CHAPITRE V m
areo amertume de n'aroir pas su apprécier les bienfaits de leur civilisation et de leurs lois; dites-leur enfin que, devant vous, nous avons fait retentir les cris do : Vive Napoléonl \^vent les FrançaisI »
Eh! messieurs les royalistes des deux branches, ne croyez pas que les bons habitants de Niebla aient été les seub qui • me manifestèrent ces démonstrations de respect pour la mémoire de l'Empereur et de souvenirs honorables pour la France de FEmpire, car, partout où j*ai passé en Portugal et en Espagne, j*ai rencontré les mêmes sympathies et les mêmes regrets; c'est d'ailleurs ce dont vous avez pu vous convaincre, vous, messieurs les royalistes de la branche aînée, dans votre mémorable promenade militaire de 1823!
Etant parfaitement délassés des fatigues de notre voyage nous étions à la veille de partir pour Cadix, M. Poerio et moi, lorsque nous reçûmes une lettre du général Pépé qui termina mes projets de voyage en Grèce; en voici les motifs :
On doit se rappeler qu'à cette époque l'Europe était empoisonnée d'un ramassis d'intrigants et d'escrocs grecs, français, anglais, etc., qui parcouraient les villes pour exploiter la bourse des crédules philhellènes. Un do ces vagabonds était arrivé à Lisbonne lorsque je m'y trouvais encore; il s'était bien gardé de dire du mal de moi pendant mon séjour dans cette ville, mais lorsqu'il m'en crut assez éloigné pour n'avoir rien à craindre dé ma juste vengeance, il eut l'impudence de dire au général Pépé que j'avais été chassé de Grèce et que j'y serais fusillé (1) à mon arrivée. Le général Pépé hi'avait assez bien jugé dans ma campagne des Âbruzzes, en 1821, pour être convaincu que le Grec n'était qu'un vil calomniateur; mais, comme il connaissait les Grecs, il ne voulait pas m'exposer à quelque
(1) Mes lecteurs se convaincront bientôt de rinfamie de ce misérable Grec* en me voyant retourner en Grèce en 1828, en 1831 et en 1837; J*ai parcoum dans ces années ce pays, tout seul au milieu des bandes grecques, sans on être jamais insulté.
catastrophe de leur part; c*est pour ce motif seulement qu'il me pria de renoncer à ce voyage, par une lettre toute bienveillante. Ce brave général me fit même offrir une indemnité pour rejoindre mes camarades qui s'étaient rendus à Madrid. N'étant pas du tout disposé à rejoindre le capitaine M... et son aide de camp Aymard, je me rendis à Cadix où je m'embarquai pour Barcelone, car j'avais appris à Séville qu'il s'y organisait une légion étrangère (1). Arrivé à Barcelone, j'y trouvai le chef d'escadron Schulz, avec lequel je m'étais trouvé à Naples; j'y rencontrai aussi M. Renaud, ancien officier dans notre marine nationale, que j'avais connu également dans la même ville en 1820 et 1821. Ce dernier, ayant des relations avec Mina (2), je l'engageai à aller trouver ce guérillas, qui était alors à Vich, afin de le décider à organiser une légion française, avec la cocarde et le drapeau tricolores de l'Empire. En attendant cette organisation, je conservai à Barcelone une position indépendante, car il y avait dans cette ville une
(1 ) On sait que le gouvernement de Louis XV 111 envoya en 1823 une armée de cent mille nommes en Espagne sous le commandement du duc d*Angou- Idme pour rétablir le gouvernement absolu de Ferdinand VII et arracher ce triste roi aux mains au parti libéral ou constitutionnel. Les Français franchirent la Bidassoale 7 avril. On sait de même qu'une propagande très active avait été faite par les libéraux français et espagnols dans les rangs des troupes françaises massées dès longtemps sur la frontière, tant pour s'opposer aux menées de ces mômes libéraux que pour prévenir l'invasion de la terrible épidémie de fièvre Jaune. De nombreux déserteurs de l'armée française» unis à de non. moins nombreux anciens offlciers de l'Empire» ofliciers en demisolde et autres, s'étaient organisés en légions pour seconder refTort des libéraux espagnols. Un de ces groupes, commandé par le colonel Fabvier et le chef de Dataillon Caron. cent vingt Français et une trentaine de Piémontais» avait été, malgré l'émotion produite dans l'armée par la vue des glorieux uniformes de l'épopée impériale, dispersé dès le passage de la Bidassoa. Une douzaine de réfugiés avaient été à cette occasion tués ou blessés. Un autre groupe plus nombreux s'organisait à Barcelone. C'est celui-là qu'allait rejoindre Maurice Persat. Il devait y faire la connaissance d'Armand Carrel. Ces réfugiés devaient ^se heurter aux troupes du IV« corps, commandées par le vieux^ maréchal Moncey et les trois divbionnaires vicomte Donnadieu, baron de Damas et comte Curial. Le 1V« corps franchit la frontière le 18 avril en face de Puycerda. Les constitutionnels espagnols étaient dans cetttf région commandés par Mina. La lutte fut de ce côté très pénible pour les troupes françaises à cause des grandes difllcultés de terrain et de rextréme mobilité des forces ennemies. Maurice Persat allait, on va le voir, jouer un instant un rôle assez important dans ce petit groupe de patriotes dévoyés. (G. S.)
(2) V. la note précédente. (G. S.)