CHAPITRE V fSt
fourmilière d'individus plus avides d'argent et de grades que de gloire et de liberté. Je pouvais d'ailleurs me passer de la charité espagnole d'un franc par jour, que la générosité de Mina accordait aux réfugiés étrangers sans emploi. En outre, n'ayant jamais quitté ma cocarde tricolore française en Amérique, à Naples et en Grèce, je ne voulais pas la sacrifier à l'orgueil espagnol.
Mina avait bien organisé une légion étrangère, mais avec la cocarde et le drapeau espagnols^ pour ne pas compromettre son débile gouvernement vis-à-vis le gouvernement français. Il ne se décida à réunir tous les réfugiés français et à leur donner la cocarde tricolore que lorsqu'il fut convaincu que le gouvernement français avait levé le masque et que la guerre était décidée.
La légion qui existait alors à Barcelone était composée de réfugiéis et de déserteurs de tous les pays; dans ses rangs il y avait bon nombre d'ofTiciers qui avaient bravement pris le mousquet, entre autres, le capitaine Vistoo, Français. Dans les lanciers attachés à la légion on remarquait le colonel Régis (1), nommé général dans la révolution du Piémont en 1821. Ce brave et loyal officier vit aujourd'hui dans une honorable retraite à Clermont-Ferrand. Cette
(1) Je pense que «e colonel Régb est le mOme olllcier dont Je trouve U mention suivante aux Archives de la guerre :
« R<^gis (AugusUn-Toussaint), homme de couleur, né au Cap français (Saint-Domingue), 1*' novembre 1779; entré au service comme, sergent dans les troupes franches de Saint-Domingue, !•' germinal an VIII ; sous-lieutenant à la 10* demi-brigade coloniale. 23 ventôse an IX s adjoint à Tétatmajor général de l'armée de Saint-Domingue. 29 messidor an X: renvoyé en France par le capitaine général Rochambeau, 28 brumaire an XI s incorporé dans le ba'aillon des pionniers, noirs destiné pour Mantoue, 14 prairial an XI: nommé par le ministre de la guerre d'Italie, secrétaire de ta place de Padoue, 16 «eptembre 1806: adjudant de place à Gradisca, 19 novembre 1808; lieutenant au 3« réginient de ligne italien, 1** décembre 1810: lieutenant au régiment dés gardes nationales soldées de Venise, 12 octobre 1811; prisonnier de guerre, 13 novemb e 1813; lieutenant au service de France, 5 octobre 1814; ordre de suivre le auarUer général de Napoléon à Lyon. 11 mars 1815; capitaine adjoint à l'etat-major, 10 avril 1815; employé au 3* corps (Vandamme), 2 mai 1815; ne suit pas l'armée vers la Loire et reste à Paris; en demi-solde à ta 2* Restauration; a obtenu une pension d3 900 francs 20 octobre 1819. » En 1816, 1817 il est à Paris. 23. rue Hautefeuiiie, puis rues Bourbon, de l'Hôtel-de-Ville. C'est le seul Régis ayant eu une pension au ministère de la guerre; aucun dossier de ce nom à la Légion d'honneur.
in MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT
légion était commandée par un Piémoniais d'une rare valeur dans les combats, mais d'un caractère ingrat. Le despotisme, l'ambition, et la jalousie le rendaient ombrageux de tous ceux qui l'entouraient. Je ne saurais mieux comparer le caractère de Pacchiarotti (1) qu'à celui d'un philhcllôno qui a joué en Grèce le môme rôle que Pacchiarotti en Espagne, avec la dilTérence néanmoins que Pacchiarotti n'aurait pas attendu jusqu'au 29 juillet, à midi, pour combattre l'agression de Charles X contre nos libertés, tandis que notre héros (2) de la Grèce se tint prudemment en embuscade jusqu'au moment du partage des dépouilles de l'ennemi vaincu.
Mina s'étant rendu aux sollicitations de M. Renaud et aux nôtres, tous les Français reçurent l'ordre de se rendre à Mataro; Mina m'ayant désigné pour l'organisation du premier bataillon, je m*y rendis immédiatement avec le brave Armand Carre!, qui venait d'arriver à Barcelone.
Pour donner ici une idée du caractère et du jugement de Mina, à qui nos publicistes ont donné une si fausse célébrité, il est bon de dire qu'il eut l'impudence de nous donner un lieutenant-colonel et un major espagnols pour nous commander, c'est-à-dire pour nous surveiller; et cependant, hormis Carrel et moi, qui venions d'arriver, tous nos bravos camarades s'étaient battus pendant deux années contre les factieux. Cette méfiance du gouvernement espagnol envers les étrangers a été une grande faute politique, ou peut-être une lâche trahison, ce qu'il est permis de supposer par suite des honteuses défections des Morillo, des Ballesteros, des Abisbal, des O'Donnel, etc., et même par la conduite de Mina en Catalogne. Si le gouvernement espagnol de la Constitution eût décrété l'organisation d'une légion française en 1821, avec la cocarde et le
(1) L» colonel Giuseppe Pacchiarotti. précédemment condamné à mort par contumace par Jugement du 23 août 1821 à Turin, mourut de ses blessures après la capitulation de LIers. V. Abel Huao, Histoire de la campagne d'Espagne en 1828, t. II, p. 194. (O.S.)
(2) Le célèbre Fabyier.