‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 42 sur 165 · CHAPITRE IV II · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV II

pris les armes pour nous recevoir et salua notre arrivée par une fusillade qui dura près d'une heure en signe d'allégresse et de reconnaissance. Les bandes grecques étaient campées à mi-côte des hautes montagnes de Trikorpha et hors de la portée d'une pièce de trente-six. Ces divers camps faisaient le blocus do Tripolitza» depuis environ cinq mois. La baraque du prince était placée presque au centre de toutes les bandes, on face de la ville.

Ce prince était d'une taille très médiocre et* fort grêle; son physique en général n'était pas heureux, pour un pays où la structure de l'homme et le physique sont à pou près les seuls traits qiii rappellent les anciens Grecs. Mais s'il manquait au prince ces dons de la nature, il en avait de bien supérieurs du côté du cœur et des sentiments, car il était d'une bravoure toute française, quoique plus réfléchie, et son patriotisme était vrai et sans tache. Il était aussi très supérieur en instruction à tous les Grecs que j'ai connus en Grèce. Cet homme vertueux est mort à Nauplie en 1832 du chagrin de voir sa patrie tombée sous

oxcitaUons enflammées des chefs de rHétairte, les intrigues d*Ali Pacha, les charpre^ énormes dont les dépenses pour la guerre en Bpire accablaient la population, avaient amené ce résultat. Théodore Colocotronis débarqua à ce mouieit dans le Magne, où il fut reçu avec enthousiasme par le bey malnote Petros MavromichaUs. D'autres chefs militaires parurent de même dans la Péninsule; Nilcita^ neveu de Colocotronis, le vieux Anagnosta» ras, etc. Aux premiers jours d'avril, tout le Péloponnèse était soulevé. Le 3 et le 4, les garnisons turques de Kalavrvta et de Kalamata capitulaient. Ce même jour, sous Kalamata, cin(| mille guerriers grecs assistèrent à un service solennel célébré par vingt-cinq prêtres en Thonnour dû premier iour de l'indépendance hclléni(|ue. Ce fut le signal de la lutte la plus terrible aue je n'ai pas à raconter ici. Vers le milieu de juillet, le prince Démétrius Ypsilanti, le plus jeune frère d'Alexandre Ypsilanti, le glorieux vaincu de uragatschan, avait débarqué à Hydra. Presque aussitôt, au camp do Trikorpha> il avait été proclamé chef suprême do l'armée hellénique. Maintenant, après la prise successive do Moncmbasio et do Navarin, il assiégeait Tripolitza à lu tèlo do toutes los forces insurrectionnnllos auxquolles venaient se joindre le philholiène anglais Qordon et sa potilo troupe. Oordon devait être plus tard Thistorion do la révolution grecque. (Th. OonnoN, Histoire de la Ré\H>lation grecque, éditée par Zinkoisen). V. le portrait do Démétrius Ypsilanti. dans la traduction allemande de l'ouvrage do Pouqueville, t. Il, p. 450. V. celui de Théodore Colocotronis dans la traduction anglaise de ses Mimoiree publiés à Londres en 1892, par Mme EdnAinds et dans l'article si intéressant que feu D. Bikélas a consacré à ce charmant volume dans la Revue de$ Eludée grtequee de 1893, t. VI. (0.8.)

le joug de la Russie représentée par le despote Capodistrias dont nous aurons à parler.

La ville de Tripolitza renfermait alors environ quarante mille habitants juifs et grecs. Toutes les familles turques des environs de cette vïtte, de huit à dix lieues à la ronde, s'y étaient aussi réfugiées aux premiers cris de liberté poussés par les Grecs. 11 en fut généralement de même à Corinthe, & Nauplie,. à Patras, à Modon, à Coron, à Navarin, etc. Ce fut un grand malheur (1) pour la population turque et même pour les Grecs, car si les Turcs, au lieu de so retirer si précipitamment dans les places fortes, eussent au contraire fait bonne contenance dans les villes et villages qu'ils habitaient, il est certain que l'insurrection serait tombée d'elle-même à cause de la destruction du corps d'armée du prince Alexandre Ypsilanti (2), en Moldavie, destruction qui avait jeté la terreur dans les populations du Péloponèse (3).

Tripolitza était entourée d'une mauvaise muraille de douze àquinzc pieds de hauteur sur trois d'épaisseur, en partie en ruines et sans fossés. Quelques tourelles étaient armées do canons sur de mauvais affûts à la turque et c'est avec do si pitoyables moyens de défense que cette malheureuse population turque s'est défendue pendant sept mois contre les ciïorts de vingt mille Grecs! Que l'homme raisonnable et consciencieux me dise maintenant de quel côté était la valeur; et il en a été de même pour les autres places qui no se sont rendues, toutes sans exception, qu'après avoir supporté les plus cruelles privations, tandis que les bandes grecques regorgeaient de tout.

Parmi les chefs grecs, je citerai le féroce Colocotronis père (4), qui, de son côté, n'avait des anciens Grecs que

(1) Oui, uii grand malheur, car cette insurrection se serait termim^e par un sage accORiinodement. Cent mille individus de tous sexes et âges n'auraiont pas été lâchement égorgés et les Grecs aujourd'hui n*en seraient pas réduits à regretter le gouvernement des Turcs, ainsi que je le dirai plus tard.

(2) Frère atné du prince Démétrius.

(3) Désastre de Dragatschan, le 19 juillet 1821.

<4) Je n*ai pas besoin de dire que le jugement de Maurice Persat sur ce

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