CHAPITRE PREMIER S
comptait par milliers, ces Bayards modernes qui com* battaient' sans ôtre bardés de fer de la tête aux pieds. Quelque temps après la paix do Tilsitt, le 9* dragons passa à l'armée d'Espagne; il y eut l'honneur et la gloire d'être sous les ordres de l'incomparable général Lasalle, qui, tué à Wagram, n'a point laissé de successeur dans l'arme de la cavalerie. Sous les ordres de ce brave général, le 9* dragons se rendit digne de sa vieille renommée, particulièrement dans les combats de Burgos, des bords du Tagc, de Truxillo, etc., jusqu'à la bataille do Médellin (1). Dans cette dernière affaire, le 9* dragons faisait partie de la division du général La Tour-Maubourg (2). L'agression de l'Autriche, en 1809, ayant forcé l'Empereur à retirer divers corps de l'armée d'Espagno, les cadres des 3* et 4« escadrons de mon régiment rentrèrent en France; j'en faisais partie. Promptcment complétés en hommes et en chevaux par notre dépôt qui était à Versailles, nos escadrons avaient déjà passé le Rhin, lorsque dés ordres pressés nous firent rétrograder pour nous rendre à marches forcées sur Anvers, menacé par les Anglais; un traître, le général Monnet (3) leur avait livré Flessingue (4) et c'en était fait d'Anvers, ainsi que de notre superbe flotte, si Bcrnadottenc fût accouru en poste du champ de bataille de Wagram pour forcer les
(1) Gagnée le 28 mars 1809, contre trente-six mille Espagnols, par le maréchal Victor, rommandant douze mille Français. (0. S.)
(2) La Tour-Maubourg (Marie- Victor*Nicolas, marquis do Vay de), colonel au 22* cha.sscur9 à cheval à Aiisterlilz, général do brigade du 24 décemhro 1805, se distinffua ffinricusoment en Espagne, surtout à Cucnça, Nommé divisionnaire, il se signala encore.sùrtoul à Talavera de la Heyna.à la télé de toute la cavalerie; se couvrit de gloire à la Moskowa et dans la campagne de 1813; eut une jarrfbo emportée à la bataille de Wachou; ministre, do la guerre sous la Restauration, gouverneur des Invalides, pair do France, comte de l'Empire: son nom est inscrit sur l'Arc de TEtoile. (0. S.)
(3) Ce malheureux fut condamné à mort, par contumacA comme Iftcho et traître à la patrie, et, après avoir vécu proscrit à Tétranser, jusqu'en 1814, il fut rétabli dans son grade et dans son honneur par Tes Bourbons qui accueillirent ainsi les Dumouriez,lesSarfa7.in,les Dupont, les Jomini.etc^
(4) Louis riaudc, baron Monnet, né en 17C6, mort à Paris le 8 Juin 1819. Ayant rendu Flessingue aux Anglais qui l'emmenèrent prisonnier en Angleterre, il. fut. pour ce fait, et sous l'inculpation de concussion, condamna à mort par contumace. Sous la Restauration, il flttréformer la sentence ot fut créé baron. (Q. S.)
Anglais à une honteuse retraite; mais, alors, Bernadotte était encore Français! Les côtes de la Hollande et celles de la Belgique étant purgées de la présence des Anglais, et Téclatante victoire de Wagram ayant permis à l'Empereur de renforcer son armée d'Espagne, nous reçûmes l'ordre de nous rendre dans la Vendée, où nous fûmes organisés en régiments provisoires. Quatre escadrons des !•' et 2« dragons composèrent le premier régiment; quatre autres, des 4« et 9«, composèrent le deuxième et ceux des 14» et 26» le troisième. Notre régiment, le 2« provisoire, fut le plus favorisé par l'Empereur, car il nous donna pour colonel l'un des plus honorables et des plus braves officiers supérieurs de la Grande Armée, le colonel Ludot. Ce digne oflicier avait fait les campagnes d'Amérique, d'Egypte, d'Italie et d'Allemagne. J'ai eu le plaisir de le revoir au retour do l'Ile d'Elbe. Il était alors général de brigade et toujours bon Français. Il doit l'être encore; des hommes de cette trempe ne changent jamais (1)!
Parmi les généraux appelés à nous commander, nous n'avions encore vu que des hommes noircis par la fumée des combats; aussi, grande fut la surprise des ofTiciers et dragons lorsque nous vîmes arriver pour commander r.'Otre brigade un général de vingt-six ans, aux cheveux blonds, aux yeux bleus, et d'une taille au-dessous de la moyenne, en un mot un Adonis. Nos dragons, qui étaient tous de vieux troupiers, disaient en murmurant : « Il paraît que tous les anciens ont été tués à Essling et à Wagram, puisque l'Empereur nous envoie un conscrit pour nous commander. » Le colonel Ludot, quoique stricte, observateur de la discipline et de l'obéissance, ne put s'empêcher do froncer le sourcil. Ce général de vingt-six ans, c'était
(1) Ludot (Denis-EIov), né à Arci8-sur:Aubo le 25 Juin 1768. Elu capi. taino au 2* bataillon do volontaires nationaux de l'Aube, 20 août 1791. Km ployé 6 Cnvenno du 27 pluvîOso an IV au l*' ventAso an IX. Membre do la I/gion d'honneur, 14 juin 1804; major du 8^ dragons, 24 septembre 180A; onicior do la I/gioh d'honneur, 18 septembre 1808: colonel en second du 9* draj^ohs, 31 mars 1809; colonel du 14' dragons, 5 décembre 1810; général de brigade, 80 mai 1813 (0. S*)*