CHAPITRE VII M
• ne pouvais pas rester toujours à leur charge. Mes premières démarchés à Paris furent pour réclama mes cinq années arriérées de la Légion d'honneur qui me furent payées de suite par les soins et l'empressement que mettait M. Lebœux (1) à être utile aux légionnaires de l'Empire. Je dois dire aussi, à la louange du gouvernement 'de cette époque, qu'il n'exigea de moi, pour être payé de mon arriéré de la Légion d'honneur ,.que ma signature à la formule du serment des légionnaires, que je donnai sans restriction ni arrière-pensée (2). Je venais de toucher douze cent cinquante francs pour mes cinq années de la Légion d'honneur; d'autres rentrées aussi d'argent prêté à d'anciens camarades me mirent en position de m'acquittcr des dettes que j'avais contractées pendant mon exil, car:
Ami droit et sincère, il faut à ses amis, Garder fldèlement ce qu'on leur a promis.
Je rendis en conséquence les deux cents francs que le
(1) M. Lebœux est encore directeur des fonds et de la comptabilité de la Légion d'honneur; il a été nommé maître des requêtes.
(2) Voici la note concernant Persatqueje trouve à cette date à la paff« •124 du t. III du Livre noir dont il est question à la page 115 de ce volume t
« Le sieur Maurice Persat vient d'arriver à Pans.
c Je m'empresse de le signaler à M. Uinaux, et de lui rappeler qu'il doit être suivi avec le plus grand soin, à cause do la vivacité de son imagination et des écarts où elle pourrait l'entraîner. >
Réponse, — « Le sieur Maurice Persat est parti de Paris le 27 du mémo mois, en annonçant qu'il allait passer un jour, près de ses amis, à Fontainebleau, qu'il reviendrait passer encore deux jours à Paris, et qu'ensuite il f)artirait pour l'Auvergne, bien résolu après cela à ne jamais revenir dans a capitale, à cause des vexations qu'il prétend que l'autorité lui aurait fait éprouver.
• < Le sieur Persat n'a rien perdu de son incandescence et de l'exaltation de SCS opinions politiques. Il est fort dangereux, mais sous ce rapport seulement, et. dans le cas d'un coup de main. Il est '.sans instruction; nous la connaissons personnollcment pour tel depuis- 1814.
«Pendant le court séjour que Persat vient de faire à Paris, il n*a cessé da se rendre chaque jour dans lés bureaux du Ministère de la guerre pour y solliciter sa mise en activité dans l'armée, et dans ceux de la Chancellerie, pour y solliciter le paiement d'une certaine somme qui, disait-il, lui était due depuis quatre ans pour sa pçnsion de membre de la Légion d'honneufi somme qui lui a été comptée le 20 juillet, à trois heures, et le lendemain à sent heures du matin il est parti.
« Le sieur Persat est tellement connu, que les plus déterminés de son bord n'oseraient pas le hanter ostensiblement dans Paris, et nous ne lui avons vu aucune accointance. »
(Auj...)
sas MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT
bon Mahé de La Bourdonnais m'avait envoyés en Angleterre en 1824, les cinquante trancs à mon ami Francisque Lheurin, de Lyon, cent francs au commandant de Cordet, mon compatriote, et six cents francs à mes beaux-frères et à mon frère Tex-garde d'honneur sous l'Empire. Quant à mon digne compatriote Brajoux, il se prit à rire lorsque je lui fis l'offre du remboursement des quatre cents francs qu*il m'avait envoyés en Angleterre en 1824. « Gardez-les, me dit-il, vous en avez plus besoin que moi, et ne m'en parlez plus si vous voulez continuer à être mon ami », etc. J'avais écrit à Mme la baronne de Damas pour avoir des nouvelles de mon Adèle. Sa réponse fut très satisfaisante (1); cette digne dame me disait qu'étant la mère adoptive de l'orpheline que je lui avais confiée en. 1822, elle ne devait me la rendre légitimement que lorsqu'elle serait bien convaincue qu'Adèle pourrait être heureuse avec moi; et que, pour cela, il fallait des moyens d'existence que je n'avais pas pour moi-même, et plus encore, une tête calme et des garanties d'opinions que mes précédents ne permettaient pas d'admettre si promptement. Mme la baronne de Damas terminait sa lettre en m'inviiant à retourner dans ma famille. « Nous n'exigeons de vous, me disait cette généreuse dame, que six mois de oalme et de sagesse. Alors, nous vous rendrons Adèle, voire fille et une honorable position, afin que vous puissiez les rendre heureuses, ainsi que nous le désirons », etc. Je n'hésitai pas un seul instant au reçu de si bienveillantes promesses. Je retournai immédiatement dans mon village. J'y étais depuis trois mois, vivant dans la plus grande retraite, au sein de ma famille, lorsque mon ami Théodore Bouvier, ancien camarade du 4« lanciers, m'écri-
(1) Armand Carrel m'avait fait faire la connaissance du brave et loyal Dutronne. célèbre avocat patriote de cette époque. Cet excellent homme B*éUkii chargé d'écrire à Mme de Damas et de lui faire connaître que j'avais l'intention de m'adresser aux tribunaux. Mon ami Dutronne s'était mis en «ampagne pour avoir des renseignements sur Adèle. La lettre de Mme de Damas mit fin à nos recherches et poursuites judiciaires.