‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 82 sur 165 · CHAPITRE VI I7S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI I7S

remontaient TOhio ou qui descendaient cette rivière; les maisons n*y étaient en partie que construites en bois. Depuis, des français m*ont assuré que cette ville 8*était considérablement embellie et agrandie; cela devait arriver ainsi, gi*âce à sa position et à la navigation des bateaux à vapeur qui se croisent à chaque instant sur TOhio et le Mississipi, depuis la Nouvelle-Orléans jusqu'à Pittsburg, etc. L'Ohio porte dans le pays le nom de c Belle Rivière »; c'est probablement pour Tombragc qu'elle reçoit dans tout son cours par les gigantesques forêts qui bordent ses deux rives, forêts dont on ne connaît pas Téieiidue, du moins sur sa rive droite; cependant, je dois dire que j'ai remarqué plusieurs petites villes naissantes sur les deux rives de TOhio qui m'ont paru être en prospérité. Je citerai pai^ticulièrement Louisville et Cincinnati (1). De Wheeling à Smiihiand j'ai aussi remarqué Frédonia, Troy, Rockport, Evans ville, Mountvcrnon, Shawncctown, Golconda, Marietta, Gallipolis, Burlington, Maysville, etc. Toutes ces dernières n'avaient de villes que les noms; elles ont sans doute prospéré comme Wheeling. Dans tous les ca*^, que les villes situées sur les rives de l'Ohio prospèrent tant qu'elles pourront, cette belle rivière ne sera jamais aussi belle et aussi riante que notre Rhône, notre Loire, notre Garonne, notre Seine, etc., et même que le ruisseau do mon village qui à peine fait tourner les roues do nos deux moulins, car sur les rives de nos rivières, on ne voit pas des milliers d'esclaves comme sur celles do la prétendue belle rivière de l'Ohio et plus encore sur celles du Mississipi. Ah! M. de Chateaubriand, et vous avez vu, vous, les bords du Mississipi toujours riants et enchanteurs? Oh! c'est que vous n'avez pas visité comme moi les charniers où sont entassés ces millions d'hommes noirs, plus à plaindre que les meutes de nos grands seigneurs; vous n'avez pas non plus interrogé ces malheureux hommes sur les maux

(1) Louisville et Cincinnati comptaient déj& de cinq mille à six mille Amei chacune.

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et les bhiiaKtés que leur font endurer leurs cruels oppres* seurs; vous vous êtes bien gardé surtout de leur dire comme je l'ai fait moi-même : «c Hommes noirs, prenez les armes et jetez vos chaînes à la figure de vos maîtres! »

D'après l'itinéraire de route que m'avait envoyé mon ami Latapie, je pris passage sur un bateau à vapeur pour Louisville, où j'arrivai le 14 du courant. Là, je trouvai encore bon nombre de familles françaises parmi lesquelles je citerai celles de MM. Dapremont, Villeminot, Barbaroux, Perrot, Négel, Dorval, etc., qui s'empressèrent de m'offrir leurs services.

Louisville fait partie de l'Etat de la Géorgie; elle était alors considérée comme une des principales villes do rUnion; cependant son commerce paraissait être languissant, ainsi que l'agriculture de son sol assez aride. . Louisville existait déjà du temps des Français, mais elle s'est accrue beaucoup depuis cette époque.

De Louisville, j'avais l'intention de me rendre à pied à Nashville, mais sur les observations que me firent les Français de Louisville, je renonçai à ce projet, la route de traverse entre ces deux villes n'étant alors que peu suivie et fréquentée par des Indiens nomades qui ne se feraient aucun scrupule d'égorger les blancs, ou tout au moins de les dévaliser. D'ailleurs, dans ces vastes forêts, j'aurais couru le risque de m'égarer et d'y périr de faim. Je me rangeai donc à l'avis de mes compatriotes en prenant passage sur un bateau à vapeur qui me débarqua à Smithland le 25. Smithland n'était à cette époque qu'un mauvais village où hameau en bois, qui se trouve à l'embouchure et sur la rive gauche de la rivière Cumberland. Les eaux de cette rivière étaient très basses alors, de sorte que je n'y trouvai pas le bateau à vapeur qui faisait les voyages de Nashville, ce qui m'obligea à laisser ma valise à Smithland et à continuer mon voyage philosophiquement, c'està-dire à pied.

L'Américain chez lequel je laissai ma valise était de

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