CHAPITRE IV tôt
il porte le plus vif intérêt aux anciens militaires et j'espère qu*il s'intéressera à votre position, etc. » Je priai M. le préfet de me dire si j'étais arrêté par rapport à mes services, en Grèce. Il me répondit que ce n'était que pour ceux de Naples et par suite de ma conduite dans les événements de juin 1820. M. le comte de Villeneuve se contenta de ma parole et me laissa libre en attendant la solution de mes démarches auprès de M. le lieutenant général baron de Damas. Ce général, quoique pur royaliste et émigré peur dant toute la Révolution, saisissait cependant les occasions d'être utile aux anciens militaires. Je le priai de faire cesser les tracasseries qui pesaient sur moi depuis 1815. et lui donnai ma parole de ne plus m'occuper d'alTaires politiques s'il parvenait à me faire réintégrer dans les cadres de l'armée, etc.. J'observai à M. le baron de Damas que le gouvernement pourrait d'autant plus compter sur mon zèle à le bien servir que je lui devais l'existence de la jeune Turque que je ramenais de la Grèce et à laquelle je voulais unir ma destinée, etc. M. le baron de Damas eut la bonté de m'adresser des compliments flatteurs sur ma conduite envers Adélé et me promit de s'intéresser à ma position. « Soyez bien convaincu, me dit-il, que le gouvernement du Roi est bon et paternel; ainsi, comptez sur sa bienveillance. » Le général eut la générosité de m'ofTrir des secours que je. n'acceptai pas, car, revenu de la Grèce presque aussi léger d'argent (1) que de la Colombie, j'avais déjà trouvé d'anciens amis qui étaient venus à mon aide; les bons amis ne m'ont jamais fait défaut.
Lors de notre arrivée au lazaret de Marseille, il y avait
émigré; élevé à l'école d'artillerie de Saint-PéterabourflTt combat dans» Tarmée russe à Auterlitz, à la Moêlcowa, à Leipzig, & Brienne et sotu Paris» lieutenant général à la Restaurationr commande de 1816 à 1822 la 8* division militaire, ministre de la guerre en 1828, dos alTairos étrangères en 1824» gouverneur du duc de Bordeaux en 1828, le suit en exil en 1830, mort en 1862. (0. S.)
(1) Dans toutes mes campagnes à l'étranger. Je n'ai Jamais été guidé par l'intérôt* C'est pour ce motif çue Je suis toujours revenu en France Tes mains propres, mais parfaitement vides. Bien des phiihellènes et autres n'en pourraient peut-être pas dire autant.
dans cette ville un oflicier supérieur de la marine du bey de Tunis, qui se nommait Hassan Morelli. Cet officier était .né en Moréeet se trouvait être proche parent de mon orpheline, Adélé Hassan Alili. Il était venu nous voir au lazaret Après m*avoir adressé de beaux compliments sur mes procédés envers sa parente, il s'entretint longuement avec Adélé. Je ne compris pas tout ce qu'il lui disait, mais celle-ci, m'adressant vivement la parole, me demanda impérieusement si j'étais las d'elle. Je vis bien que le seigneur Hassan Morelli n'avait pas réussi à décider Adélé à se séparer de. moi pour aller avec lui; aussi, je répondis à Adélé que la mort seule pouvait me séparer d'elle. Cette réponse la rassura. J'invitai ensuite Hassan Morelli à vouloir bien cesser toute conversation avec Adélé. C'est alors qu'il m'engagea à aller en Turquie avec lui. « Je vous promets, me dit-il, de vous y faire employer avantageusement et. vous ne serez pas forcé do changer de religion pour cela, etc. » Je remerciai Hassan de ses offres de service et lui dis que je ne voulais plus m'expatrier. Ce Musulman, voyant qu'il n'avait rien à gagner avec nous, ne se tint pas pour battu. Il s'adressa aux tribunaux pour réclamer sa cousine; aussi fus-je bien étonné lorsque je reçus l'invitation de me présenter au parquet du procureur du Roi, M. Régius. Celui-ci, assisté d'un interprète, adressa à Adélé les questions et observations suivantes : « Vous êtes, lui dit-il, dans un pays où il n'y a point d'esclavage et, par conséquent, libre do vos volontés. Si vous voulez vous séparer de M. le capitaine Persat, vous pouvez le faire sans crainte. Il y a à Marseille des personnes de confiance de votre pays qui vous ramèneront chez vos parents, et si vous désirez rester en France, des personnes généreuses vous accueilleront comme leur enfant, etc. » Adélé répondit vivement au procureur du Roi qu'elle ne voulait pas retourner dans son pays, qu'elle n'avait jamais été mon esclave et qu'elle ne voulait pas se séparer de moi. « Il pouvait me vendre en Grèce, s'il l'avait voulu, lui dit-elle