CHAPITRE VII tOS
dans Paris, afin de me trouver une occupation quelconque.* J'avais rencontré dans Paris un ancien philhellène, nommé Guilbert, qui me fit faire la connaissance de deux bons Lyonnais, MM, Mirio et Bonnot, marchands de fer et d*acier. Ces deux estimables Lyonnais me reçurent amicalement dans leur maison, et j'aurais fini certainement par y faire de bonnes affaires sans l'expédition de la Morée (1).
M. du Martroy, ancien préfet du Puy-de-Dôme, qui se trouvait à Paris, eut la bonté d'appuyer la demande que j'adressai à M. le vicomte de Champagny, alors directeur de la guerre, afin d'obtenir l'autorisation de faire partie de l'expédition, en qualité dé simple volontaire. Ce n'était certainement pas par amour pour les Grecs que je demandais à partir avec l'expédition, mais bieii seulement pour me faire réintégrer dans les cadres de l'armée. M. de Champagny me répondit ce qui suit:
Parii. ce 16 août 182$.
« Monsieur,
« J'ai parlé eh votre faveur au ministre de la guerre. Son Excellence a manifesté l'intention formelle de n'autoriser le départ d'aucun volontaire à la suite de l'expé-
(1) Après les premiers succès des Orecs, U Tlctoiro était revenue aux Turcs. Aprèé U prise de l*Acropole par ces derniers en juin 1827. U ne restait plus aux insurgés que quelques forts, sans munitions, ni pain, ni arftent. Alors les gouvernements d'Angleterre, de Russie et de France se décidèrent à intervenir. Ils voulaient seulement intimider le Sultan pour l'obliger à donner aux Grecï une administration autonome; leurs flottes n'allèrent en Orète que pour en faire partir l^rmée d'Ibrahim. Mais la bataille de Nà* varin, survenue le '20 octobre 1827, contre la volonté des gouvernements, les obligea à intervenir plus activement. L'expédition française de Morée fut décidée. Le corps expéditionnaire de douze mille hommes, sous le lieu* tenant général marquis Maison, débarqua dans le golfe de Coron h la fln d'août et en septembre 1828. Dès les premiers jours d'octobre, Ibrahim Pacha et son armée s'embarquaient k Navarin et évacuaient la Morée. L'armée française, décimée par les maladies, occupa les places de Navarin» Modon et Coron. Patras capitula le 7 octobre. Le 30 octobre, le chftteau de Morée, bombardé, capitula également. Après la signature du protocole du 22 mars 1829 qui assurait l'indépendance de la Grèce sous une dynastie chrétienne héréditaire et portait sns limites lusqu'à.la ligne qui sépare les golfes d'Arta et de Volo, l'armée française se réembarqua pour la France dans le courant des mois d'avril et de mai. (O. S.)
tut MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT
I dition. Je regrette, Monsieur, de me trouver dans Pimpo»- I sibilité de vous faire obtenir ce que vous désirez, «c J'ai l'honneur, etc.
« Signé : Vicomte de Champagny. »
La réponse de M. le vicomte de Champagny ne me rebuta point. Je me décidai à suivre l'expédition en amateur. J'écrivis au brave colonel Sourd (1), sous les ordres duquel j'avais servi en 1815, qui m'envoya une lettre de recommandation pour M. de Faudoas, alors colonel du 3* régiment de chasseurs à cheval (2)» Ce régiment faisait partie de l'expédition. Je me rendis à Marseille et m'y embarquai à bord d'un navire suédois, nolisé pour le compte du gouvernement français. Nous mîmes à la voile quelques jours après l'expédition, mais notre navire ayant été rasé comme un ponton dans une horrible tempête, près dû cap Passero entre la Sicile et l'île de Malte, nous fûmes forcés d'aller relâcher à La Valette, capitale de l'Ile de Malte, après être restés quinze jours entre la vie et la mort. Cette tempête avait forcé plusieurs navires, nolisés aussi par le gouvernement français, à relâcher à La Valette. M. Miège, consul de France, eut la bonté de me faire donner passage sur l'un d'eux, qui me débarqua à Navarin. Tout était terminé en Morée. Les Egyptiens s'embarquaient pour retourner en Egypte. Le château de Morée, près de Patras, fut le seul qui osa braver nos coups de canon (3), et ce fut là toute la gloire de nos
(1) V. la note 2 de la pag« 15.
(2) FaudoQs-Barbazan (le colonel Paul-Ru((^ne. marauis do), né à Saint- Doininguo. 17 avril 17<^8: aide de camp puis oflflcicr a*ordonnance de Savary de 1807 à 1811. Successivement colonel du 3* lanciers et du 25« chasseurs en 1813. Commande le 0» chasseurs pendant les Cent>Jour^. Bn non-activité de 1815 à 1823. Colonel du 3* chasseurs, 30 juillet 1823. Maréchal de camp, 22 février 1829. Lieutenant général. 24 août 1838. Décédé à Bordeaux, en 184%. Commandeur de la lié);ion d*honneur,.1t) novembre 1832. (0. S.)
(3) Pendant ce siAge, les Français no perdirent que quelques soldats tués ou blossrs. Les deux mille bravos que nous avons laissés en Grèce y sont morts do misère, faulc do soins, etc., etc. — V. la note de la page précédente.