‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 4 sur 165 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

Bien que celui-ci fût tout à fait aliéné, il n*en a pas moins été Tobjet de deux monographies : une fort courte, déjà ancienne, publiée en 1885 dans la Reçue d* Auvergne (1) par M. Francisque Mège, sous ]e titre : Originaux et excen* triques d" Auvergne; un faux Louis XV II; une seconde, plus récente, beaucoup plus complète, publiée à Riom en 1899 par M. Marc de Vissac, à laquelle je viens de faire des emprunts. Celle-ci est intitulée : ViUor Persat ou Mé* moires d*un faux Dauphin. Les Persat, en effet, semblent avoir eu la plume facile et Victor aussi, dans la cellule où sa folie l'avait conduit, écrivit ses] Afémoire^ comme fils de Louis XVI, lamentable élucubration d'un cerveau en détresse. Je résume en quelques lignes, d'après la plaquette de M. de Vissac, la pitoyable existence de ce malheureux dont son frère Maurice ne parle point ou à peine dans le volume que je publie aujourd'hui. Né en 1790, engagé à dix-sept ans, Victor Persat fit au 25* puis au 29« régiment de chasseurs à cheval, puis dans la Garde, la plupart des campagnes de l'Empire. Au bout de cinq ans il n'était que brigadier. Il était déjà do caractère fort bizarre, sujet à des hallucinations. Dans ]a retraité do Russie où il servait dans le corps d'Oudinot, il fut blessé d'un coup de sabre ou d'un coup de feu à la tête au passago de la Bérésina. Sous l'infiuence de ce grave traumatisme, des souffrances du froid, probablement aussi déjà d'habitudes d'intempérance, victime aussi de l'atavisme maternel, tourmenté comme son frère Maurice par une extrême exaltation politique, victime surtout des agitations in« cessantes au milieu desquelles on vivait alors, il avait vu sa raison si fortement ébranlée que, dès 1814, il rentrait dans ses foyers avec un congé de réforme. Alors commença

(1) T. II, p. 435-442.

pour rinfortuné une vie lamentable de folie et d'ivrognerie. Devenu chaque jour un peu plus aliéné» buvant beaucoup, Victor Persat parcourait sans cesse son département, puis d^autres provinces, faisant scandale dans les foires, les marchés, ameutant la population, arrêtant les passants pour les forcer & crier : « Vive l'Empereur », poussant partout ce cri séditieux, déclamant contre les Bourbons, mettant la police sur les dents. Une fois il blessa grièvement un gendarme. Il fut acquitté, mais sa famille le força à s'expatrier. 11 passa cinq ans à la Havane et dans l'ile do Cuba, d'où il se rendit aux Etats-Unis. Sa raison avait succombé tout à fait : à la suite d'hallucinations il se crut Louis XVII, écrivit aux journaux, présenta en 1824 ses revendications au congrès de Washington et s'embarqua pour la France après avoir averti de son retour les autorités de la mère patrie. Naturellement il fut arrêté à son débarquement au Havre, le 20 octobre, et trouvé porteur d'un sceau royal, de papiers divers, de vingt-cinq louis et de trois mille proclamations imprimées. Le reste de son existence ne fut plus que celle d'un misérable fou. Elle n'a plus d'intérêt pour notre histoire. Victor Persat écrivait à sa sœur la duchesse d'Angoulême. Il rédigeait des mémoires autobiographiques qui ne sont qu'un tissu de folies et divers projets de constitution. Il fut jugé au Havre solennellement en juillet 1825, puis à Rouen en 1826 par devant la Cour Royale et condamné à la réclusion dans une maison d'aliénés. On lut aux débats du Havre une lettre de son frère Maurice parue dans le Constitutionnel, datée de Portsmouth et invitant la feuille parisienne à insérer dans ses colonnes que« Victor Persat, qui s'est dit dauphin de France aux Etats-Unis d'Amérique, est son légitime frère à lui, atteint d'un coup de feu à la tête durant la campagne de^Russie et qui a perdu l'esprit à la suite

IIITRODUCTIOlf uni

de cette blessure (1) ». Ballotté de cellule en cellule, le pauvre dément fut enfin rapatrié à Riom et enfermé en juillet 1827 au Dépôt des aliénés de son département natal. Il recouvra plus tard la liberté £Ous la tutelle de sa famille. Il mourut seulement le 19 novembre 1878 à Saint- Maurice, dans le département de la Seine, où il se trouvait j'ignore à la suite de quelles circonstanoes. Son acte de décès le désigne commet célibataire, caporal invalide».

