‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 43 sur 165 · CHAPITRE IV IS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV IS

la taOle et le physique» mais pas une seule de leurs vertus; aussi» combien de fois ai-je entendu dire par les pallikares grecs qu*il était malheureux pour la Grèce que le prince Ypsilanti n'eût pas l'extérieur de Colocotronis ou ce dernier les belles qualités du prince. Colocotronis était fils et petit-fils d'anciens chefs de klephtes (1) et il s'en vantait; * sa bande comptait à peu près quatre mille hommes armés de fusils sans baïonnette» et quelques-uns avaient des yatagans et des pistolets» armement tout à fait à l'arabe. Colocotronis était chef suprême de sa bande et y exerçait le droit de vie et de mort. Il avait avec lui quelques lieutenants» hommes zélés et dévoués à ce chef; toute la bande n'avait aucune organisation» et, lorsqu'elle prenait les armes» chaque pallikaro (soldat irrégulicr) prenait la place. qui lui convenait et la bande marchait en masse ou en colonne, suivant le terrain qu'elle parcourait. Il en était de même de toutes les autres.

Pétros Mavromichalis, chef ou bey des Malnotcs, avait aussi près de quatre mille de ces intrépides et féroces montagnards. Son frère» le brave Kiriokouli (2), commandait cette bande toute composée do Malnotcs. Ces montagnards, fiers de leurs ancêtres» les Spartiates» sont généralement plus braves que les autres Grecs, mais tout aussi cruels et pillards; les Turcs n'ont jamais pu les soumettre, ci les Bavarois se garderont bien de retourner dans le Magne. Je ferai connaître en temps et lieu les résultats do leur première expédition dans ce pays-là.

Après les bandes de Colocotronis et de Pétros Mavromichalis» venait celle de Yairaco (médecin grec)» forte do douze cents à quinze cents hommes, de la même organisa-

ffrand héro& des premiôres luttes de rindépendanco manque tout k. M^ d'impartialité. Peu de guerriers- des temps héroïques de la guerre de la liberté contre les Turcs sont demeurés plus, populaires en Grèce. (0. S.)

(1) Dans son mauvais roman, M. Voutier prétendait que le titre de c klephte >, voleur, deviendrait célèbre. M. Voutier a bien fait de ne pas citer répoque de cette future célébrité.

(2) Le brave Kiriokouli, ainsi que son digne flls, Eliar ont trouvé tous es deux une mort bien glorieuse dans cette guerre d*exterminaUon.

lion que les précédentes. Il y avait encore une douzaine de bandes qui étaient commandées chacune par un chef qu'elle s'était choisi; mais ces chefs n'étaient qu'en seconde ligne, quoique tout aussi capables que les premiers. Tous les primats (bourgeois delà Grèce) avaient aussi chacun une bande de trente, quarante, et cent pallikares, et ils ne marchaient jamais sans cette escorte, d'abord pour faire respecter leur suprématie, et pour n'être pas pillés ou assassinés par le peuple qui les détestait plus encore que les Turcs. Je citerai cependant un de ces chefs de seconde ligne, Anagnosti Lipéropoulos, du village de Hassan-Bacha, en Messénie. Je parlerai de ce Grec, que j'ai revu en 1831 et 1837, et qui n'était pas très riche, ce qui est en sa faveur dans un pays où les femmes et les filles ne rougissent pas de se parer des bijoux et des dépouilles des femmes turques que leurs pères et frères ont égorgées. Le prince Ypsilanti avait à son quartier général les princes grecs Canlacuzône, Mavrokordato (1) et Caradja, ainsi qu'un savant grec, M. Vamvas (2), qui était le secrétaire général du prince. Venait ensuite une fourmilière d'individus que nous nommons en France olTiciers d'élatmajor, tous aussi intrigants et flatteurs que la plupart des nôtres, mais n'ayant pas leur instruction. Le prince avait besoin d'un chef d'état-major, militaire et honnête homme; il choisit le colonel Gordon. Il me promit un escadron de cavalerie, lorsqu'on aurait des chevaux et des cavaliers, et une compagnie d'artillerie à M. Voutier. Il nous pria de faire partie de son état-major, en attendant l'organisation de la cavalerie et de l'artillerie. M. James Robertson, l'ami du colonel Gordon, fut aussi attaché à l'état-major du prince. Toute la garnison de Tripolitza était composée de deux, mille Albanais (3) et à peu près trois mille Turcs

(1) Lo prince Alexandre Mavrokordato, ce Jeune phanariote, d'un patriotisme exalté, dont l'étoile allait bientôt éclipser celle même de Démétrius YpsilanU. (0. 8.)

(2) Savant prêtre ardemment attaché à Ypsilanti. (O. S.)

(3) Go sont les Suisses de la Turquie, moins leur fldélité et leur noble dévouement au pays qu'ils servent.

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