‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 51 sur 165 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

vit descendre de cheval : la pauvre enfant, on lui avait dit que j'étais tué!

Le prince Ypsilanti revint à Argos avec le luitaillon do Baleste, ainsi que tout le quartier général, excepté Colocotronis, Yatraco, Nikitas et autres chefs, qui se tinrent à Vécart pendant quelques jours pour cacher surtout leur dépit.

Un brick marchand anglais avait ravitaillé la place do Nauplio, malgré la flotte de la Bouboulina qui croisait dans le golfe, aussi les Grecs avaient-ils perdu Tcspoir do prendre cette ville, Tune des plus fortes places de la Grèce. La garnison de Corinthe mourait de faim; les Grecs se hfttérent d'y courir. Mais avant de nous rendre à Corinthe, parlons un peu du brick anglais; c'est un épisode assez curieux pour que je le fasse figurer ici.

Oa a vu que la Bouboulina avait laissé entrer le brick anglais, et on peut croire de cette femme qu'elle l'avait fait rançonner (1) pour cela, mais il n'en fut pas de môme pour sa sortie, car il avait reçu le prix de ses denrées qui lui avaient été payées bien généreusement comme on peut le croire; aussi fut-il pris, malgré son pavillon neutre, ce fier pavillon, anglais. Le. brick fut pillé du pont & la cale et le capitaine, ainsi que son équipage, traînés. et maltraités jusqu'à Argos où ils faillirent ôlro égorgés. Heureusement pour eux, un Anglais se rendit & l'Ile de Cérigo et donna avis au gouverneur anglais do co qui se passait à Argon. Celui-ci expédia une belle et bonne frégate anglaise dont le commandant n'était pas diplomate, & ce qu'il parnll. Il força tous les capitaines de la flotte grecque à se rendre à son bord, et après les avoir rudement traités, il les força tous à baiser le pavillon anglais à genoux. Après cctlo

(1) Ce qui m'a confirmé dans cette opinion, c*est que M. VouUer avait eu le projet d'aller enlever ce briclc au mouillage; le prince lui avait fait donner des chaloupes armées & cet effet, mais au moment où on fut sur le point d*abordor le brick anglais sans aucun danger, les capitaines grecs forcèrent M. Voutier et les siens à virer de bord. M. Voutier, dans cette cir* constance, se comporta bien.

satisfaction, il envoya un oflicier à Argos pour réclamer le capitaine anglais, son équipage, le brick, et tout ce qui avait été pris à bord. Il déclarait en même temps que si les Grecs hésitaient vingt-quatre heures à faire droit à sa ré^ clamation, il ferait pendre tous les capitaines grecs qu'il avait eu la prudence de garder à son bord, et qu'il mettrait en pièces leur flotte, etc. Tout fut rendu. Un capitaine de frégate de notre gouvernement actuel n'oserait certaine* ment pas agir ainsi, dans la crainte d'être destitué. On se rappelle la disgrâce (1) du brave colonel Combes pour n'avoir pas été assez poli avec les soldats du pape dans le guct-apens doctrinaire d'Ancône (2).

La plupart des philhellônes étaient déjà dégoûtés du

service grec, que la division entre les chefs rendait encore

plus pénible, car on ne savait à quel saint se vouer. L'in*

trigant Mavrokordato était de retour de Patras qu'il avait

abandonné à l'approche des Turcs auxquels il avait laissé

tous SCS bagages, en fuyant à toutes jambes. Cet homme,

mi-Turc, mi-Grec, s'était rallié au parti hydriote, ennemi

et jaloux du prince Ypsilanti. Colocotronis, le plus puissant

des chefs grecs, n'aimait pas le prince Ypsilanti, parce

que celui-ci était entouré et aimé de tous les philhellènes

animés de bons sentiments. Il était en outre jaloux des

vertus et de la popularité de ce prince. D'un autre côté,

il méprisait Mavrokordato et se méfiait de ce Phanariote

(Grec de Constantinoplé). Il voulait, en définitive, être chef

suprême de la Grèce, et c'est à quoi il est parvenu plus

lard pour le malheur des Grecs. A cette époque, il n'y avait

réellement pas de gouvernement en Grèce, aussi une grande

partio des philhcllènes prit-elle congé de l'armée, et plus

spéciale? i.'.it ceux qui avaient du pain à manger dans leur

patrie, h^rcsque tous les Allemands s'en allèrent. Le brave

Balesie lui-même, dégoûté de tant d'intrigues, se disposa

(i) Disgrâce qui lui a fait trouver la mort à Constantine, mort honorable lans doute, mais qui a privé la France d'un brave oflicier. (2) OccupaUoa française d'Ancône de 1832 à 1838. (O.S.)

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