‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 61 sur 165 · CHAPITRE V ItT · texte numérisé non relu

CHAPITRE V ItT

leurs anciens amis lorsque le danger est passé pour euxl Les révolutions de Naples, de TEspagne et du Portugal eurent cela de commun avec la nôtre de 1830 d'enrichir un tas d*intrigants qui n'avaient rien fait pour elles et d'accabler d'impôts les malheureux peuples; aussi les Portugais et les Espagnols, se voyant déçus dans les belles espérances qu'on leur avait fait concevoir, restèrent-ils neutres entre les pouvoirs anciens et les nouveaux/ Les routes du Portugal et de l'Espagne se couvrirent de mécontents quii les armes à la main, prélevaient à leur tour des impositions forcées sur les malheureux voyageurs. C'est par une bande de ces gens-là que furent dévalisés le général Guillaume Pépé et ses aides de camp (1). Il est bon de dire toutefois que, parmi ces bandes, il y avait les constitutionnels et les royalistes. Le général avait été assez heureux pour ne tomber que dans les mains des constitutionnels, qui se contentèrent seulement des vingt mille francs qu*il possédait : ses uniformes et bagages lui furent laissés. Prévenus par le général Pépé des dangers qui nous attendaient sur la route de Lisbonne à Séville, où nous devions nous rendre primitivement, nous avions pris nos dispositions afin de nous épargner une visite constitutionnelle ou royaliste, de sorte que nous étions partis bien armés tous les trois avec une escorte de quelques chasseurs à pied. J'aurais un beau chapitre à faire sur ce curieux voyage, semé d'incidents et d'aventures extraordinaires, mais en vérité cela me mènerait trop loin; je me résume donc en disant que nous couchâmes dans les villes de Torrija, Hermixta, etc., et que nous arrivâmes à Séville, le 25 février, épuisés des fatigues de notre périlleux voyage, dans lequel nous fûmes journellement assaillis par la pluie. Le général Pépé nous avait recommandés à un de ses amis à Séville, chez lequel nous allâmes descendre : M. Marliani, patriote italien, qui nous accueillit fraternellement.

(1) V. la note 1 de la page précédente. (G. S.)

i28 MEMOIRES DU COMMANDANT PERSAT

y Après une longue absence, un vieux soldat éprouve toujours de l'émotion en revoyant les hommes et les objets qui lui rappellent une gloire nationale, comme il sourit quelquefois avec tristesse aux traces que les boulets et la mitraille ont laissées sur un raur autrefois périlleux! et puis, à cette place qu'une larme vient de marquer, on a reçu les derniers serrements de mains d'un frère ou d'un ami! on se rappelle des triomphes que l'ingratitude et la trahison ont presque effacés; alors on pleure malgré soi; peut-être pleurerai t-on encore aujourd'hui si l'on devait désespérer de l'avenir, mais, Dieu merci! nous n'en sommes pas encore là. Les sensations que je viens de décrire, je les avais éprouvées en parcourant nos positions de 1810, en face de celle des Anglais, à Torres-Vedras; elles se renouvelèrent à Bayamonte, où, en 1811, le brave 9^ dragons et l'intrépide ^6^ léger acculèrent le général espagnol Ballesteros avec ses deux mille cavaliers, ses dix mille fantassins et ses seize pièces de canon avec lesquelles il venait de canonner et mitrailler la bicoque de Niebla pendant trois jours consécutifs, sans pouvoir s'en rendre maître. Cette bicoque n'était cependant défendue que par six cents braves Suisses et un escadron de mon régiment. A notre passage à Niebla, les habitants, informés qu'un ancien officier du 9« dragons venait d'y arriver, s'étaient empressés de venir me voir. Celui chez qui j'avais logé, m'ayant reconnu, se jeta dans mes bras avec une eïïusion de cœur qui me toucha jusqu'aux larmes. Tous me demandèrent des nouvelles des officiers de mon ancien régiment, en les nommant par leurs noms qu'ils se rappelaient mieux que moi. Leur ayant dit que la plupart de mes anciens camarades avaient été tués à la Moskowa, à Leipzig, à Waterloo, etc., ils en furent vivement affectés.

« Brave Français, me dirent-ils, que Dieu vous permette de revoir la France; alors vous pourrez dire à vos anciens camarades que vous nous avez revus ici; dites-leur encore jue nous regrettons les Français et que nous nous repentons

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