‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 93 sur 165 · CHAPITRE VII W · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII W

braves soldats qui s^attendaient à une plus brillante campagne, mais en Grèce» comme en Espagne en 1823, à Ancône et en Belgique en 1831 et 1832, ces démonstrations belliqueuses par les Bourbons aînés et cadets n'étaient pas dictées par un sentiment de nationalité, mais bien seulement par un esprit de conservation et d'intérêt personnel; aussi quelle gloire et quels avantages la France en a-t-elle retirés? Deux cents millions de sacrifiés en Espagne et desquels la France ne retirera pas autre chose que la guerre civile pour ces malheureux Espagnols, qui finira faute de combattants. En Grèce, la France a déjà déboursé pour ce pauvre pays environ soixante-dix millions, tout compris'; elle en déboursera encore, car dans ces prêts d'amis, il y a toujours dos tripotages, au profit du gouvernement et do quelques ministres. J'en parle avec assurance^ et j'en ferai connaître les motifs plus tard. Quant à la gloire que la France a recueillie en Grèce, M. le marquis Maison pourrait, lui seul, nous la faire connaître. Qu'il nous dise comment il a pu perdre près de deux mille hommes, sans tirer un coup de fusil, sur quinze mille braves soldats qu'on lui avait confiés? On peut dire du marquis Maison, qu'il a fait une campagne de trop pour sa vieille gloire de l'Empire. Je garantis aussi que la France n'a pas un seul para, un centime, à espérer des Grecs sur les soixante-dix millions qu^elle a dépensés pour les rendre plus esclaves aujourd'hui sous l'imberbe Bavarois Othon que du temps des Turcs.

On sait que M. le marquis Maison fut nommé maréchal de France (1) pour ses anciens et nouveaux services en Grèce et il fut en même temps baptisé par son armée du

titre de marquis Butor (historique). Il est certain que

(t) Une fourmili^ro d'ofllciers d*état-iraior, d*oflicierf d'ordonnance, etc.,

aui ne flrent qu'aller et venir de la Franre en Ortee. revinrent chamarrée e croix et d'épaulettes nouvelles. Quelc ues récompensca furent aussi données- à Tarmée, mais presque toutes à des favoris ou créatures dos gêné* raux, etc.

SOS MEMOIRES DU COUMÀNDÀNT PER8ÀT

M. Maison a fait là tine bien malheureuse campagne sous tous les rapports. Je reviendrai sur l'expédition d'Ancône en temps et lieu.

La campagne de la Grèce étant terminée, toutes mes espérances d'être réintégré dans l'armée s'évanouirent. Je me rendis néanmoins au quartier général à Modon, afin d'y voir le colonel de Faudoas qui m'accueillit très bien et qui me laissa encore quelques espérances, car il parait que M. le maréchal Maison avait demandé l'autorisation au gouvernement français de pousser jusqu'à Athènes, afin d'en chasser les Turcs, mais le gouvernement de Charles X était aux ordres de la Sainte-Alliance de même que le nôtre aujourd'hui, de sorte que la division expéditionnaire rentra en France sauf une brigade commandée par M. Schneider (1), qui fut réclamée par le comte Capodistrias, afin de contenir le peuple grec, et pour l'asservir au despotisime russe.

J'avais rencontré à Modon un ancien grenadier à pied de la garde impériale, le brave Laborde, devenu capitaine au 8* de ligne. Ce vieux frère d'armes m'avait invité à dîner, et nous étions à table, lorsqu'un maréchal des logis de la gendarmerie de Modon vint me signifier l'ordre de me rendre chez le commandant de la place. Je m'y rendis, et, sur la présentation de mon passeport, parfaitement en règle, ce commandant me dit que je pouvais me retirer. Voulant connaître les motifs de cette sommation du commandant de la place, je lui en demandai l'explication, et j'appris de cet oflicier que c'était par ordresupérieur do M. le marquis Maison, qui passait alors pour un libéral. Erreur authentique aujourd'hui, car M. le marquis Maison s'est assez bien fait connaître en opinions monarchiques pour que je m'abstienne ici d'en faire un sujet de biographie.

(I). Antoine- Virgile Schneider, chevalier de l'Empire, inscrit sur l'Arc de l'Etoile, plus tard maréchal de camp, commandant la troisième bril^ade du corps expéditionnaire de Morée. W.lSabretache, t. n,|p. 332-334. (O.S.) •" . " .

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