‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 87 sur 165 · CHAPITRE YI IM · texte numérisé non relu

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dUnsiants avant lui. Celui-ci fut d*abord assez surpris de nous trouver établis en maîtres dans son habitation» surtout sous les auspices de son aimable fllle; mais, dès l'instant qu'il fut prévenu des circonstances qui nous avaient conduits chez lui, il devint très empressé à nous faire les honneurs de sa maison. Le père de Brigitte nous raconta sa vie passée aux Etats-Unis, qui me parut avoir été passablement agitée, mais les passions et les vices ne sont pas des maladies incurables; la sagesse ainsi que la vertu, filles de Texpérience, s'acquièrent souvent par le malheur et l'adversité. C'est ce qui était arrivé chez le père de notre excellente Brigitte, qui, de libertin, joueur, et même banqueroutier aux Etats-Unis, était devenu au milieu des forêts du Texas honnête homme, bon père, et paisible agriculteur. Je dois dire encore, à la louange de M. Gross, qu'il. était très humain envers ses ndirs, qui de leur côté lui étaient très dévoués. Brigitte était, d'ailleurs, l'ange protecteur et consolateur des esclaves de son père.

Après avoir passé deux jours auprès de M. Gross, nous nous remîmes en route, et le 25, nous arrivâmes sur les bords de la Trinité que nous trouvâmes débordée par les pluies continuelles qui nous contrarièrent beaucoup dans notre voyage. En attendant l'écoulement de cette mer d'eau douce, nous fûmes visités par des Indiens de la tribu des Bidals. Le chef de cette peuplade, qui portait le nom de Francisco, était du nombre des visiteurs. Le but réel de cette prétendue visite était do nous enlever nos chevaux et nos armes, mais nous fîmes si bonne contenance qu'ils furent forcés do nous parler en amis. Cctto tribu comptait à peine trente à quarante guerriers à cheval et à pied, armés d'arcs, fusils, lances, etc., ainsi que toutes les tribus que nous avons rencontrées sur notre route, telles que celle des Kanrankoé, semi-cannibale, qui compte cent cinquante guerriers; celles dos Téjas, Nabidatcho et Nabisdochitas réunies sous le chef Dab-

lista; ces trois tribus ne comptent guère plus de deux cents guerriers; celles des Beloxis et Chapuanos sont aussi réunies sous un seul chef, mais elles sont bien faibles en guerriers. Toutes ces tribus dont je viçns dé parler vivent à l'état nomade et ne se déplacent que pour chasser et parcourir ce vaste pays afin de piller les imprudents voyageurs. Tous ces Indiens n'ont de la race humaine que le physique; quant au moral» il est nul; mais ce qui m'a le plus indigné dans le caractère de ces brutes, c'est leur indifférence pour leurs femmes et leurs enfants; car, dans leurs marches, les femmes marchent à pied avec un panier sur la tète et leur plus jeune enfant sur leurs épaules, les plus âgés suivent la mère, tandis que l'Indien est à cheval, fumant sa pipe, etc., ne s'occupant nullement de sa famille qu'il considère comme ses esclaves. Quel contraste avec nos mœurs! Et que les philosophes et les philanthropes n'aillent pas me dire : « Donnez de l'instruction à ces gens-là et ils se civiliseront. » Je leur répondrai : « Allez, messieurs, parcourir les contrées que j'ai vues et vous reviendrez convaincus du contraire. Des Américains et des Français particulièrement ont cherché à civiliser quelques Indiens, mais sans succès. »

Le chef des Bidals paraissait aimer les Français; aussi fit-il tous ses efforts pour nous déterminer à rester avec lui, au point qu'il nous donna une jeune Indienne à chacun de nous. Ces dames sont fort peu attrayantes, mais enfin, c'étaient des femmes, et nous en étions privés depuis quelque temps; de sorte que nous nous empressâmes de leur donner des leçons de. civilisation française. Les eaux de la Trinité étant rentrées dans leur lit, nous primes congé des Bidaïs; ' c'est en vain que j'engageai ma sauvage à me suivre; elle ne voulut jamais se décider à abandonner sa vie errante; j'avais eu pour elle, cependant, des attentions prévenantes, et certes, elle aurait été par trop exigeante si mes tendresses ne l'avarent pas satisfaite. Cette triste créature humaine me vit partir sans verser

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une seule larme, alors que j'avais eu la faiblesse de m*aitendrir en m'en séparant!

