CHAPITRE VII (Mai 1827-Juin
La comte de VlHeneuTe. préfet des Bouches-du-Rh6ne. — i M. de Corbière ministre de rintérieur. — L'avocat Arnaud. — Ma flile. — La baronne de Damas. — Mes amis Bouvier» Auguste Orenooillet, Armand Carrel» Mirio» Bonnot et Dutronne. avocat — > Départ pour la Orèce avec l'expédition française. — Naufrage. « Retour en rrance. — Entrevue avec Adèle et Mme V... — Le duc d*Orléani. — Mes amis de Valence t Bouvier, Rolland, les frères Fiéron, Forcheron Als. Béranger et Clair atné. — - Cam* pagne d*Afriaue. — • l^es révolutionnaires de 1830. — Mon mariage légitime avec Aoièle, etc.
En sortant de la quarantaine, je fus appelé par M. le comte de Vtlleneuve-Bargemont, préfet des Bouches-du- Rhône, qui me donna connaissance d'une circulaire do M. do Corbière, ministre de Tintérieur. Ce ministre invitait M. le préfet à me prévenir que je n'étais pas compris dans l'amnistie en faveur des réfugiés de 1823 en Espagne, a Néanmoins, disait le ministre, prévenez cet officier qtio le gouvernement do Sa Majesté veut bien fermer les yeux (1) sur le passé, et que sa conduite à venir réglera, l'indulgence du gouvernement à son égard », etc. M. do Corbière autorisait M. le préfet à faire viser mon passeport pour l'intérieur et à me donner des secours si j'en avais besoin. M. le préfet eut même la bonté de m'ofTrir ses services particuliers; je n'en acceptai aucun, ayant do quoi me rendre dans ma famille. On voit que les ministres de la branche aînée des Bourbons entendaient mieux la
(1) Le gouvernement de Charles X fermait aussi les yeux sur la conduite antérieure des conspirateurs Fabvier. Caron. Fourret, Moreau. Ladvocat, Oaspard, Balland, Delamotte, etc.
politique conciliante que ceux de la branche cadette, sortie de la poussière des barricades (1).
Durant mon court séjour à Marseille, j'eus le plaisir de voir ma fille , qui était dans un couvent, aux frais de Mme la baronne de Damas, dont la belle âme ne s*est jamais démentie. Je n'avais aucun moyen de la retirer de son couvent, où, d'ailleurs, elle était très bien, mais cette chère enfant me saigna le cœur, lorsque, lui faisant mes adieux, elle me dit : « Comment, vous êtes mon papa et vous ne m'emmenez pas avec vous dans votre pays? » Quelle terrible situation pour un homme à qui les malheurs n^avaient pu seulement qu'aigrir le caractère!
Deux bonnes sœurs et un frère me restaient depuis la mort de ma mère. Je cédai à leurs vœux et à leurs vives sollicitations. Je me rendis en Auvergne; l'un de mes beaux-frères, Bordes, habitait Riom; l'autre, Charles Latour vivait paisiblement à Ennezat, berceau de mon enfance. Je lui donnai la préférence, car « aux malheureux, la solitudcest chère...; elle est pour eux l'asile du bonheur...»
Reposé de mon long et terrible voyage de cinq années de proscription, je me rendis à Paris, afin d'y trouver une occupation quelconque, pour m'assurer une existence indépendante, car mes soeurs avaient des enfants et je
(1) Le dossier de police de Maurice Peraat auxArch.Nat. contient diverses pièces relatives au retour de notre commandant en France en mai 1827 ; 1* Lettre du 29 mal dû préfet des Bouches-du-Rliône au ministre de l'intérieur signalant l'arrivée de Pcrsut sur le navire américain Suzan» capitaine Parker. « Il a raconté sa vie. Il se plaint du baron de Damas. » — 2^ Autres pic^ceii. datées des 14 et 19 juin relatives à ce mfimerotour et à un passeport pour rintéricur. — 3« I/ettro de Paris annonçant le 27 juillet c^ue Persat a obtenu un passeport pour ICnnezat. — 4<* Documents sur son séjour à Paris où il est arrivé le 13 JuiUet dans un état- d'exaltation qui le rend nécessairement dangereux. « n parle beauccMip de Ia.Rucrre grecque. Se« opinions pon* iques sont très mauvaises. Est-il encore dans la capitale î II a quitté son h Met, mais son nom n'est inscrit siir les feuilles d'aucune voiture publique. Il <mported« ne pas le perdro de vue. Il faut s'assurer s'il est encore à Paris. h faut ('crire au préfet du Puy-de-Dôme... »« Persat est arriv*^ à Ennezat dans les premiers jours d'août. Depuis lors il a fréquenté hnbitueliement M. Latour. son beau-frère, et un frùre qui habite cette commune ainsi (^u'un auljH} beau-frère, M. Bordes,, fermier de M. Chevanis qui habite à deux lieues d'Ennozat la commune do S'aint-Genest de Retz. Sa conduite est tranquille et ne donne Heu à aucune phdnte, (Annotation : « Faire dire à la gendarmerie « et au préfet de Seine-e(-Marne de ne plus le rechercher. »}