CHAPITRE IV
nous étions mouillés devant Hydra. Dans la traversée nos jeunes Gre<^ nous avaient fait espérer une brillante réception de là part de leurs compatriotes. Nous devions nous y attendre, avec les armes et munitions que le colonel Gordon leur apportait» mais il n'en fut rien. On nous donna seulement une maison inhabitée et des vivres, que le colonel Gordon paya et très généreusement.
Les primats d* Hydra firent tous leurs elTorts pour engager le colonel Gordon à rester avec eux, mais le colonel persista à se rendre auprès du prince Démétrius Ypsilanti. Le colonel fréta une goélette grecque et nous mimes à la voile pour le petit port d*Astros, où nous jetâmes Tancro le 5 septembre. Le port d'Astros est situé dans le golfe do Nauplie et à quelques lieues de cette ville occupée alors par les Turcs;' près du port d*Astros, nous ne trouvâmes que quelques baraques; le village qui porte ce nom en est à une lieue environ. Le primat d'i^iitros, prévenu de notre arrivée, s'empressa de venir complimenter le colonel Gordon, et, en peu de temps, ce brave Grec nous fit servir un excellent diner pour, le pays, et s'il ne fit pas mieux, c'est qu'il n'en avait réellement pas les moyens, car s'il avait eu des millions, ainsi que la plupart des chefs hydriotes, il est certain qu'il nous aurait parfaitement traités.
Le lendemain de notre arrivée à Astros, nous reçûmes la visite de la fameuse Bouboulina (1); elle faisait alors lé blocus de Nauplie avec sa flotte composée de deux mauvaises goélettes marchandes armées de quelques canons de six, etc. (2). On peut deviner quelle fut notre surprise à la vue de cette femme que l'on nous avait représentée à
turque de la petite ville de Kalamata, située au fond du golfe. Je reviendrai ' plus tard sur ces premiers actes de cruauté des Grecs.
(1) Cette héroïne des débuts de la guerre de l'indépendance, née Laskarina, deux fois veuve de marins grecs dont le dernier s'appelait Deme* trios Bouboulis, eut une vogue extrême dans toute TEurope. Sur sa corvette Agamemnon elle fit preuve de beaucoup de brutalité, mais aussi de grandes qualités d'énergie guerrière. (0. S.)
(2) Les personnes qui ont un peu de mémoire voudront bien se rappeler que les Journaux ont donné Jusqu'à soixante vaisseaux à cette héroïne sur laquelle Je reviendrai.
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ao MÉMOIRES DU COMMANDAIYT PERSAT
Paris en Jeanne d'Arc, car qui peut avoir oublié cette caricature que l'on s'arrachait des mains? Moi-même j'en avais fait l'emplette que je m'empressai de présenter à cette femme, vrai type de nos sales marchandes de fromage de la HaDe de Paris, mais, quel que pût être notre étonnement, celui de la Bouboulina fut bien plus complet, lorsque nos Grecs lui expliquèrent que c'était son portrait venant de Paris. C'est alors qu'elle partit d'un éclat de rire qui nous força tous à faire chorus, et de bon cœur, ma foi, malgré notre dépit. Le lendemain, 6 septembre, nous nous mimes en route pour nous rendre au camp du prince Ypsilanti, qui se trouvait alors devant Tripolitza. Le brave primat, dont je regrette beaucoup d'avoir oublié le nom, nous fournit tous les chevaux et les mulets qu'il avait pu ramasser dans le pays, et nous nous mimes en route par une chaleur excessive. Nous n'avions que des montagnes arides à monter et à descendre, aussi nous fut-il impossible de nous rendre au quartier général ce jour-là. D'ailleurs, nous avioiis laissé la moitié de nos compagnons de voyage en route et le colonel Gordon n'était pas homme à les abandonner. Quel philanthrope! Nous fîmes halte au village de . Nisi où nous passâmes la nuit. Les primats de ce village ruiné nous accueillirent aussi de leur mieux. Le lendemain, 7 septembre, tous nos amis étant arrivés, nous primes la route du camp. Un seul des nôtres manquait; c'était M. Voutier qui, par vanité, s'était séparé de nous pour ne pas avoir l'air d'arriver sous les auspices du colonel Gordon,, qui cependant avait payé son passage tout comme à nous tous, indistinctement. Enfm, à midi, nous étions réunis à l'étendard grec. Le prince Démétrius Ypsilanti 80 précipita dans les bras du colonel Gordon et nous fit à tous un accueil des plus touchants. (1). Tout le camp avait
(1) A la fin du mois de janyier 1821, le vieux et énergique Kurchid Pacha, pacha de Tripolitza et gouverneur de Morée depuis Te mois de no» ▼embro précédent, avait du quitter son poste pour aller combattre en Epire le terrible Ali Pacha, révolté contre la Forte. Ce départ avait été le signal du premier grand soulèvement en Morée des Grecs contre les Turcs. Les .
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