Après quelques jours de marche, nous arrivâmes aux Nacedoches, le 25 novembre; nous y trouvâmes une douzaine d'intrigants qui venaient d'y proclamer la République frédonienne (1). Parmi les membres de ce nouveau gouvernement figurait un Français, nommé Mayau, qui fit tous ses efforts pour nous décider à accepter du service pour sa République, mais il aurait fallu avoir perdu la tête pour accepter de semblables propositions; aussi continuâmes-nous notre route pour Nacedoches, où nous arrivâmes le 1*' décembre, après près de huit mois de fatigues, de dangers et de souffrances incomparables.

Quant à la République frédonienne, deux compagnies de mauvaises troupes mexicaines suflirent pour l'anéantir; quelques mois après notre départ des Nacedoches, car ce n'était réellement qu'une République pour rire. Les deux Mexicains que nous avions quittés à San Augustine avaient annoncé notre prochain retour aux Français des Nacedoches. Ceux-ci, ne nous voyant pas arriver, avaient pensé que nous avions été assassinés par les sauvages, aussi nous accueillirent-ils avec empressement. L'aimable abbé Anduze fut un des plus empressés à nous offrir ses services ainsi que les Français et créoles que j'ai déjà cités lors de notre premier séjour dans cette localité.

L'un d'eux, M. Noirit, d'Agen (Lot-et-Garonne), me conduisit dans son habitation où je passai huit jours. Le généreux créole, M. Prudhomme, me fit aussi l'accueil le plus bienveillant, ainsi que toute son aimable famille.

Enfin, le 20 décembre, j'arrivai à la Nouvelle-Orléans où je retrouvai mon ami Fourchy qui, plus heureux que nous dans son voyage, y était arrivé dans le courant d'octobre.

(l)?tll existe une ville de Fredonia dans l'extrémité occidentale du Kan sas. (O. S.)

Les malheureux résultais de notre funeste voyage m'avaient plongé dans un tel abattement d'âme que je me déterminai à rentrer en France, car je ne me sentais plus le courage de rien entreprendre. D'ailleurs, j'avais eu connaissance de l'amnistie de Charles X en faveur des condamnés politiques, et de plus, j'étais parfaitement résigné à subir la peine capitale, si telle était la volonté du gouvernement français. En conséquence, je me présentai à M. Guillemin, consul de France à la Nouvelle- Orléans, auquel je fis part de ma résolution. M. Guillcmin, ancien émigré, me lit de bienveillantes objections sur ma détermination, et m'assura même que je n'avais pas été compris dans l'amnistie, mais me voyant résolu et confiant dans la générosité du gouvernement français, il me délivra un passeport pour Marseille, M. Guillemin eut dans cette circonstance la générosité de m'ofTrir ses services que je n'acceptai pas, par la raison que les Français (1) et créoles de la Nouvelle- Orléans avaient déjà pourvu aux frais de ma traversée sur le trois-mâts américain Suzanna, commandé par le capitaine Parker.

Enfin, le 8 février 1827, je faisais route pour la France!

A bord de la Suzanna se trouvaient M. Perrot, de Marseille, ainsi que son épouse, que nous eûmes la douleur de voir mourir huit jours après notre sortie de la Nouvelle- Orléans. Mme Perrot s'était embarquée déjà bien malade des suites d'une phtisie pulmonaire; cependant, elle aurait eu la douce consolation de revoir sa mère, sa famille et sa patrie sans un affreux ouragan qui nous fit courir les plus grands dangers. La mer avait été si furieuse que moimême, habitué aux tempêtes, j'éprouvais un violent iïial de mer. Mme Perrot, dans son extrême faiblesse, ne put

(1) MM. Pyronneau, de Nantos, patriote compromis sous la Restaura* lion» Blanchet,' Dubuc, Locart, Bénoist, Chaùveau, Peyre.'Lafond, Olaise, Audry, Cuviller, Magnant, Pétot, Lecorprne. Lauminet, Pierre Gallon, Adèle et loyal napotéoniste incarné, et autres Français, tous d*un caractère honorable et d*une générosité sans égale. Qu'ils reçoivent encore ici Texpression de ma vive reconnaissance et de mon dévouement sincérel

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