CHAPITRE VI
y résbter. Cette pieuse femme expira dans mes bras, car son mari était hors d*état de la secourir, étant horriblement tourmenté de cet infernal mal de mer. Le loyal capitaine Parker avait eu aussi pour Mme Perrot les soins les plus empressés. Cette malheureuse dame nous avait priés, suppliés, de ne pas jeter son corps à la mer, de sorte que le capitaine Parker le fit enfermer dans un cercueil bien goudronné. Ce digne capitaine eut la persévérance de louvoyer quelques jours devant le port do la Havane que les vents contraires nous empêchoient d'atteindre. Enfin, le 20 du courant, nous pûmes jotcr l'ancre devant le port de la Havane. Le capitaine Parker se rendit à terre où, après de grandes difiicultés de la part des autorités espagnoles, il obtint, par son honorable persévérance, l'autorisation de débarquer le corps de Mme Perrot, auquel le clergé accorda la sépulture, avec force argent.
Dans cette pénible circonstance, le consul français, diplomate musqué et de « camarilla », ne se comporta pas en zélé catholique, aipostolique et romain; c'est un reproche que je peux lui adresser directement, moi, qui fus chargé des démarches à faire prés de lui; je n'ai qu'un regret, c'est celui d'avoir oublié son nom, afin do le consigner ici.
M. Perrot, désolé de la perte de sa digne épouse, s'en retourna à la Nouvelle-Orléans. La Suzanna remit à la voile pour continuer son voyage sur Marseille où nous arrivâmes le 10 mai sans autre incident.
Pendant toute la traversée, je n'eus qu'à me louer des procédés délicats du brave capitaine Parker. Ce loyal officier avait été blessé dans un combat naval contre les Anglais, qu'il ne préférait pas, lui, aux Français, ses amis.
J'ai appris en 1828 que ce généreux officier était mort en mer, en retournant à la Nouvelle-Orléans; cette nouvelle m'affligea vivement, car des hommes comme le
m MÉMOIRES DU COMMANDANT PER8AT
capitaine Parker, sont si rares qu'ils doivent toujours être regrettés. On en trouve cependant aux Etats-Unis de ces hommes-là, car on n'a pas oublié le bon capitaine David Hepburn, de New- York (1).
M. Perrot, connaissant ma position politique vis-à-vis du gouvernement français/ avait eu la bonté de me donner une lettre de recommandation pont son beau-frère, M. Arnaud, avoué à Marseille. Notre navire ayant été mis en quarantaine, aussitôt notre arrivée, j'écrivis à M. Arnaud, qui s'empressa de m'ofTrir ses services. Il eut la complaisance de faire des démarches afin de savoir ce que j'avais à craindre du pouvoir judiciaire. M. Arnaud me donna avis que le gouvernement avait été prévenu de mon retour en France par* le consul de la Nouvelle- Orléans; ce dernier avait eu, à la vérité, là délicatesse de m'en prévenir. M. Arnaud me donna à penser que je pourrais bien passer en jugement, « mais, dit-il, ne craignez rien; les temps sont calmes aujourd'hui; d'ailleurs, je vous défendrai », etc. Le brave et loyal capitaine Parker, de son côté, m'avait offert de me ramener gratis si le gouvernement était trop sévère ù mon égard; mais il fut grand et généreux.
(!) V. p. 163 et BVLÏr. (0. S.)