‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 50 sur 165 · CHAPITRE IV ft · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV ft

nous» il fallait essuyer le feu des batteries de la porte de terre qui balayaient toute Tavcnue, et puis encore la fusillade croisée qui arrivait des murs et retranchements de Palamède et de Nauplie. Enfin le prince» voyant que nés ordres n'étaient pas exécutés, envoya un troisième officier qui vint nous porter cet ordre» car c'était un Italien» nommé Crémonini. Baleste était furieux; il m'entraîna quoique déjà blessé jusqu'à la porte de terre, et là, il défia les Turcs de sortir de la ville, et avec son sabre» il frappa à coups redoublés ces portes que vingt coups de canon auraient à peine suffi à mettre bas; je finis cependant par le déterminer à battre en retraite. Le porte-drapeau du régiment de Baleste venait d'être blessé mortellement; Baleste saisit son drapeau et nous nous retirâmes lentenient du champ do bataille, salués par les boulets» la mitraille et la fusillade des Turcs qui firent retentir l'air de cris de joie et d'injures contre les Grecs. C'est alors que ces derniers sortirent de toutes les cavités des rochers dans lesquelles ils s'étaient prudemment tenus, et prirent la fuite à toutes jambes. Je suis fâché de déclarer ici qu'il sa trouva un Français clapi avec les Grecs, et ce Français était M. Voutier.

Mon enthousiasme pour les Grecs s'était considérablement refroidi depuis le sac horrible de Tripolitza et leur conduite devant Nauplie acheva de me les rendre odieux» aussi je me réjouissais intérieurement de leur dépit d'avoir échoué dans leurs espérances en la prise do Nauplie» où ils comptaient trouver encore d'immenses richesses et renouveler leurs cruelles vengeances en égorgeant la population. Je ne crois pas mentir en disant qu'il y avait au moins quarante mille Grecs des deux sexes réunis dans la belle plaine de Nauplie; aucun de ceux-ci n'avait oublié les chevaux, mulets, ânes, etc., pour emporter le butin de Nauplie, mais, ô crudlle fortune! il fallut s'en retourner comme on était venu. Malgré la douleur que j'éprouvai de ma blessure, je ne crois pas avoir jamais ri d'aussi bon

cœur qu'au moment où les Turcs firent leur sortie, aussitôt après notre mouvement rétrograde. On vit alors cette masse d*hommes, de femmes et d'enfants tirer leurs bêtes do somme et se sauver au plus vite du côté d'Argos et sur les montagnes. Socrate,. Solon, Thémistocle et Aristide eux-mêmes en eussent fait des gorges chaudes malgré leur gravité.

Nos pertes no furent pas aussi considérables qu'elles auraient dû l'être; nous n'eûmes qu'une trentaine d'hommes tués ou blessés, et presque tous du bataillon du brave Balcstc. Parmi les blessés je citerai le capitaine wurtembergoois Charles de Liesching, qui eut un genou coupé par un éclat tranchant de pierre. Il mourut quelques jours après, n'ayant pu être amputé. Le capitaine piémontais Gubcrnatis du bataillon de Bàlcste reçut une balle dans^ la cuisse. Ce brave et loyal officier avait été capitaine dans la garde de notre illustre Eugène Bcauharnais; il est. maintenant au service d'Ibrahim-Pacha, en Egypte. M. Eustache Micolon de Saint-Etienne, jeune philhellcne d'un beau dévouement à la liberté, fut aussi blessé au pied. Le porte-drapeau de Bakste mourut de sa blessure; c'était un bravo Grec des îles Ioniennes. Apres avoir reçu ma part (1) des compliments flatteurs que le prince adressa à Baleste, à ses oflicicrs et soldats, je montai à cheval et mo rendis immédiatement ù Argos,.par je craignais que les Grecs ne missent cette ville au pillage pour se dédommager de leur désappointement de Nauplie, mais ce que je redoutais le plus de la part des fuyards grecs, c'était regorgement des prisonniers turcs qui étaient encore à Argos et j'y avais laissé Adélé, la jeune orpheline de Tripolitza. Je l'avais confiée à une famille italienne établie dans cette ville et je tremblais pour ses jours, comme elle pour les miens, aussi combien de caresses me fii-elle lorsqu'elle me

<1) Le prince eut la bonté de me nommer chef d*escadrons et son pre* mier aide de camp. Il nomma aussi MM. Chauvassagne, Eustache Micolon et Delaurey ses oflUciers d'ordonnance.

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