CHAPITRE V iS
dait à Mataro. Mina était malade, ce qui lui arrivait souvent, si Ton veut bien se le rappeler. Le commandement de cette expédition fut confié au général Milans, autre guérillero, mais moins cruel que Mina et meilleur patriote.
L'expédition était forte de six mille bons soldats qui, commandés par le brave Pacchiarotti, se seraient emparés de Mataro, de M* Curial et de toute sa garnison, très certainement. La légion étrangère ainsi que nos deux compagnies faisaient partie de l'expédition, qui se mit en mouvement le 23 juin, à huit heures du soir. Il y a près do huit lieues de pays de Barcelone à Mataro; la route est sablonneuse; cependant nous étions aux portes de Mataro le 24, à deux heures du matin. Milans fit réunir tous les chefs de corps et nous donna connaissance de son plan d'attaque, qui, du reste, n'était pas mal conçu. Il avait choisi un dimanche pour ce coup de main, parce qu'il avait été prévenu par les patriotes de Mataro que les Français avaient presque tous leurs armes démontées la veille pour la revue du dimanche, ainsi que cela se fait en France. Il parait que M. Curial se croyait en parfaite sécurité dans Mataro; il l'a cependant échappé belle, ainsi que sa garnison. J'avais prié le général Milans de me donner le commandement de la cavalerie qui se composait d'un peloton de lanciers piémontais et d'un escadron de cuirassiers espagnols. Milans y avait consenti, mais l'orgueilleux Castillan, qui commandait les cuirassiers, répondit qu'il n'avait pas besoin d'un étranger pour sabrer les Français. Nous allons voir à l'instant ce que fit ce grand sabreur de Français, car il avait l'ordre d'enlever les premiers postes ennemis et d'entrer en ville au galop en sabrant tout ce qu'il rencontrerait. Pacchiarotti, avec sa légion et nos deux compagnies, devait soutenir et appuyer les cuirassiers, mais un
généraux consUtutioimels. et pour garder, à proximité du littoral, doi moyens de transport et de ravitaillerficnt. La division s'établit donc à Mataro, en détachant une brigade à Granollers. C'est là qu'elle fut attaquée, le 24 mai, à deux heures du matin, par les Constitutionnels dans un combat <|ue/va nous raconter Maurice Persat. (G. S.)
autre fier Castillan, commandant le bataillon dit de Barbastro, avait aussi réclamé le droit national, en sorte qu'il prit le poste qui nous avait été assigné par Milans. Or il arriva que le Castillan cuirassier fit volte-face devant le feu dô la grand'garde française, composée de vingt-cinq braves du ?• de ligne, et que, dans sa déroute, il écrasa le bataillon de Barbastro, qui fut dispersé par ce choc inattendu. Le reste de la colonne se ressentit de ce désordre; les Français avaient pris les armes; le coup de main était manqué. Le jour commençait à poindre; avec un autre général et d'autres chefs de corps l'affaire. pouvait encore avoir de bons résultats, mais Milans et son collègue, le guérillero Llobera, avaient perdu la tête; chacun fit le niouvement qui lui parut convenir. Quant au grand sar brcur de Français, nous l'aperçûmes qui fuyait au galop avec ses cuirassiers sur la route de Barcelone. Le brave Pacchiarotti avait pris une bonne position en arrière de Mataro, qu'il défendit pied à pied. Nos deux compagnies, ayant à leur tête le chef espagnol que nous avait imposé Mina, suivirent le mouvement de Pacchiarotti. Ainsi se trouva manqué un fait d'armes qui pouvait produire d'heureux résultats pour la cause espagnole et peut-être aussi pour la France.
Attaqués à notre tour par les troupes du général Curial et craignant d'être coupés par les Français qui occupaient Granollers, nous batthnes en retraite dans les coteaux des vignes et dans les montagnes voisines; notre chef espagnol, le colonel M..., était à cheval; dans sa frayeur, il ne s'aperçut pas que nous marchions à pied. Pacchiarotti, qui ne pouvait le souffrir, profita de cette circonstance pour le molester. Il lui cria à tue-tête : « Colonel M..., vous fuyez à toutes jambes, laissez-nous au moins votre drapeau! » Armand Carrel, qui se trouvait à mes côtés, lui répondit : a Vous en avez menti, colonel Pacchiarotti, nous ne fuyons pas, nous battons en retraite comme vous. » Cette vive apostrophe d'un sous-lieutenant qui voyait le feu. pour la