractôro etse^ dispositions ne permettent pas do douter qu'il ne se soit rendu dans le royaume dos Bcux-Sicilcs pour y prendre du service et n'ait encouru l'application do l'art. 21 du code civils tout Frnnçaiât q»U 'am autorisation du Roi, prendra du ierviee à V étranger ou »*a(Hliera à un complot militaire étranger, perdra ta qualité de Français et ne powra rentrer en France, U serait donc à désirer qu'on pût connaître sa vraie position dans le royaume dcNaplos »: 4* Lettre dii 25 avril 1821 aux préfets
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