Revenons, pour ne plus le quitter, à notre héros Maurice Persat. Si j'ai parlé un peu longuement do son frère Victor, c'est que la folie de ce dernier peut jusqu'à un certain point servir à expliquer quelques-unes des excentricités do son atné.

Maurice Persat tenait de son origine auvergnate l'énergie entêtée. Il avait une nature aimante. Il parle constamment avec la plus grande tendresse de sa mère, qui parait avoir été une femme de grand cœur. Nous savons par diverses

(1) Maurice Pereat ne fait dans ses Mémoirei presque aucune allusion à ce frôre et no parle pas de sa folie. Les deux historiens de Victor, MM. M^ et Marc de Vissac. consacrent chacun quelques lignes aux premières aventures de Maurice, qu'ils semblent avoir uniquement connu par ouX-dira et dont ils ne paraissent pas avoir eu les Mémoirei entre les mains. Je n*ai trouvé aucun fait nouveau dans ces lignes incomplètes. M. Mège cite cependant une lettre fort cavalière écrite par Maurice Persat au préfot du Puy-de-Dôme, à son retour de Naples en 1821. lettre conservée dans la série M. PoUce des Archives départementales du Puy-da-Dôroe. Persat, s'étant rendu à Paris pour éviter la surveillance dont il était Tobjet en Auvergne, écrit au préfet, lui donnant son adresse pouf montrer qu'il n*A pas l'intention de se cacher. « Je vais soumettre mon cas à la Chambre des députés. Si celle-ci ne me rend pas Justice, je n'agirai pas besoin de la gendarmerie pour sortir de France, et je puis vous assurer que je ne suis pus en peine de me faire une nouvelle patrie, où je n'aurai pas à craindre Tinquisition d'un préfet. Vous ne devez pas. douter. Monsieur le préfet, que la mesure que vous aves prise contre moi ne vous a gagné ni mon estime, ni mon amitié et il faut que vous soyez préfet français et moi pas mfime citoyen, pour que je borne la satisfaction que je désirerais tirer de vous k

Sublier dans les journaux votre conduite à mon égard. » En recherchant le ossier de police de Maurice Persat aux Archives Nationales, j'en ai trouvé un autre assez volumineux (F^ 6860 «, n» 4685). consacré au malheureux Victor et à ses incessants démt'Iés avec la police des Bourbons. Mi M. Môrq, ni M. Marc deVissac ne font mention de c? dossier. Outre Victor, un autre frère de Maurice avait été aussi, on l*avu plus haut, en Amérique où il avait également servi au Venezuela et avait fait plus tard avec notre héros le voyage du Texas.

netesde police qu'il avait été fort beau. Son visage était très agréable. Il portait d'immenses moustaches. Lorsque le général du Barail le vit à Oran en 1839 il était encore plein de force et de santé à plus de cinquante ans, « une sorte de géant, un peu épaissi par l'âge ». Un rapport du maré« chai de camp vicomte de Vergennes, en 1817, le désigne comme étant a très beau, d'une taille très avantageuse ».

