CHAPITRE IV r
(Août 1821-Novembrel822)
Départ pour la Orèèe. — Sir Thomas Gordon. — Odnea. — Ouerra da la Morée. — Massacre des habitants de Tripolltsa, de Kalamata, ete^ — La Jeune Turque Adélé. — Le prince Démétrius YpsilantL — Les ohefi grecs. — Le brare Baleste. — Départ de Grèce et retour en France. — Départ pour l'Angleterre.
J*étais parti de Paris avec plusieurs jeunes étudiants grecs qui m'avaient prévenu qu'un riche gentilhomme écossais avait frété un navire à Marseille afin d'aller servir la cause des Grecs, Aussitôt après notre arrivée en cette ville, nous allâmes trouver ce généreux philhcllène, qui se nommait Thomas Gordon (1). Ce brave avait été officier supérieur dans un régiment de dragons anglais que mon régiment avait écharpé à Waterloo, mais le colonel Gordon n'était pas homme à rancune; d'ailleurs la fortune s'était tournée en leur faveur en cette fatale journée, aussi s'cmpressa-t-il de m'offrir un passage gratis (2), de même qu'à M. Voutier, ex-élève de première classe dans notre marine nationale (3), ainsi qu'à sept ou huit jeunes Grecs nommés Rhodios, Patrocle, Kutchowski, Eustache, Thibaldo, etc. Le colonel Gordon avait aussi avec lui son digne ami James Robertson et son Adèle Arménien John.
(1) tJn des plus célèbres philhellènes anglais; Joua iin srand rOle dans la guerre de Tindépendance; en 1827 et 1828 surtout, le corps levé par lui rendit les plus utiles services aux Grecs. (G> S.)
(2) Le colonel Gordon n'avait rien épargné à bord du navire frété par lui; nous fûmes parfaitement bien traités pendant toute la traversée; le bordeaux et le cnampagne ne turent pas ménagés, etc.
(3) Un des philhellènes français de la première heure. (G. 8.)
Nous levâmes Tancre le !•' août 1821 (1) et fîmes voile pour Gênes où nous relâchâmes le 3. Le colonel Gordon s'y était rendu par terre afin d'y acheter six pièces de canon. Nous avions déj& à bord six cents fusils à baïonnette et des munitions; le tout avait été acheté par le colonel Gordon et à ses frais.
Je mis à profit notre relâche de Gênes en visitant les forts si héroïquement défendus par Masséna et nos braves soldats républicains (2), où sans doute, M. Valée, le héros de Constantine, n'était pas, ce qu'il me permettra de croire d'après son original bulletin du 10 octobre 1837 (3). Nous quittâmes Gênes le 8, et, le 16, nous passâmes le détroit de Messine. En cet endroit, les côtes de la Calabre et celles de la Sicile sont d'une grande beauté. Je demandai à nos jeunes Grecs si celles de la Grèce étaient aussi belles, et tous me dirent : « Oh! certainement. » Mais aucun d'eux n'avait encore vu la Morée, car les uns étaient de l'île de Rhodes, d'autres de Chypre, etc. Aussi, combien furent grandes leur surprise et leur tristesse, lorsque, le 26 août, nous découvrîmes les côtes du Péloponèse. Je n'étais pas très fort en histoire des anciens Grecs; cependant je partageai la joie do tous mes compagnons de voyage, et, comme eux, je saluai avec enthousiasme la patrie d'Homère, de Léonidas, d'Epaminondas, d'Aristide, de Sophocle, de Timothée, de Thémistocle, etc. Nous avions un vent favorable; nous doublâmes dans la journée le golfe do Coron (4), le cap Matapan, etc., et, le 1«' septembre,
(1) Au dossier de police de Maurice Persat aux Arch. Nat.» une lettre du 4 août 1821 du préfet dés Bouchesdu-Rhône indique son arrivée à Marseille et son embarquement pour G^nes sur le brigantin Àmédée et AUxis, — t n ne fait pas mystère d'aller chez les Orecs. 11 a déclaré avec la fran. chise d*un soldat que la profession de soldat qu'il a embrassée était sa seule ressource, que. ne pouvant Texercer en France, il cherchait son emploi partout où il y a lierre. > — « n s'est déclaré dans un moment d'effusion délivré de son serment par la mort de l'Empereur, et tout prêt à reprendre du service dans l'armée française. »
(2) Le mémorable siège de Gênes en 1800. (0. S.) (3)V.p. 8. (G.S.)
(4) Etant dans ces parages, nous aperçûmes des corps flottants des deux sexes auxquels il manquait la tête... C'étaient les cadavres de la population