‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 53 sur 165 · CHAPITRE IV lOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV lOS

de protéger son père et sa sœur, et puis lui remit quelques petites pièces d'argent turques pour les donner à son père. Ma bourse s'était bien épuisée en Grèce, mais je n'hésitai pas à donner au Grec (1) une quarantaine de francs pour le père d'Adélé.

Nous quittâmes enûn Corinthe pour aller nous embarquer à Kenkriès (2), poste de douane sur le golfe Egée, à l'Isthme de Corinthe. Nous y trouvâmes un petit calque sur lequel nous nous embarquâmes tous pour l'Ile d'Hydra, où nous débarquâmes le 25 janvier 1822. Nous ne restâmes que quelques jours dans cette ville qui porte lo nom de cette ile, plus aride encore que la plus grande partie des lies de l'Archipel. Là, encore, les philhellônes ne trouvèrent que des ingrats parmi les Grecs et je dirai même des assassins, car le brave capitaine Justin faillit être victime de ces insulaires ainsi que mon Adélé que j'eus la satisfaction de sauver pour la dernière fois.

Prévenus par un Italien, habitant do la ville, qu'un complot était tramé pour nous assassiner tous dans la nuit, nous frétâmes un nouveau calque et nous allâmes à Pile de Milo, où nous savions qu'il y .avait un vice-consul français et où nous étions certains de trouver quelques navires de guerre français. Nous débarquâmes à Milo le 3 février. M. Brest, agent consulaire de France, nous accueillit très bien et nous offrit tous les secours qui étaient à sa disposition. Il obligea plusieurs de mes compagnons d'infortune et eut la bonté de me prêter un lit, dont j'avais grand besoin, car j'en avais perdu l'usage depuis notre départ de Gênes (3).

(1) Il y a des hommes honnêtes dans tons les pays, mais nous fûmoi bien étonnés, ma femme et moi, d'apprendre en 1831 que ce Grec avait remis les quarante francs à mon beau-père, qui fut égorgé plus tard.

(2) L'antique Cenchrées, sur le golfe Saronique, un des deux ports de Corinthe. (O. 8.)

(3) M. Brest prêta de l'argent & plusieurs de ces mêmes philhellènes et j*ai su plus tara que le gouvernement français lui avait remboursé toutes ces avances. J'espère bien que H. Brest ne m'aura pas compris sur la liste de SCS obligés, en argent, car Je déclare ici que je n'ai reçu de lui que des politesses réitérées et rien de plus.

idt MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT

Le brave Balesie était à Milo et, quoique à peiné rétabli d'une maladie sérieuse, il s'embarqua pour Tile de Candie, où, ainsi que je Tai dit, il allait se mettre à la tête des patriotes candiotes. J'étais décidé à suivre ce brave officier qui m'avait assuré que les Candiotes étaient braves et hospitaliers, mais Àdélé ne voulut jamais y consentir. « Comment, me dit-elle, tu n'as pas voulu me suivre à Léondari, pàrôe que tu n'aimes plus les Grecs et maintenant tu veux m'abandonner ici pour aller tuer encore des Turcsî Coupe ma tête, me dit-elle en pleurant, et va ensuite faire la guerre à mes malheureux compatriotes, si tu veux. » Je lui représentai que je ne l'abandonnais pas à Milo, qu'elle y serait sous la protection de l'agent consulaire de France et que je payerais sa pension pour un an dans la meilleure famille grecque de Milo, où elle serait parfaitement bien traitée. Toutes ces raisons. ne purent la décider; il fallut nous embarquer pour la France.

Le malheureux Baleste partit pour l'île de Candie où il trouva une mort bien cruelle, car dans un combat entre Rétimo et la Canée (1) ses troupes, dans lesquelles il avait une si grande confiance, lâchèrent pied devant une centaine de cavaliers turcs et eurent la lâcheté d'abandonner ce brave officier, blessé, et resté sur le champ de bataille. Los Turcs lui coupèrent la tête et le bras droit» ce bras qu'ils redoutaient encore après avoir tranché sa belle tête! Pauvre ami! Que n'étais-je près de toi! Peut-être aurais-je été assez heureux pour te sauver la vie, ou je me serais fait tuer en défendant ton corps déjà mutilé. Il y avait cependant plusieurs Français dans ce déplorable combat. Où étaient-ils et que firent-ils? C'est ce que j'ignore.

MM. Micolon, Delaurey, Paulet et moi avions écrit à l'amiral commandant lés forcés navales françaises du Levant, pour lui faire connaître notre position. Nous l'avions prié en même temps de nous accorder notre pas- Ci) Combat de GasUIlo, du 26 avril 1822. (O. S.)

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