CHAPITRE VII SOS
vit de Valence, où il était alors percepteur. Ce vieil ami me prévenait que si je pouvais faire obtenir une autorisation pour une société de remplacement militaire, ma fortune était faite, mais il fallait pour cela la signature de M. le baron de Damas, alors ministre des affaires étrangères (1), et ce n'était pas chose facile, car le caractère de M. le baron de Damas est trop connu pour que j'en fasse ici tout l'éloge qu'il mérite. C'était un homme si consciencieux et si scrupuleux qu'il se refusa même, étant ministre de la guerre, à signer le brevet de chef d'escadrons de son frère, alors capitaine dans les grenadiers à cheval de la Garde royale, pour la seule raison qu'il n'était pas le plus ancien de son grade. MM. les duc, comte et marquis: Soult, Maison, Gérard, etc., n'ont pas été si scrupuleux à l'égard de leurs fils» neveux, cousins et amis.
Les espérances hasardeuses que me faisait entrevoir mon ami Bouvier me firent rompre mon ban convenu avec Mme la baronne de Damas et retardèrent mon union légitime avec Adèle jusqu'en 1831, car M. le baron de Damas fut justement irrité de la proposition qu'on osait lui faire de donner sa signature à un acte si peu en har*monie avec ses principes de probité; aussi, dès ce moment-là, il ne voulut plus entendre parler de moi. M. Vitrac (2), qui me portait le plus vif intérêt et qui avait bien voulu. être mon médiateur près de M. de Damas, fut chargé de cette désagréable et affligeante sentence. « Toutefois, me dit M. Vitrac, il vous faut de la patience maintenant, et beaucoup de modération. Tâchez de trouver un emploi et attendez tout du temps, car M. le baron de Damas peut revenir sur votre compte », etc.
(1) Le baron de Damas passa, en 1824, du ministère de la guerre à celui des affaires étrangères où il resta jusqu'au 4 Janvier 1828. Il mourut en 1862. * (O.S.)
(2) M. Vitrac avait été chirurgien-major du 9* dra{(oni. mon ancien régiment. Il était alors médecin en chef de la maison militaire du rois il a prifl sa retraite depuis les glorieuses journées de 1830.
Les sages conseils de M. Viirac me furent d'un salutaire effet, car, bien que les torts fussent de mon côté, je me serais probablement abandonné à un désir de vengeance qui ne pouvait manquer de tourner à mon désavantage par rapport à ma position politique. Dans cette circonstance, la plus poignante de ma. vie, j'avais besoin d'un ami et du séjour à la campagne; je fus assez heureux pour trouver ce qui me convenait; les amis ne m'ont jamais manqué, ainsi que je l'ai écrit souvent. Le brave Auguste Grenouillet, officier démissionnaire du 6* hussards de la Restauration, m'emmena à sa campagne, où je reçus pendant trois mois une hospitalité toute fraternelle; ce bon camarade m'a rendu d'autres services depuis; nous en parlerons (1).
Pendant mon séjour dans mon agréable retraite chez mon ami Grenouillet, d'autres amis pensaient à moi
(1) Le dossier de police de Maurice Persat aux Arch. Nat., contient trois documents relatifs à ce séjour de notre héros à la campagne i 1* Lettre ou 16 novembre 1827 de Maurice Persat i « ... Il me mande qu'il est à Choisyle-Roy chez un de ses amis. En écrire à M. Desauzillon pour qu*on sache bien prudemment et sans l'inquiéter d'aucune manière ce qu'il a fait. > — 2* Un rapport do gendarmerie du 6 décembre : « ... Persat vit chez un M. Auguste, ex>ofllcier de hussards. l\ a avec lui une concubine. » -— 3« Lettre do Maurice Persat. dé Ghoisy-le-Roy, du 13 novembre : ■ Je me sens sous la surveillance do l'a haute police. Je promets d'être sage >.
Au dossier de Maurice Persat au ministère de la guerre se trouve la formule du nouveau serment qu'il eut à signer à cotte époque. comme cheyalier de la Légion d'honneur. Voici la copie de ce document t
Formule de serment (Imprimée) :
■ Je jure d'être fidèle au Roi, à l'honneur et à la patrie; de révéler à l'instant tout ce qui pourrait venir à ma connaissance, et qui serait contraire au service de- Sa Majesté et au bien de l'Etat; de ne prendre aucun service et de ne recevoir aucune pension ni traitement d'un prince étranger, sans le consentement exprès de Sa Majosté; d'obsorver les lois, ordonnances et règlemens, et généralement faire tout ce qui est du devoir d'un brave et loyal chevalier de la Légion d'honneur. > A l'arii, la treize mars I8S8.
Signé : M. Pebsat.
(demeurait à Paris, rue Saint-Florentin, n^ 17). Son nouveau brevet de chevalier a été signé le 5 avril 1828.
Le dossier de police de Maurièe Persat aux Arch. Nat., contient encore pour cette annéa 1828 les documents suivants : l» Document du 18 juin élabli>sant qu'il loge 49, rue des Petites-Ecuries, et qu'il travaille en qualité de commis dans la maison d'aciers français et étrangers 8. Mîrio, 24, rue Richer (voy. p. 205). On n'a sur lui que des renseignements favorables; 2« Documents du 11 novembre 1828 au sujet d'une demande de passeport faite par Persat pour aller en Grèce.