‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 9 sur 165 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Andalousie, où nous rentrâmes dans nos régiments respectifs. Ces six régiments de dragons composaient la division du général La Tour-Maubourg(l), autre général decavalerie très distingué, mais qui tenait sa vieiOe et honorable réputation de la République et de l'Empire. Pendant son malencontreux ministère de la guerre de 1820 à 1821, on se souvient que, pour plaire aux hommes du chfiteau des Tuileries, il expuba des rangs de l'armée la plupart des vieux officiers de l'Empire que le maréchal deGouvion-Saint- Cyr avait rappelés. Je conçois que la fin tragique du malheureux duc de Berri dut nécessairement exaspérer les hommes de la cour, mais devaient-ils se venger de cette catastrophe sur de braves officiers à qui l'assassinat a toujours été en horreur? Il y avait certainement des coupables alors, et même des conspirateurs en dehors de l'armée; c'était sur ces gens-là qu'il fallait frapper; ils n'auraient pas conspiré en 1830!

La division du général La Tour-Maubourg faisait partie du corps d'armée commandé par le maréchal Soult, autre belle réputation militaire rentrée dans le néant depuis 1831! Quelle fataUté!

L'Empereur ayant décrété l'organisation de six régiments de lanciers, le 9« dragons prit le n<» 4 de cette nouvelle arme; ce régiment rentra en France avec les cadres et dix dragons seulement par compagnie. Le restant des huit compagnies fut versé dans les 14« et 26* dragons. Cette cruelle séparation de nos vieux frères d'armes et de leurs officiers fut touchante et mémorable. Le peuple espagnol, justement irrité contre les Français, ne put s'empêcher de mêler ses larmes aux nôtres, en assistant aux derniers adieux que nous nous adressâmes réciproquement. Il en a été de même lors du licenciement de l'armée en 1815, car il y avait alors un esprit de corps et des sympathies entre les soldats et les officiers qui

(1) Voy. la noto 2 de U p. 3.

n*existent plus aujourd'hui. Cela n*est pas étonnant dans une armée organisée comme la nôtre et dont les officiers et soldats n'ont pas fraternisé, comme nous, devant les Prussiens, les Anglais, les Autrichiens, les Russes, etc.

Nous étions partis de Séville en septembre 1811, et, à la même date à peu prés, en 1812, nous étions à Moscou, où était M. le général Valée, aujourd'hui maréchal (1). Si celui-ci a assisté aux combats de Smolensk, de Vitcpsk et à la grande bataille de la Moskowa du 7 septembre, comment a-t-il osé dire que l'assaut de Constantine était l'un des plus beaux faits d'armes qu'il eût vus dans sa longue carrière militaire? Ah! monsieur le maréchal, faites l'élogo de nos jeunes soldats qui se battront toujours bien lorsqu'ils ne seront pas commandés par des généraux improvisés... mais, rappelez-vous bien que ni vous, ni les courtisans, et aucun des privilégiés actuels, ne ferez jamais croire aux Français, ni même aux Anglais, aux Espagnols, aux Prussiens, etc., que votre assaut de Constantine puisse être comparé aux assauts de Gaë te, de Saragossc, de Tarragone, de Badajos ou de Dantzig.

Dans cette fatale campagne de Russie, le 4« lanciers fit partie du corps de cavalerie commandé par le général Montbrun, tué à la Moskowa (2). De tous nos célèbres généraux de cavalerie, Montbrun fut celui qui, par sa bravoure et son habileté, suivait de plus près le général Lasallc. Un autre général, non moins méritant, Canlaincourt, fut également tué à la Moskowa, au moment où il venait do remplacer le général Montbrun. Le général Defrance (3) aurait sans doute été tué aussi, si une balle

(t) Silvain Charles, comte Valéc. maréchal de France, né en 1773» mort en 18'«6. à Paris; lieutenant d*ariiIlerio en 1793. iirénéral de brigade en 1809. de division on 1811. créé comte de l'Empire le 12 mars 1814 pour ses rares services en Espagne ; commandant en chef au second siège de Constantine, en 1837, apiès la mort du général de Damrémont; créé la même année gouverneur général de PAIgéne et maréchal de France. (0. S.)

(2^ V. la note 4 de la p. 6.

(3) Defrance (Jean-Marie- Antoine, comte), né à Wassv (Haute-Marne), longtemps commandant du 12" chasseurs, puis général de brigade, s'immor- Ulise aux armées du Rhin et d'Italie, blessé à Wagram, se couvre de gloire

Page 1