CHAPITRE IV
sages conseils, le prince se décida à aller à Patraîis^ Ce fui un grand malheur pour les habitants de Tripolitza» et même pour la Grèce; car si le prince fût resté devant cette ville, la population aurait été respectée, les trésors immenses qu'elle renfermait auraient suffi à organiser des troupes régulières et la Grèce serait sortie sans souillure de Tesclavage turc en peu de temps et sans le secours de la France. Le départ dii prince a amené tout le contraire : quarante mille personnes, Turcs, Juifs et Grecs (l),ont été lâchement égorgées; les trésors sont passés dans les mains des Colocotronis, des Yatraco, de la Bouboulina, etc., et la Grèce est aujourd'hui la proie dos Bavarois, des Rushos et des Autrichiens.
Le prince Cantacuzène, peu satisfait de Taccueil des chefs grecs, était parti pour les Iles. Mavrokordato ni Caradja restèrent, je crois, devant Tripoliiza et avec eux les Français Lavillasse, Blondel et Raybaud, le même qui a aussi publié un roman en deux volumes sur la Grèce (2), dans lequel, néanmoins, il a été souvent vrai et plus modeste que son orgueilleux antagoniste Voulicr.
Le prince Ypsilanti partit du camp le 25 septembre, accompagné du colonel Gordon, de MM. Robertson, Vouticr (3) et de moi, ainsi que de Baleste avec une partie de son bataillon, car les autres, aussi avides de sang et d'or que les pallikares de Colocotronis et consorts, restèrent avec -eux devant Tripolitza. Quoique déjà sur la fln do septembre, nous éprouvômes des chaleurs excessives, et ce ne. fut pas sans peine que nous pûmes aller coucher à Viiina où nous fûmes bien accueillis par les habitants. D'ailleurs, le prince était reçu par de vives acclamations populaires, dans tons
(1) Ces dornien avaient peint de grandes croix à. leurs portes; mais lit furent pillés et en partie égorçés comme les Turcs et les Juifs.
(2) Raybaud, Mémoire* $ur la Grèce pour servir à thiiîùire de la gumm de V indépendance, 1825, 2 vol. — Voyez p. /. de la Préface.
(3) Dans son roman, M. Voutier ose avancer qu*il s*est trouvé au sac de Tripolitza. C'est faux, car il suivit le prince avec nous. ï\ ne dit encore
f»as la vérité lorsqu'il nous parle de son Emma. l\ a eu. 11 est vrai, une emme turque, ainsi que plusieurs philhellènes et Je crois qu*il ne l'a pas vendue comme le firent les autres.
les pays qu*i] parcourait. Le peuple voyait en lui le sauveur de la patrie.
Notre seconde journée fut tout aussi fatigante que la prcmif^re et le lendemain nous arrivâmes à Kalavryla. Nous avions traversé une vallée couverte de vignes et serpentée par un ruisseau d'une eau limpide. Je laisse à penser si nous avions fait vendange avec les trente degrés de chaleur qui nous grillaient; et malheureusement pour moi, j'avais eu Timprudence de me désaltérer chaque fois que nous passions le ruisseau, aussi fus-je atteint d'une dysenterie des plus compliquées, au point qu'il me fut impossible d'aller plus avant. Le prince eut la bonté de me recommander vivement aux primats de Kalavryta, ainsi que le généreux colonel Gordon, et ils continuèrent leur route sur Patras. .
A cette époque le plus habile médecin grec n'avait fait . aucune étude, aussi fallait-il une constitution aussi robuste que la mienne pour résister aux doses réitérées d'opium que me fit prendre le moderne Hippocrate de Kalavryta. Enfin, après huit jours de crise, je me sentie capable de monter à cheval et je me disposais à rejoindre le prince Ypsilanti lorsque nous apprîmes la catastrophe de Tripolilza. La majeure partie de la population turque de Kalavryta, à l'instar de celles de Kalamata, de Nauplie, de Malvoisie (1), de Navarin, etc., n'avait pas voulu quitter SCS dieux pénates. D'ailleurs, ces malheureuses familles avaient toujours vécu en bonne intelligence avec les familles grecques avec lesquelles elles avaient même contracté des alliances, ausisi se croyaient^ellcs en sûreté à Kalavryta. Hélas, quelle sécurité! Tout fut égorgé, dès que les premiers bourreaux de Tripoli tza furent arrivés à Kalavryta, chargés des dépouilles ensanglantées de leurs victimes. Moi-même, j'aurais été massacré par ces forcenés en voulant leur arracher quelques enfants, si mon médecin
(1) L'actuelle Monembasie. (0. S.)