Le général du Barail a parfaitement dépeint en deux mots le caractère de Maurice Persat, caractère commun à tant d'autres anciens officiers de l'Empire exaspérés par les injustices, les misères, les déceptions inouïes subies depuis Waterloo : c Mauvaise tête et bon cœur ». Maurice Persat> qui a des tendresses infinies pour ceux qu'il aime : l'Empereur, Armand Carrel, beaucoup d'anciens officiers généraux, pures gloires de l'Empire, pour sa mère, pour sa jeune épouse turque chérie par lui à travers tant d'infortunes, Maurice Persat, qui se platt à rendre incessamment hommage aux vertus, au désintéressement de ces vieux guerriers, qui ne sait comment crier assez sa gratitude aux innombrables Français qui l'ont obligé ou secouru au cours de tant de pénibles randonnées à travers le monde, se montre par contre impitoyable, d'une sévérité souvent déplorablement, parfois ridiculement injuste, pour tous ceux infiniment nombreux qu'il accuse soit d'ingratitude envers ses idoles, soit d'orgueil parvenu, soit encore plus fréquemment de cupidité et même de malversations. Vers la fin de sa vie active, alors qu'il était adjudant de place à Bône, en Algérie, et plus tard commandant de la place de Modon, en Morée, ses accusations se répètent contre tant de gens avec une telle insistance, avec une telle violence, que j'ai dû supprimer bien des passages se rapportant à des noms fort honorables. Sa haine aussi pour Emile de Girardin, qui lui avait tué son meilleur ami.

INTRODUCTION ZXT

dépasse toute mesure. La fureur que lui inspirent c les doctrinaires », comme il les nomme avec dédain, et en général tous les hommes de la monarchie de Juillet, a quelque chose de douloureusement comique. A lire ces . épithètes insultantes constamment renouvelées, on comprend aisément que la fréquentation du pauvre Persat vers la fin de sa vie active ait fini par devenir presque impossible. Ceux surtout qu'il accable avec une inlassable violence de ses brocarda, de ses injures, parfois des . accusations les plus graves, ce sont tous les ministres, tous les militaires haut placés de la monarchie orléaniste, sans oublier le roi Louis-Philippe. Il leur préfère mille fois les Bourbons auxquels il rend justice tout en les détestant. Aux hommes de Juillet il ne peut pardonner la mort de son cher Armand Carrel.

Certes, vers la fin, les scènes de Modon nous en sont une preuve, Maurice Peinât n'était plus guère vivable, mais, malgré tout, ainsi que le dit si bien en terminant le général du Barail : « c'était un très brave homme et un homme très brave ». De son extrême bravoure il n'y a rien à dire : toutes ses aventures de guerre si nombreuses en témoignent. Il n'avait peur de rien au monde. De son cœur j'ai déjà parlé. Personne plus que lui n'a adoré son Empereur, ses chefs, ses amis. Sa respectueuse gratitude envers M. et Mme de Damas, sa reconnaissance envers tous ceux qui lui sont venus en aide ont quelque chose de touchant. Un mauvais cœur n'eût pas trouvé tant d'amis dévoués constamment prêts à lui venir en aide. Certes, ses accusations contre les chefs et les administrateurs de la brigade d'occupation de Morée dépassent toute justice, mais certainement beaucoup de choses allaient fort mal dans cette administration et le pauvre Persat devait avoir raison sur bien des points. Seulement il eût mieux fait de garder tout cela pour lui.

Mais sa tête était trop chaude. Il ne pouvait dominer ses impressions. Il était d'une admirable franchise. . L'extrême intérêt des Mémoires de Maurice Persat consiste dans l'infinie diversité de ses aventures guerrières aux quatre coins du monde. Avec lui on assiste, de 1815 à 1830, à toutes les entreprises libérales ou révolutionnaires de l'Europe et do l'Amérique. On fait par lui connaissance avec les derniers flibustiers français des Antilles et de la côte de Floride, avec les bandes bigarrées de Bolivar, avec les constitutionnels napolitains des frères Pépé si rudement traités par les Autrichiens, avec les bandes de pallikares grecs, avec leurs chefs : le généreux Ypsilanti, le féroce Colocotronis, Mavromichalis et autres (1), avec leurs amis les philhellènes de toute origine et de toute race, avec leurs alliés les ofliciers et les soldats du corps expéditionnaire de Morée, avec les Constitutionnels espagnols de 1823 et leurs auxiliaires les officiers en demi-solde commandés par Fabvier et Armand Carrel, avec les soldats du duc d'Angoulême, avec les marins des Etats-Unis, les aventureux habitants de la Louisiane, les colons espagnols et les féroces Indiens du Texas, jusqu'avec les plus anciens ^groupements mormons, puis avec tous les réfugiés politiques, tous les exilés, les bannis, les « outlaws » de toutes les nations européennes, victimes de tous les soulèvements g^énéreux contre la Sainte Alliance, avec les vaillants soldats aussi de l'expédition d'Alger, avec les Bavarois du roi Othon de Grèce, avec bien d'autres encore. Pour suivre Maurice Persat à travers tant de contrées,, tant de boule* versements divers, j'ai dû relire toute l'histoire politique si a^tée de l'Europe de 1815 à 1837, étudier les révolutions des colonies de l'Amérique espagnole, celles de l'Italie, de

(1) Ici encore les Jusements de Maurice Pertat sur les vaillants insurgés grecs et leurs non moina vaillants chefs manquent de toute mesure.

