‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 54 sur 165 · CHAPITRE IV lot · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV lot

sage sur un navire de rEtat pour rentrer en France. Ce brave officier fit droit à notre demande et donna l'ordre au commandant du Lydio de nous recevoir à son bord (!)•

Nous nous embarquâmes le 11 mars 1822 par un temps qui nous présageait une terrible traversée. En cfTct, après une vingtaine de jours de grosse mer et do vents furieux, nous fûmes forcés de relâcher à Cagliari» en Sardaigne. Le temps s'étant enfin calmé, le Lydio remit & la voile et nous débarquâmes au lazaret de Marseifie, le 12 avril.

Notre retour de la Grèce fit du bruit dans Marseille, car on nous y avait vus nous embarquer pleins d*entliousiasmo pour la cause des Grecs et Ton savait que nous revenions de ce malheureux pays très mécontents et furieux contre les prôneurs de cette sainte cause. Nous étions certainement bien autorisés à l'être, d'après tout ce que je viens d'écrire et dont je garantis l'authenticité.

Lors de notre arrivée au lazaret, il y avait h Marseille une trentaine de philhellènes de tous pays qui se disposaient à partir pour la Grèce. Ayant appris notre retour de ce pays-]à, ils vinrent au lazaret pour en connaître les motifs et pour nous prier de leur donner des renseignements. C'était réellement un devoir charitable pour nous d'éclairer ces étrangers sur le sort qui les attendait en Grèce, c'est ce que nous fîmes consciencieusement; et, pour les convaincre que nous n'avions pas été chassés do la Grèce, ainsi que quelques misérables Grecs de Marseille en avaient semé le bruit, nous leur communiquâmes nos titres et passeports grecs, signés par le prince Ypsilanti. Les titres honorables et irrécusables de notre conduite . en Grèce décidèrent la plupart de ces philhellènes à retourner dans leur patrie; il n'y eut que ceux qui n'avaient rien & perdre qui s'embarquèrent pour aller faire fortune. Dieu sait ce que sont devenus ces pauvres diables!

(1) Le dossier de police de Maurice Persat aux Arch. Nat. contient ua« longue supplique datée de Milo du 2 février 1822. adressée au baron Mon« nier, directeur général dé la police, faisant sa soumission en termes émut.

La détermination des philhellénes qui avaient des domiciles et qui y retournèrent sagement exaspéra contre nous les Grecs de Marseille. Il n'est aucune sorte d*avanies et de calomnies qulls n'inventaient pour nous perdre dans l'opinion publique, et c'est ce qui nous détermina à publier une lettre aussi énergique que véridique contre les Grecs, J'ajoutai à cette lettre, signée de MM. Delaurey, Micolon. Paulet et Vidal, un post-scriptum des plus violents. On verra bientôt que ce post-scriptum inopportun m'a forcé à m'expatrier une quatrième fois et qu'il m'a valu peut-être la position dans laquelle je me trouve encore aujourd'hui.

Nous avions été menacés de vengeance par les philhellénes grecs de Marseille; c'est pour ces motifs que nous annonçâmes notre sortie du lazaret pour le 6 mai. Nous nous attendions à une rencontre, mais nous ne trouvâmes personne (1) pour nous barrer la route.

Moi seul, je trouvai à la porte du lazaret, non des philhellénes belliqueux, mais bien un gendarme qui m'invita à passer chez M. le comte de Villeneuve-Bargemontj alors préfet du département des Bouches-du-Rhône. Le bon gendarme, qui était un vieux soldat, voulut bien me perniettre d'aller dans mon hôtel habituel, afm d'y conduire Adélé et il m'y accompagna. Je me présentai ensuite chez M. le préfet, afin de connaître les motifs de mon arrestation. M. le comte de Villeneuve-Bargemont, qui a laissé de si honorables souvenirs dans le département des Bouchcs-du-Rhône, me reçut avec cette aménité que les Marseillais n'ont pas encore oubliée. « Je connais, me dit-il,vos infortunes, monsieur le capitaine, et je suis désolé d'être dans la position de sévir contre vous; mais, ajouta-t-il, je vous engage à aller voir M. le baron de Damas, gouverneur de la ^division militaire (2) :c'cstunhomme loyal etgcnércux

(1) Excepté deux de mes bons amis de Lpron, MM. Iaiij et Charrey, qui •ont Yenus au-devant de moi pour m'offru* leurs seryices pécuniaires et autres, en cas d'une attaque hellénique. Ces deux' braves Lyonnais me corn* bldrent d*amitiés pendant mon séjour forcé à Marseille.

(2) Damas (Anne-Hyacinte-Maxence, baron de)» né & Paris en t785»

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