‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 78 sur 165 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ques jours après moi; j'ai mAme appris que les farouches et ignares républicains de Maracaibo avaient détruit en partie une précieuse collection de plantes, oiseaux, reptiles, etc., que M. Plée s'était procurée avec grande peine et en s'exposant à des dangers de toutes sortes au milieu d'un pays habité par des sauvages. Je lui en exprime ici' tous mes bien sincères regrets, autant pour lui que pour notre Cabinet d'histoire naturelle, auquel était destinée cette collection. Je le remercie aussi des soins empressés qu'il eut pour moi, ainsi que de ses oiïres de service les plus obligeantes.

Je m'embarquai à Maracaibo avec l'intention de me rendre à Porto-Gabello (1), où j'étais assuré de trouver le capitaine Bernard, que l'on ne doit pas avoir oublié (2). Forcé de relâcher à l'Ile d'Oroube (3), petite colonie hollandaise, j'y trouvai encore un Français, qui plus est, un Auvergnat : M. Solanier. Ce bon compatriote m'accueillit avec grand plaisir,. car il y avait longtemps qu'il no parlait plus l'auvergnat. Après quelques jours de rclflche, nous remimes à la voile et arrivâmes à Porto-Gabello le 20 décembre. Bernard, qui s'y trouvait, m'offrit un asile à bord de son navire; j'acceptai avec plaisir, n'ayant pas alors une piastre à mon service.

Le capitaine Bernard, partant pour l'Ile de la Marguerite, je restai à son bord, afin de revoir les hospitaliers et vaillants Margaritains. Nous laissâmes Porto-Cabello, l'une des places les plus fortes de l'Amérique du Sud et allâmes mouiller à la Guaira, autre ville maritime de la Colombie, mais beaucoup moins forte. A la, Guaira, j'eus le plaisir de trouver mon ami Martin Maillefer, autre martyr de la liberté, devenu depuis l'un de ses plus ardents et de ses plus illustres défenseurs (4).

(1) Ou Puerto-Cabello, ville maritime du Venezuela. (O. S.)

(2) V. p. 22 et suivantes. (Q. S.)

(3) Ou Aruba. (O. S.)

(4) Martin Rfaillerer a été rédabteur en chef du PeupU iouverain k Ma^ seille; depuis le procès monstre de la Chambre des pairs, dans lequel il a eu

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I Caracas était occupée par les Espagnols» lorsque je rae trouvais au service des Colombiens en 1818 et 1819. Je mis à profit mon séjour pour aller visiter cette ville qui a joué un si grand rôle pendant la guerre de l'Indépendance.

Avant le terrible tremblement de terre de 1812, Caracas devait être Tune des plus jolies villes de cette partie de l'Amérique, comme aussi la plus riche et la plus agréable. La guerre civile y a exercé également ses funestes ravages; la température y est bien plus supportable que dans les villes maritimes de cette côte; ses productions sont aussi plus variées; en un mot, cette ville devait être un petit Madrid pour les Espagnols de la métropole.

Bernard étant pressé de se rendre à l'île de la Marguerite, nous retournâmes à la Guaira pour remettre à la voile le 7 janvier 1825; le 9, nous étions mouillés à Juan-Griégo, port ouest de l'Ile de la Marguerite.

Dans mon deuxième chapitre, j'ai en peu de mots retracé les vertus et le patriotisme des braves Margaritains; je les ai comparés aux anciens Spartiates, et je crois qu'ils valaient mieux sous le rapport moral. J'eus la satisfaction de les revoir libres et plus heureux qu'en 1819, car le cniel et despote Arismendi n'était plus à la Marguerite. Ces bons et généreux insulaires m'accueillirent en frères; ils m'engagèrent beaucoup à finir mes jours au milieu d'eux, mais, malheureusement, j'avais le cœur et l'esprit toujours du côté de la France. Le prince Joseph Napoléon m'avait offert son appui en 1817; je savais qu'il habitait encore les Etats-Unis; je me décidai à m'y rendre. J'avais fait part de mon projet à Bernard, qui me promit de me débarquer à l'île Saint-Barthélémy, où je pourrais trouver un passage pour New- York ou Philadelphie, etc. Le capitaine Bernard se considérait comme le souverain des petites îles connuds sous les noms des Testigos, de Tortuga, Blan-

Vhonneur de figurer, Maillefer était entré au Bon Sent, l\ est maintenant l*un des courageux.et habiles rédacteurs du National,

CHAPITRB VI tu

quiDa, OrehiUa, Los Roques, Ave, etc. (1); aussi allflmes-noua visiter ce qu'il appelait ses possessions maritimes.