INTRODUCTlOn xxvil

TEspagne, la guerre de l'indépendance hellénique» Thistoire des Etats-Unis d'Amérique sous le fameux président Jackson, la conquête de l'Algérie enfin.

Dans ces innombrables pérégrinations par terre et par mer, Maurice Persat a été en rapport avec une foule de gens intéressants ou connus : innombrables officiers et soldats du premier Empire surtout, ses anciens compagnons de gloire, maintenant ses douloureux compagnons d'exil et d'aventures, officiers et soldats dé la Restauration aussi, braves et loyaux officiers de terre et de mer américains du nord et du sud, espagnols, grecs, italiens, philhellénes de tous pays, aventuriers de toutes races. Autant qu'il m'a été possible, j'ai restitué à beaucoup de ces personnages leur état civil plus ou moins complet. Partout aussi où notre héros passait, il recevait l'hospitalité la plus fraternelle, non pas seulement de ses anciens compagnons de guerre, mais aussi de très nombreux parmi ses compatriotes civils, en général napoléoniens ardents, patriotes exaltés ainsi qu'il y en avait tant alors qui no craignaient pas de se compromettre pour tendre la main à un coreligionnaire politique dans le besoin. Il n'est pas une ville des Etats-Unis, d'Italie ou d'Espagne, où notre pauvre officier n'ait trouvé en nombre des compatriotes expatriés à la suite de tant d'infortunes nationales, toujours prêts à lui porter secours.

Maurice Persat avait la tête infiniment chaude. Il était d'une honnêteté chevaleresque, d'une loyauté scrupuleuse. Ses opinions étaient d'une ardente intransigeance. En 1820, je l'ai dit, il avait participé aux mouvements insurrectionnels avortés de juin et avait dû quitter la France pour éviter les plus graves poursuites. On ne s'étonnera point que j'aie trouvé aux Archives Nationales un volumineux dossier de police le concernant. Fait curieux, je n'y ai rien

XIVIII MÉMOIRES DtJ COMMANDANT PER8AT

découvert sur les événements mêmes de 1820 (i). Toutes les pièces très nombreuses conservées ont trait à des époques quelque peu plus récentes. Je les ai toutes .signalées, mais beaucoup sont sans grand intérêt. Elles sont signées de préfets et de commissaires de police et notent les nombreux retours en France du malheureux officier aussitôt forcé de s*exiler à nouveau pour éviter des poursuites. J'ai publié m extenso à la fin du volume deux ou trois des plus importants parmi ces documents. J'ai donné le résumé des autres dans mes notes. Â peine un préfet a-t-il annoncé le débarquement de Persat en France qu'un autre de ces fonctionnaires signale son arrivée dans quelque port où le malheureux Juif errant va se rembarquer pour la terre étrangère. Ainsi, de Marseille à Paris, de Paris à Boulogne ou au Havre, les dépêches officielles se succèdent automatiquement chaque année, se répétant presque constamment, accompagnant et surveillant le passage du pauvre officier de ville en ville, notant ses opinions, ses amitiés, ses allées et venues, ses fréquentations les plus innocentes, redisant sans cesse la violence de ses sentiments napoléoniens, l'amertume exaltée de ses propos. On serait facilement aigri à moins! Les Archives du ministère de la guerre, celles de la grande chancellerie possèdent également au nom.de Maurice Persat des dossiers auxquels j'ai emprunté diverses pièces importantes que je reproduis à leurs dates.

