CHAPITRE III
tionnaire était en apparence un vieux Chouan» car il m'apostropha ainsi : « Vous venez de servir ces brigands de révolutionnaires napolitains, et vous avez encore assez de hardiesse pour revenir en France! Y venez-vous pour révolutionner la France? etc. » Je laissai assez paisiblement passer la bile royaliste de ce sous-préfet (1), dont je regrette d'avoir oublié le nom, et je lui fis entendre avec beaucoup de peine que je ne rentrais en France que sur les sollicitations bienveillantes de MM. do Fontcnay et Bonoist et avec leur approbation, etc. Ce vieux loyaliste no voulait pas entendre raison, et c'était pour la quatrième fois qu'il me lisait l'article 21 du code civil, lorsque je lui dis que je me soumettais à être conduit à Paris accompagné d'un gendarme ou deux s'il le voulait, mais & ses frais, bien entendu. Après beaucoup de questions aussi insignifiantes les unes que les autres^ mes réponses calmèrent sans doute les inquiétudes de l'épineux fonctionnaire, car il finit par m'autoriser à me rendre à Paris sans escorte, toutefois en ' m'avertissant charitablement qu'il ne manquerait pas de donner avis do mon retour au ministre directeur de la police; il me tint fidèlement. parole; car, & peine arrivé près de ma mère que je m'empressais toujours d'aller voir au retour de mes voyages, l'ofiîcier de la gendarmerie vint me prévenir qu'il avait l'ordre do me conduire chez le préfet de mon département. « Si vous êtes compromis, me dit ce vieux soldat, partez de suite, car voilà mon ordre, signé par le préfet. » Ce loyal officier était M. de Luçon; je le nomme parce qu'il est mort, car s'il vivait, je m'en garderais bien, dans la crainte de le faire destituer. N'ayant à me reprocher envers le gouvernement que mon échauffourée de juin, je me décidai à suivre mon bon camarade
da Var. des Boucbes-du-Rhône et du Puy-de-DOmo, rolaUfit les faits qui préci^dent t • Le sieur Persat a pris du service à Naples, s*est Jeté dann l'armée de Pépâ et s*est trouvé à la promièro rencontre de ce corps avec les troupes autricniennesj il a encouru de ce fait...t Je vous Invite donc à donner des ordres pour qu'il ne soit pas admis sur le territoire du royaume dans le cas où Use présenterait avant d'en avoir obtenu l'autorisation. spéciale. t(0.8.) (1) Probablement préfet aujourd'hui.
Luçon et hous nous rendîmes ensemble chez M. le préfet» baron du Martroy, qui fut bien plus pûli et moins exalté que le soùs-préfet de Toulon. Lui ayant expliqué les motifs qui m'avaient décidé à rentrer en France, il m'autorisa à me rendre à t^aris. M. du Martroy avait cependant reçu Tordre d'user impitoyablement contre moi de toutes les rigueurs de l'article 21 du code civil, mais trop généreux pour obéir aveuglément aux volontés du ministre de l'Intérieur, il ne voulut pas consentir à me rejeter loin de ma patrie et m'engagea à aller à Paris pour défendre mes intérêts et ma liberté.
Ces deux quasi-arrestations n'étaient pas de bon augure et me donnèrent à penser que les recommandations de MM. de Fontenay et Benoist n'avaient pas eu grand succès près des frénésies royalistes de messieurs les ministres d'alors. Toutefois, je me décidai à me rendre à Paris, pour aller ensuite en Angleterre, afin d*y prendre un passage pour l'Espagne, pour le Portugal ou pour la Grèce. M. le baron de Forget (1), gendre du comte de La Valette, m'avait donné à cet effet une lettre de recommandation pour le général sir Robert Wilson, l'un des trois officiers anglais qui avaient sauvé le comte La Valette (2).
Le jour même de mon arrivée à Paris, je fus trouver M. Benoist qui me reçut très amicalement, mais qui me fit observer que je ne lui avais pas fait connaître ma conduite dans les événements de juin. C'était vrai, car je considérais les événements politiques conlme un duel dans lequel on se bat aujourd'hui pour être amis le lendemain. Mais MM. de Corbière, Pasquier, Monnier , La Tour-Maubourg et consorts n'entendaient pas la politique comme moi, car
(1) Le baron AIoxandre-Françob de Forget, né en 1787. a épousé José* phine-Marie-Ghamans de La Valette en 1817. Auditeur au conseU d'Etat» puis sous^préfet; créé baron de l'Empire par décret du 2 janvier 1814; 8*est noyé dans l'Allier le 4 octobre 1836. (G. S.)
(2) On sait que le 20 décembre 1815, veille du jour fixé pour son exécution. M. de La Valette avait été »auvé par le dévouement célèbre de sa femme. Caché dans Paris, il réussit à passer la barrière et à quitter la France, gr&ce à l'admirable intervention de trois ofllciers. anglais. (O. S.)
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je fus obligé de faire viser mon passeport pour Londres, où j •arrivai le 8 juin.
