‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 48 sur 165 · CHAPITRE IV fS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV fS

sërent la cupidité jusqu'à profaner les tombeaux» car on sait que chez les Orientaux Tusage est de laisser aux morts les bijoux qu'ils ont sur eux en mourant. Il en résulta une épidémie qui fit un grand nombre de. victimes parmi les Grecs, ce qui détermina le prince Ypsilanti à se rendre à Argos.

Nous partîmes de Tripolitza le iO novembre. J'accompagnai le prince, ainsi que M. Voutier et beaucoup d'autres philhcUènes, parmi lesquels je citerai Margcski, mon brave camarade de la Colombie et de Naples. Le colonel Gordon, indigné de la conduite des Grecs à Tripolitza, prit congé du prince, ainsi que son ami Robcrtson : ils s'en retournèrent en Angleterre. Lo départ de ce loyal colonel aflligea beaucoup le prince, ainsi que tous les philhellènes de toiUes les nations, car il était d'une extrême générosité envers .tous les philhellénes malheureux, et parmi eux il y on avait beaucoup de nécessiteux (1). Maxime Raybaud, qui s'était trouvé aussi au sac de Tripolitza, suivit de même le prince, ainsi que plusieurs autres philhellénes. Toute la population grecque d'Argos vint au-devant du prince, et de toutes parts on entendait les cris répétés de : Vive Ypsilanti! Les noms de Colocotronis (2), Yatraco, Petros Mavromichalis, Bouboulina, etc., ne furent pas prononcés une seule fois. C'est une justice que je rends au peuple grec, car il savait encore distinguer les vertus du prince des crimes et des bassesses de ces chefs de bandes, et cola n'était pas diflicile. Il est bon de dire en passant que la bande de Colocotronis était réduite à deux ou trois cents hommes, de quatre mille; il on était ainsi de toutes les autres, mais elles s'augmentèrent promptement lorsque le bruit courut que la ville de Napoli do

l (1) La plupart des philhellénes étaient venus en Grèce presque sans le sol et sans armes, et dans ces temps-là il n'y avait ni caiues. ni magasinst aussi voyait-on dans les bazars des Orecs vendre les habits et les chomiscs de ceux qui n'avaient rien, et ceux qui avaient apporté des armes les vendaient de même pour avoir du pain.

(2) Cet homme était rouge de colère de voir le prince si bien accueilli par le peuple, tandis qu'il n'en était, lui, que craint et méprisé.

Ramanie (1) parlait de se rendre aux Grecs. Il y avait là encore du butin à prendte. A notre arrivée à Argos, nous y trouvâmes beaucoup de nouveaux philhellènes, parmi lesquels je citerai MM. Justin (2), Guilbert, Delaurey, Eustache Micolon, Monier, Volguemont, Chauvassagiie, Français; Tarella (3), Dania, Gubernatis (4), Cremonini, Staraba, Permejani, Italiens; Liesching, le baron Lagrange, le comte VVintzingerode, Allemands, et beaucoup d'autres dont je ne me rappelle pas les noms.

Le bataillon de Baleste s'était accru, malgré la désertion de ceux de ses hommes qui n'étaient venus en Grèce que pour y piller. M. Voutier fut chargé par le prince do connmencer l'organisation de sa compagnie d'artillerie. Quant à mon escadron de cavalerie, il fut remis jusqu*après la prise de Napoli. On avait cependant trouvé de beaux chevaux à Tripolitza, mais ils étaient passés entre les mains de Golocotronis et consorts, et ceux-ci n'étaient pas hommes à les oiTrir pour le service de leur patrie.

Le prince avait chargé le brave commandant Dania (5) des préparatifs pour donner l'assaut à la ville de Napoli, car celle-ci no voulait plus capituler après la conduite des Grecs à Tripolitza, et certes, la population de cette ville avait bien raison de ne plus croire aux serments et à la loyauté do ceux-ci.

Le prince Ypsilanti quitta Argos et alla s'établir avec le quarUer général dans un village à une lieue de Napoli do Remanie. Toutes les bandes grecques s'étaient établies aux environs do la place et devaient être réunies de grand matin le 16 décembre, jour fixé pour l'assaut. La bande

(1) L*actuclle Nauplie. (G. S.)

(2) liO commandant Justin cité à la page 378 du livre de M. A. Debidour sur le gônéral Fabvier. (O. 8.)

(3) Cité à là page 271 du même Uvre. (G. S.)

(4) Cité à la page 271 du même livre. Piémontais. (G. S.)

(5) Et non M. Voutier bien qu*il le prétende encore dans son roman. Le commandant Dania était un ancien ofllcier de rEmpire» d'origine

génoise. (G. S.)

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