‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 46 sur 165 · CHAPITRE IV • 8f · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV • 8f

greo ainsi que Tun dos chefs grecs ne fussent accourus à mon secours. Ce chef grec se nommait Zalmi, à ce que jo crois; quant au nom du médocin, j*ai le regret do Tavoir oublié, car je n*écris que de mémoirCi ayant perdu une grande partie de mes notes.

J'avais appris que le prince Ypsilanti était parti de Fatras pour aller à Corinthe. Ne voulant pas me hasarder à traverser seul le pays, dans la crainte d*ôlre considéré comme un Turc par messieurs les gens de G)locotronis et G**, je retournai à Tripolitza avec une escorte de Grecs que je payai fort cher, mais gui me fut très nécessaire dans mon voyage.. Il y avait huit jours que Tripolitza s'était rendue (1) lorsque j'y arrivai. Toutes les rues de cette ville, déjà en partie démolie par les Grecs (2), étaient jonchées de t^adavres mutilés de tous âges et de tous sexes. Ne pouvant pas rester au milieu de tant d'horreurs, j'allai me camper sous une tente que le prince avait donnée au colonel Gordon. J'eus le plaisir d'y trouver John, le Adèle Arménien du colonel, qui me raconta tout ce qui s'était passé depuis notre départ.

On sait que nous avions laissé la population de Tripolitza dans la plus grande détresse. Les Albanais, gagnés par les promesses des chefs grecs qui leur avaient promis leur part du butin, avaient abandonné les Turcs et étaient sortis de la ville avec armes et bagages. Le gouvernement turc, n'ayant plus d'espoir d'être secouru, et ne voyant plus revenir le prince Ypsilanti, se décida à accepter la capitulation que tous les chefs grecs avaient jurée sur les Saints Evangiles. Cotte capitulation portait que tous les habitants seraient respectés et envoyés en Turquie, etc.; et, pour mieux tromper les Turcs, les chefs grecs avaient très bien accueilli quelques milliers de femmes et d'enfants

(1) Le 5. octobre 1821. (0. S).

(2) Sur toute ma route. Je rencontrai des milliers de Oreet qui s'en retournaient dans leurs villages ayant leurs chevapx, mulets et Anes chargés d*efrcts. meubles, portes, croisées, planches, etc.

qui étaient sortis de la ville, préférant se livrer aux Grecs que de mourir de faim. C'est cette hypocrite générosité des Grecs envers ces femmes et ces enfants qui décida la population turque à leur ouvrir ses portes. Les malheureux! ils ont payé cher cette trop grande confiance en leurs enne^* mis! Tous les chefs grecs étaient restés à Tripolitza, ainsi que cette féroce Bouboulina, qui eut sa bonne part (1) du butin et qui surpassa en cruauté Colocotronis et consorts. Tous ces chefs s'étaient emparés, bien entendu, des plus belles maisons turques. Bouboulina ne s'était pas oubliée et j'ai vu, moi, dans la cour de la maison occupée par cette tigrcsse, deux à trois cents têtes- de Turcs de tous sexes. C'était en partie l'ouvrage de cette héroïne.

Près de la tente sous laquelle j'habitais, étaient campés les débris d'une riche famille turque. Ces malheureux avaient été dépouillés de tous leurs vêtements et il ne leur restait sur le corps que des guenilles tout ensanglantées. Touché jusqu'aux larmes de leur malheur, je leur offris un peu de pain et des raisins; c'était tout ce que j'avais pu mé procurer avec peine, car les denrées étaient rares et très chères dans ce moment-là. Cette famille turque était do la petite ville de Léondari, d'Arcadie. Le chef en était un homme généreux et ami des Grecs. C'est pour cette raison qu'il fut épargné, ainsi que la plupart des siens. Son nom était Hassan-Alili, dit Giliatopoulo (2). Il était spahi du gouvernement turc, c'est-à-dire receveur des dîmes. Il y avait plusieurs jours que je partageais mes provisions avec cette malheureuse famille et eHe me regardait déjà

(1) Cette créature .était entrée dans Tripolitza. quelques Jours avant la reddition de la ville. Elle alla dans toutes les familles turques les plus riches leur ofTrir sa protection. Elle en reçut les bijoux et tout Tor qu'elles possédaient. Que ne ferait*on p^is .pour sauver sa vie dans de .pareils dangers? Lss chefs, grecs en firent autant; de sorte que les bandes grecques n'eurent en partage que les vêtements, meubles, etc.

(2) « Fils de coupe-tétes », surnom peu sonnant sans doute, mais qui avait été donné au grand-pére de cette famille dans la guerre civile de la Grèce, suscitée par la fameuse impératrice Catherine. Dans cette guerre. Hassan- Alili commandait un corps de cavalerie qui fut aussi redoutable pour les Russes que pour ces malheureux Grecs, lâchement abandonnés par les Russes.

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