J'avaisétéparf alternent accueilli parle généralRoberiWilson, ainsi que par ses dignes et honorables amis MM. Hutchinson et Bruce, qui s*étaient jadis unis au généreux dévouement du premier dans l'évasion du comte de La Valette. Ces messieurs avaient eu la bonté de me faire espérer un passage pour la Grèce sur un bâtiment de guerre anglais, et j'allais me rendre à Portsmouth, lorsque Ton apprit à Londres la mort de TEmpereur! (1). Cette nouvelle fut pour moi un coup de foudre! J'aimais l'Empereur comme un fils aime son père et le pleurai de même. Dès ce moment-là ma vieille haine contre le gouvernement anglais se réveilla plus forte que jamais et je quittai Londres sans avoir eu même le courage d'aller prendre congé des estimables Anglais dont j'ai déjà parlé, mais, arrivé à Brighton pour repasser en France, j'éprouvai quelque hésitation, non pas que ma proscription et les persécutions du pouvoir eussent aiïaibli en moi l'amour du pays, mais, découragé par la mort du héros qui possédait toute mon admiration et toutes mes affections, j'éprouvais peu d'empressement à retourner dans cette France que son génie avait placée si haut et qui était depuis tombée si bas. Cependant, j'eus la bonhomie de croire encore une fois à la générosité dos ministres des Bourbons. Je me figurais, que la mort de TEmpereur leur ôterait toutes craintes de la part do ses vieux partisans. Peut-être, pensai-je, vont-ils, par un acte de haute politique, rappeler les officiers de la Loire, etc., et, mû par ce sentiment de réconciliation, je repassai en France. Mais le cœur de Ces hommes blasés était fermé à tout sentiment généreux; ils étaient ivres d'une joie qu'ils no cherchaient pas à dissimuler, tant ils étaient satisfaits de la mort de l'Empereur dont l'ombre les a fait trembler plus d'une fois', aussi leur haine contre les hommes de cœur de
(1) Napoléon expira lo 5 mal 1(211 (0. S.)
TEmpire était toujours la même; de sorte que, le jour de mon arrivée à Paris (1) je fus arrêté et conduit chez M. M6nnicr, ministre et directeur général de la police du royaume. M/Monnier eut Timpudence de me dire : « Eh bien! monsieur, puisque vous désirez vous réconcilier avec le gouvernement du roi, je vous en offre Poccasion; acceptez une place dans mon ministère. » Je fépopdis à M. le directeur de la police qu'il n'y avait que la sienne d'acceptable pour moi dans tout son ministère. M. Monnier sourit à ma réponse et me dit : « En ce cas, vous pouvez partir pour la Grèce où je vous souhaite meilleure chance qu'en Amérique et à Naples. » Je quittai immédiatement Paris et me rendis à Marseille, afin de m'y embarquer pour la Grèce.
(1) An dossier de Maurice Persat» aux Arch. Nat. existent diverses lettres relaÙTes à ce voyage en Angleterre de notre héros t 1* Lettre du préfet de la Scine-Inférieurc du 8 juillet 1821 au directeur général de la police signalant le passage du sieur Persat. se disant aidc-de-camp du général Pépé* . traversant Dieppe, se rendant en Angleterre d'où il est revenu...* U se montre un partisan frénétique des libertés, voyage avec un grand sabre et des moustaches très prononcées; il porte le cordon de chevalier de la Légion d'honneur auquel est suspendue la couronne seulement de la croix. Le but de son voyage était selon lui de passer en Grèce pour prendre parti chez les insurgés. Comme ce voyageur qui ne parait pas manauer d'argent était en règle, rien ne pouvait mettre des entraves à sa marche. J'ai donc cm devoir me borner à vous transmettre ce renseignement * Suit le signalement du passeport de Persat enregistré à Naples les 18 et 19 décembre 1820 et vu à Naples pour rentrer en France le . 6 avril, vu à Toulon le 29 avril, vu à Marseille pour Ennezat le 2 mai. vu à Riom pour aller à Paris le 27 mai, vu pour Londres le 6 Juin; embarqué à Dieppe le 12 juin, de retour à Dieppe le 3 juillet par le paquebot VUnùy. partant le même jour pour Paris; 2? dilTérerits autres documents de police sur ce même voyago de Persat à Londres et retour... « Durant son séjour à Paris il n'a donné lieu à aucune remarque particulière; on a appris qu'il avait été réservé dans ses discours; si on ne l'a pas arrêté à la frontière au retour de Naples, c'est qu'il est arrivé à l'improviste à Toulon avant que les ordres à cet effet aient été transmis; ces ordres sont arrivés trop tard: faut-il le poursuivre? Il montre une lettre du ministre de France à Naples lui conseillant de rentrer en France; — il m'a été dit par un compagnon d'aventures au'il t'est fort avancé dans laconOance et l'intimité au général Pépé et qu'il a participé à la distribution du trésor spolié {sic) parce général;... Il a tué de deux coups de pistolet les deux cavaliers hongrois ^ui le prirent et échappé ainsi aux mains des Autrichiens... Bref, il est démissionnaire et est depuis longtemps rentré dans la classe des citoyens. Il n'y a donc pas lieu de récrire à la Querre à son sujet. >