CHAPITRE Y
les ofQciers et matelots^ à tel point que le chapeau du corn* inodore ne put pas contenir tous les dollars qui y pieuvalent. J'ai su que rhabillement complet qui fut délivré de suite à mes hommes fut entièrement payé avec le montant de cette souscription. Dans cette circonstance douloureuse, le commodore Jacob Jones se conduisit admirablement; non seulement envers les Français, mais encore envers un grand nombre d'Italiens et d'Espagnols fugitifs comme nous qu'il reçut de même à bord des trois navires de guerre sous ses ordres.
Me trouvant sous la protection du pavillon américain, je demandai au commodore si je pourrais aller à Gibraltar. « Placez, me dit-il, cette cocarde (1) à votre chapeau, et suivez-moi ». Nous descendîmes à terre; arrivés à la porte du Môle, le portier-consigne voulut m'en défendre l'entrée, mais le commodore lui dit d'un ton imposant : « Cet officier fait partie de l'état-major de ma frégate », et nous entrâmes. Toutefois, je fus obligé de me présenter à la police de Gibraltar qui est, assurément, la police la plus basse et la plus arbitraire de toutes les polices du monde. Là encore, sur les observations très sèches du bon commodore, je restai libre de circuler. Pendant mon séjour à Gibraltar, j'eus le plaisir de faire la connaissance des bons Français : MM. Dantez, et Gallaud, qui avaient été officiers dans l'ancienne armée, ainsi que celle de MM. Gautier, Duplessis, Buchet, Durand Lassale, Monier, etc., tous négociants alors. Tous ces généreux Français avaient déjà rendu de grands services à bon nombre de compatriotes proscrits; ils m'offrirent do même leurs bons offices et me prévinrent qu'il y avait un brick anglais noiisé par les patriotes de Gibraltar afin de transporter en Angleterre les proscrits de tous pays.
Ne voulant pas quitter l'Europe sans avoir dos nouvefies de ma chère mère, ainsi que d'Adèle et de mon en-
(1) Celle des Etato-Unis.
•fani, j'acceptai un passage sur le brick anglais, que \e^ Français de Gibraltar me ftrent obtenir. Il me fallut avoir d'aussi fortes considérations que celles dont je viens de parler pour résister aux vives sollicitations du Commodore Jacob Jones. « Comment, me dit ce généreux philanthrope, vous voulez me quitter? Me croyez-vous donc capable de vous abandonner aux Etats-Unis? Restez avec moi, et je vous jure sur mon pavillon de vous procurer un emploi honorable aux Etats-Unis et de vous ramener en France lorsqu'il vous sera possible d'y rentrer. » Sur les observations que je fis à ce digne commodore, il me permit do débarquer, et m'offrit ses services aux Etats-Unis au cas où j'y retournerais. Tous mes hommes furent placés à bord de la corvette VOntariOy qui fit voile pour les états de l'Union. On verra plus tard que le loyal commodore Jacob Jones était homme à tenir sa parole. Je dois dire en outre qu'il était un des officiers les plus di.stingtiés de la marine des Etats-Unis.
A bord du brick anglais, il y avait aussi plusieurs députés constitutionnels parmi lesquels je citerai MM. Moure, Moorc, Franco et le fameux Galliano. J'ai dit « fameux » en parlant du dernier, par rapport à ses bavardages parlenncnlairos, car pour son patriotisme, il est égal à celui que déploie cette pépinière de centriers à la tête desquels je placerai les Guizot, les Dupin, les Barthe, les Thiers, etc. Après une traversée qui ne fut orageuse que par les reproches vifs et offensants qu'échangèrent nos braves constitutionnels, nous arrivâmes à Londres dans le courant de janvier 1824. Cette ville était devenue le rendezvous des proscrits et des fugitifs de toute l'Europe, non pour l'accueil et l'hospitalité qu'ils y recevaient du gouvernement anglais qui a cherché plus d'une fois à se débarrasser d'eux, mais pour la sécurité qu'ils étaient certains d'y trouver, à l'abri tutélaire des lois anglaises.
Do tous les patriotes qui étaient allés servir la cause do la hberlé en Espagne, et qui avaient eu le bonheur