‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 49 sur 165 · CHAPITRE IV II · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV II

du chef Nikitas (1) devait suivre le bataillon du bravo Baleste» désigné pour Tescalade du côté de la porte do terre, tandis que Colocotronis devait avec sa bande et une compagnie de Baleste escalader en même temps les remparts des forts de Palamède, qui dominent la place de Nauplie et qui sont liés par un long et rapide escaliôr presque tout taillé dans les rochers. Toute la flotte grecque au nombre d'une centaine de navires marchands, mais tous bien armés, devait faire un simulacre d'attaque, afin de diminuer les forces des Turcs, du côté de la terre. Enfin tous les préparatifs de l'assaut avaient été parfaitement combinés; il ne manquait que les moyens d'exécution, ci ils firent défaut, ainsi que je vais l'expliquer. J'avais obtenu du prince l'autorisation de rester près de Baleste, pour l'escalade. Nous quittâmes notre position vers minuit et nous arrivâmes dans le plus grand silence sous les murs de Nauplie à deux heures. Nous avions déjà placé plusieurs de nos échelles, mais elles se trouvèrent beaucoup trop courtes; nous remontâmes le fossé (2) du côté de Palaméde; là encore nos échelles se trouvèrent trop courtes. Il ne restait d'autre parti à prendre que d'enfoncer la porte, mais il fallait du canon et nous n'en avions pas. Enfin le brave Baleste eut l'idée do fixer deux échelles ensemble et. nous nous préparions à cela, lorsqu'un Grec ivre, de la. bande de Nikitas, se mit à vociférer des injures contre les Turcs. Les sentinelles de ces derniers, qui no s'attendaient pas à une pareille attaque des Grecs, étaient sans doute endormies puisque nous étions venus si près d'elles sans la moindre alerte de leur part, mais aux cris tonnants du Grec de Nikitas elles se mirent sur pied et nous saluèrent par des coups de fusil. L'alarme fut bien vite donnée dans la ville et en peu de temps la garnison fut

(1) Dit « le Turcophage »; je n'ai Jamais pu connaître les moUfs de cetle épithdte aussi burlesque que sauvage. Nikitas a été un des meilleurs chefs de la Grèce et un des moins pUlards, mais.il n*a rien fait de bien remarquable dans cette guerre.

(2) Peu profond et sans eau en tout temps.

SOUS les armes. De notre. côté, le signal fut donné pour Tassaut et c'est alors que commença une fusillade aussi I vive que celles de nos grandes batailles, mais très peu meurtrière, car du côté des Turcs il ne dut pas y avoir un seul blessé par la raison que les Grecs étaient tous cachés et couchés dans les trous des rochers, et, dans cette position, ils ne pouvaient pas tirer juste; d'ailleurs, les Turcs étaient couverts par les remparts et ils ne paraissaient que pour lâcher leurs coups de fusil et si précipitamment qu'ils nous firent aussi peu de mal. Du côté des forts de Palamède, les échelles étaient assez longues, mais il aurait fallu des hommes de cœur pour les porter au pied des remparts, et, malheureusement pour les Grecs, heureusement pour les Turcs, c'était Colocotronis (1) qui commandait de ce côtélà, et Nauplie fut sauvée.

Du côté de la mer, la flotte grecque aurait pu agir très elTîcacement, mais les vents étaient, paraît-il, contraires; et moi, je m'étais assuré qu'ils étaient favorables. Pendant qijo j'observais lés mouvements de celte flotte, je reçus une balle à la jambe droite; j'en aurais reçu bien d'autres, et peut-être la mort, si Nauplie avait eu d'autres tirailleurs sur ses remparts, car pendant les trois heures de fusillade et de canonnade qu'a duré cette aflaire, je n'ai pas été un seul instant à couvert du feu; je défie qui que ce soit de dire le contraire. Le prince pémétrius.Ypsilanti nous avait déclaré qu'il voulait se mettre à la Icle du bataillon de Balcste, mais, sur nos observations réitérées, il se décida & prendre une position de laquelle il pourrait diriger et observer tous les mouvements. S'étant bien convaincu que l'assaut était manq.ué, il avait envoyé deux de ses lides dé camp grecs pour porter l'ordre au brave Baleste ie se retirer avec son bataillon, mais, pour arriver jusqu'à

(1) Coi homme portait un bâton de borgor, et, la veille, il avait dit à ta »ancio I « Demain, J*irai jeter mon b&ton dans les retranchements des Tares; ous mo suivrez, mes braves camarades? » n. aurait fallu au Condô grec un Tos bion nerveux pour ioter son c mangoura » (b&ton), sur les remparts es Turcs, lï se tint toujours à doux portées de canon de Palamdde.

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