Nous remimes à la voile le 25 janvier et, le 30 du même mois, nous étions mouillés à l'Ue Saint-Barthélémy, colonie suédoise. J'y trouvai un brick américain, sur lequel j'arrêtai mon passage pour New- York. Le capitaine de ce navire, pur et loyal Américain, mérite d'être cité ici pour ses honorables procédés envers moi. On vient de voir que je n'avais pas pu retirer un sol des trois à quatre mille francs que me devait Tex-flibustier Joly; le capitaine Bernard m'avait déjà rendu de grands services, aussi ne voulais-je plus avoir recours à ses généreux services; cependant, il ne me restait pas vingt francs pour tout avoir; j'en avais fait l'aveu au loyal capitaine du brick américain, en lui donnant ma parole que je paierais mon passage à New- York. Je lui avais oflfert pour garantie ma montre et mon uniforme, sur lequel était suspendue une vieille croix de l'Empire! Ce digne Américain, nommé David Hepburn, se mit à verser des larmes. « Quoi, me dit-il, vous avez donc un bien grand mépris pour les Américains, si vous croyez : qu'il y en ait un capable d'agir ainsi envers un Français. Gardez votre montre et votre honorable croix; vous êtes proscrit et malheureux, je vous reçois à mon bord en ami et en frère, etc. » Je ne restai que trois jours à Saint-Ba^ thélemy, où j'eus le plaisir de revoir les estimables familles françaises Périller, Pino, Ropet et Desjoies qui me firent toutes l'accueil le plus obligeant. Je leur fis mes adieux ainsi qu'à mon amj Bernard, et me rendis à bord du brick américain qui mit à la voile le 3 février.

Les mois de février et mars sont souvent terribles pour la navigation dans le* golfe du Mexique, ainsi que sur les côtes des Etats-Unis; aussi, fûmes-nous horriblement mal- , traités pendant la traversée; il fallait un capitaine aussi expérimenté que le nôtre et un aussi vaillant équipage pour

(1) Au nord de la pointe occidentale de Saint-Domingue. (0. S.)

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sauver notre malheureux brick; enfin» le 20 mars» juste l'anniversaire de la naissance de Napoléon II, nous mouillâmes en rade de New- York, notre navire démâté et faisant eau de toutes parts.

Le brave et loyal capitaine Hepburn, qui avait eu pour moi les égards les plus prévenants pendant notre malheureuse traversée, me déclara, aussitôt le navire mouillé, que j'étais son prisonnier; en conséquence, je débarquai avec ccft excellent homme, qui me conduisit au sein de sa charmante famille, dans laquelle je fus accueilli 'comme un enfant de la maison. Ah! généreux capitaine Hepburn, combien je serais heureux si le hasard me procurait le plaisir de vous revoir!

Pendant mon séjour à New- York, en 1817, j'avais fait la connaissance de plusieurs iPrançais réfugiés depuis la catastrophe nationale de 1815. Parmi ces Français se trouvait un ancien maréchal des logis des chasseurs à cheval de la gardé impériale qui y tenait un grand café. C'était là le rendez-vous des proscrits; en sorte que ma première visite, après celle de l'aimable famille Hepburn, fut pour mes compatriotes. Je fis à ce café la rencontre du jeune Peugnet, frère des deux estimables ofiiciers de ce nom, condamnés à mort pour la conspiration de Belfort; ces deux bons camarades, ayant eu connaissance de mon arrivée, ainsi que de ma fâcheuse position, et sachant que j'étais un ami de Carrel, s'empressèrent de venir m'offrir leurs services. Les frères Peugnet étaient arrivés aux Etats-Unis avec des lettres de recommandation du général La Fayette; ils étaient, d'ailleurs, très recommandables par leur honorable caractère et une éducation perfectionnée, de sorte qu'ils se trouvèrent de suite convenablement placés dans un des meilleurs collèges de New- York. J'appris par les frères Peugnet que le prince Joseph Napoléon se trouvait à Philadelphie, ce qui me contraria beaucoup, comptant sur sa protection et son empressement à obliger des Français persécutés; et, malgré le désintéressement

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