CHAPITRE ly
irréguliers; ces derniers étaient des habitants qui s*étaient faits soldats pour défendre leurs vies, leurs familles et leurs fortunes.
Nous étions au camp grec depuis un mois sans qu'il se fût passé rien de remarquable, lorsque le brave Baleste (1) y arriva avec son petit bataillon régulier, fort de trois cents hommes. Baleste venait de Kalamata, où il s'était signalé en repoussant les Turcs et en faisant d'inutiles et généreux eiïorts pour sauver la population turque de cette ville, car, tandis que notre valeureux compatriote se battait, les Grecs égorgeaient les femmes et les enfants qui s'étaient placés sous leur sauvegarde, depuis le commencement de l'insurrection. Une très petite partie do cette population fut sauvée, grfico aux menaces du brave Baleste (2), qui intimidèrent les Grecs au point qu'ils n'osèrent pas consommer leur acte de férocité.
Le bataillon de Baleste avait été organisé à Trieste, sous la direction de ce brave officier et avec le patrimoine du prince Démétrius Ypsilanti, ainsi qu'avec la dot do sa digne sœur Marie. Avant notre arrivée devant Tripolitza, les Grecs n'avaient rien fait pour prendre cette ville. Ils s'étaient contentés d'échanger des milliers de coups do fusil, mais à une si grande distance que je n'ai pas vu un seul blessé dans les différentes batailles (3) qui se sont livrées autour de la ville, depuis notre arrivée jusqu'à notre départ pour Patras. Us espéraient prendre la ville par la famine, et c'est ce qui arriva peu de temps après.
(1) M. A. Debidour, dans son livre sur le général Fobvier, le nomme « Pa- Ifstra ». D'autres le monument » Baleste ». (0. S.)
(2) Baleste était de 'Marseille et avait été lieutenant dans un régiment d*infanterie. lï a été. sans contredit, le plus brave de tous les philhellénef et un des plus généreux. Il avait de belles qualités; il méprisait souvorainoment les flatteurs, et n'était pas ami do ces coureurs d*état*mnJor, qu'il appelait les sangsues de l'armée. Baleste était d'une modestie dont le souvenir devrait encore faire rougir de honte ces philhcllénes qui ]«c sont fait une renommée dont on connaît la juste valeur aujourd'hui. Les malheureux, ils n'avaient aucune des vertus de Baleste, pas même son couragd
(3) Je fus le seul des philhellénes déjà arrivés en Grèce qui ne fût pas surpris de ces batailles pour rire. J'avais acquis do rexpériincu pondant mon séjour en Amérique.
M MÉMOIRES DU. COMMANDANT PEtlSAT
Les canons que le colonel Gordon avait apportés arrivèrent et c'est alors qu'on éleva une petite redoute. Les Grecs s'étaient aussi procuré deux mauvais mortiers et des bombes; mais ils n'avaient personne pour les charger et les lancer. M. Voutier, qui s'était donné pour un capitaine d'artillerie, n'en était pas plus capable que les Grecs; mais M. James Robertson avait apporté d'Angleterre quelques ouvrages et instruments d'artillerie, et il fut enfîn possible do lancer quelques bombes dans cette malheureuse ville. 'Toutefois, elles n'y produisirent que peu d'effet, car les maisons do Tripolitza étaient généralement disséminées. Lo gouvcrnour de Tripolitza, Kiamil-Bey, n'espérant plus de secours de Constantinople, et craignant une révolte do la part des Albanais, dont la solde était arriérée, demanda & capituler, et pour cela, il s'adressa directement au prince Ypsilanti, dont il connaissait le noble caractère. Los chefs grecs, voyant les trésors de Tripolitza leur échapper et redoutant le bataillon de Bàlesto qui s'était fortifié par l'arrivée d'une trentaine de philhellônes, se concertèrent afin do trouver le moyen de se débarrasser du prince et du bataillon de Baleste, et ils y parvinrent. La flotte turque (1) venait de s'emparer de la petite ville de Galaxidi (2), ainsi que. d'une trentaine de bâtiments grecs. Le tout avait été brûlé en représailles et Patras était menacée du même sort. C'est alors que les chefs grecs proposèrent au prince d'aller au secours de cette dernière place; mais comme le prince voulait attendre la capitulation de Tripolitza, ces astucieux lui firent entendre que le gouverneur turc avait déjà demandé ù capituler plus d'une fois; ils lui assurèrent que ce n'était que dans l'intention de gagner du temps, et qu'il fallait se méfier de ses propositions. « D'ailleurs, lui dirent-ils, vous aurez le temps de secourir Patras et de revenir ici pour signer la capitulation. » Le colonel Gordon avait pénétré la perfidie des chefs grecs, mais, malgré ses
(1) Gommandéo par Kara*AII. (0. S.)
(2) Sar la rive septentrionale du golfe de Gorinthe. (G. S.)