Les notes journalières de notre héros, notes qui devaient lui servir à rédiger plus tard ses volumineux et si curieux Mémoires, ont été rédigées par lui avec une extrême précision et un grand désir, d'être vrai. J'ai été très frappé

(1) M. le directeur général des Archives NaUonales m*a fait Thonneur do me confirmer que les rapports de police de cette année 1820 et de plusieurs autres manquaient au dossier. — Voy, p. 60.

INTRODUCTION XXix

de la parfaite exactitude de ses indications de dates et de lieux toutes les fois qu'il m'a été possible de les vérifier. Le récit des innombrables événements auxquels il a assisté dans sa carrière si variée aux quatre coins du monde concorde exactement avec les comptés rendus des ouvrages récents les plus autorisés. Le contrôle que j'ai pu exercer très facilement ne m'a permis de relever que de bien légères erreurs. Les noms propres très nombreux — car c'est un des intérêts de ces Mémoires de nous donner des indications parfois précieuses sur tant de Français exilés par toute la terre à la suite des événements de 1814 et de 1815 — les noms des localités les plus lointaines dans les contrées alors les plus inconnues, sont presque toujours très correctement transcrits. Parfois seulement, mais bien rarement» Maurice Persat se plaint d'avoir égaré ses notes relatives à tel ou tel événement (.1), mais même dans ces cas particuliers il fait. preuve de grandes qualités de mémoire, de véracité et d'exactitude. Sans être un « notable clerc »» suivant l'expression même de notre écrivain, Maurice Persat parait avoir eu une instruction primaire soignée. Son écriture est bonne, fort lisible (2). L'orthographe en est relativement correcte. Son style est alerte et trèi vivant avec les défauts et le pathos de l'époque. Par le témoignage du général du Barail, comme par le sien propre, au fur et à mesure de ses Mémoires, nous voyons qu'il se piquait de quelque littérature, qu'il savait du moins par cœur Désaugiers et Béranger. Il cite souvent Grcsset et divers poètes. 11 parle aussi, lors de ses voyages en Grèce, des grands hommes de l'antiquité, mais

(1) Voy., par exemple^ p« 89 •! 160.

(2) L'écritura du manuscrit est bien celle de Peraat, car elle est idenUqaa à celle des nombreuses pièces de sa main qui sont consenrée» à son dossier aux Archives Nationales ou à celles de la guerre. Plus tard une autre main, moins experte, a pratiqué de nombreuses correcUons au manuscrit comma pour en préparer la publication.

m MËBTOIRES DU COMMANDANT PERSAT

là ses notions semblent plus confuses. Avant que son caractère ne se fût tant aigri, ce devait être un homme d'une conversation très agréable et très nourrie. Il avait tant vu de choses et de gens! L'amitié que lui conservèrent, à travers tant de vicissitudes, bien des vieux soldats haut placés du premier Empire, la tendresse profonde que semble lui avoir voué un homme tel que Tétait Armand Carrel, nous sont un témoignage précieux en sa faveur. Il adorait les femmes. Tout son roman avec la jeune Turque Adélé, qui devint sa femme et la mère de ses enfants, est d'une naïve candeur. Il parle d'une manière charmante de la jeune princesse Christine, future reine d'Espagne, qu'il faillit aimer à Naplcs. Plus tard seulement il devint le solitaire, le vieux sanglier, aigri et impossible à vivre, dont nous parlent les souvenirs du général du. Barail.

Maurice Persat partageait, avec tous les excès d'une nature exceptionnellement violente, toutes les idolâtries comme toutes les haines des hommes d'action de son époque. Son aversion pour ce qu'il appelle « la superstition religieuse,» son horreur pour les églises et tous les bâtiments du.culte sont presque amusantes, tant elles sont exagérées.

Ceux très nombreux encore qui, comme moi, chérissent d'un amour passionné ces vieux soldats de l'Empire, témoins admirables d'une époque de gloire et d'abnégation patriotique, auront, je le crois, plaisir à lire ces vivants souvenirs d'un officier de l'immortel Empereur.

Gustave Schlumberger (1).

BlanTille en Beauce, 1« octobre 1909.

(1) Toutes mes notes personnelles, pour qu'elles ne puissent être confondues avec celles de Maurice Persat, sont signées de mes initiales : 0. S.

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