CHAPITRE PREMIER B
Sainte-Croix (1), Tun des élèves de Masséna, lorsque ce dernier était encore TEnfant chéri do la victoire.
Notre brigade organisée, nous rentrâmes en Espagne. Nous fûmes incorporés dans le 8* corps, commandé par le général Junot, aussi bourru que bravo et loyal soldat. Le 8* corps faisait partie de l'armée dite de Portugal, commandée par Masséna. Il fut chargé du siège et de la prise d*Astorga. La brigade Sainte-Croix eut Toccasion de se signaler dans maints combats contre les Anglais et les Espagnols. Partout le général de Sainte-Croix se trouvait en tète de ses escadrons, ce qui lui valut Thonorablc épithète do a cadet Lasalle » que lui décernèrent nos dragons; et, certes, ces magistrats-là ont le jugement sain et irrécusable. Après la prise des villes d'Astorga, do Ciudad- Rodrigo et d'Almeida, l'armée marcha sur Lisbonne. La brigade Sainte-Croix fut constamment à l'avant-garde, jusqu'aux positions de Torrcs- Vedras, à quelques lieues de Lisbonne. C'en était fait des Anglais si, au lieu de Masséna vieilli, l'armée eût eu pour chef le maréchal Ney, commandant du 6* corps, ou le général Reynicr (2), qui commandait le 2« corps. Je n'entro pas dans les détails sur cette funeste campagne dont les résultats ont tant contribué à la chute de l'Empereur, et, par suite, à la honte et aux malheurs de la France. Il est certain que Lisbonne pouvait être pris et l'armée de Wellington anéantie. L'armée de Portugal comptait soixante mille combattants à peu près; elle avait à sa tète les premiers généraux de cette époque, tels que les Clausel (3), les Foy (4), les Solignac (5),
(1) Le fameux général do brigade de cavalerie, Charics-Marie-Robert, comte d'Escorchès do Sainte-Croix, tué aux avant-postes de Villa-Franca, en Portuçral, le 11 octobre 1810, à l'âge de 28 ans. (0. S.)
(2) Reynier (Jcan-I^uis-Ebcnézcr, romte), né à Lausanne en 1771* général de brigade en 1795, de division en 179C, flt Poxpédition d*Ëgypte, ministre de la guerre du roi Murât, se distingue À Wagram, fait des prodiges à Leipzig, mort à Paris le 27 février 1815. (O. S.)
(3) Clause! (Bertrand, comte), né à Mirepoix en 1772, général de brigade en 1799. de division après Saint-Domingue; se couvre do gloire on Gspagnô,con< damné à mort par contumace au retour des Bourbons, commandant on chef de l'armée d'Algérie en 1830, maréchal de Franco on 1831. mort en 1842. (O.S.)
(4) Le fameux général et orateur Maximilien Sébastien Foy, né en 1775. dont la mort le 28 novembre 1825 fut un dcuii public. (0. S.)
(5) Baron Solignac, lit la campagne do Portugal comme général de bri*
les Loisan (1), les Merle (2), les Simon (3)> les Monibrun (4), les Sainte-Croix (5), etc. Nous eûmes la douleur de perdre ce dernier général, le 12 octobre 1810; il fut tué par un boulet tiré au basard d'une cbaloupe canonnière anglaise stationnée sur le Tage. Jamais général français n'a été plus regretté par ses troupes que le général de Sainte- Croix (6). C'était un maréchal d'Empire en perspective.
Après avoir perdu presque la moitié de notre brillante et vaillante armée, Masséna nous fit battre en retraite, et quelle retraite!... Heureusement que nous avions dans l'armée le maréchal Ney, le général Reynier, et les généraux que j'ai déjà cités, car, sans eux, l'armée française était perdue. Dans cette triste et funeste campagne, l'administration des vivres donna, comme en Russie, les prouves de sa grande nullité, et surtout de sa cupidité. Les intendants, les commissaires des guerres, les employés dés hôpitaux et les riz-pain-sel de toutes espèces ont plus tué de soldats français en tous temps que le feu de nos ennemis.
Enfin^ après mille dangers et des fatigues inouïes les débris de l'ex-armée de Portugal rentrèrent en Espagne vers la fin de mars 1811. Notre brigade, composée d'escadrons détachés, ainsi que je l'ai dit, reçut l'ordre de se rendre en
gade: blessé çrlôvement à Vimeira. se signale au siège d'Astorga et est promu général de division; commandant supérieur à Lille en février 181i, contribua puissamment à la seconde abdication par ses instances personnelles, pois rentra- dans la vie privée. (0. S.)
(!) I^ison (Olivier» comte), général de brigade à Tarméo des Ardennes, combattit énergiquement au 13 vendémiaire pour la Convention: nommé
rnéral de division le 25 septembre 1790 à l'armée d*HcIvétie, se signala Austerlitz, en Espagne, At toujours preuve de la plus rare intrépidité. (O. S.)
(2) Merle (Pierre-Hugues-Victor, comte), né en 1766, nommé général de division après Austerlitz, se couvre de gloire en Espagne, en particulier au siège de Saragosse, se distingue en Russie. Mort K Marseille en 1830. (G. 8.)
(3) Simon (Jean-Baptiste-Charles), chevalier de l'Empire sous la dénomination de La Morlière. (O. S.)
(4) lie fameux ffénéral de. division de cavalerie tué d*un boulet de canon à la bataille de la Moskowa. (0. S.)
(5) V. la note 1 do la p. S.
(6) 1/8 frère aîné de cette illustre famille avait péri dans un combat naval; le plus Jeune et dernier. Robert de Sainte-Croix, eut une cuisse emportée à la grande bataille de la Moskowa: mais, plein de courage comme ses frères et plus heureux, il a revu sa patrie! Je l'en félicite pour ma part, pouvant me ranger au nombre de ses anciens amis.