‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 95 sur 165 · CHAPITRE VII tu · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII tu

expéditionnaire et M. le colonel Jucherau de Saint-Denis (1) chef des interprètes, obtinrent l'ordre de mon embarquement à bord du vabseau le Superbe. Ce beau navire avait un bataillon du 2* léger, qui faisait partie de la brigade du général Poret de Morvan; ce général avait eu la bonté de m'offrir sa table et une place dans sa tente pendant toute la campagne.

Si l'armée de terre était commandée par un général peu populaire en France, il n'en était pas de môme de l'armée navale; oh se rappelle qu'elle était commandée par le brave et patriote Duperré, nom bien plus connu encore par les Anglais qu'en France, car c'est en partie par des marins anglais que j'ai appris avec joie les brillants faits d'armes de cet illustre amiral (2).

Je me suis trop restreint jusqu'à ce moment pour entrer dans des détaib sur notre brillante campagne de 1830; toutefois, je peux aflirmer que depuis nos mémorables campagnes de la République et de l'Empire, l'expédition d'Alger est la seule digne de nos braves soldats et de la France (3). Cependant, je ne dirai pas, moi, modeste capitaine de cavalerie, que c'est là le plus beau fait d'armes que j'aie vu dans mes précédentes campagnes» Si M. le maréchal Valée avait fait cette campagne, il aurait été sans doute plus modeste dans ses-rapports sur l'assaut de Constantine. En résumé, dans la campagne de 1830, quelques généraux et ofliciers supérieurs se distinguèrent; les officiers subalternes y firent généralement tout leur devoir,

(1) v. p. JIO.

(2) Victor Guy, baron Duperré, né à la Rochelle «n 1775, rontre-arolral et baron de 1* Empire pour ses glorieux services, vice-amiral en 1B26, commanda en chef la flotte de Texpédition d*Al(;f»r, amiral, pair de France et trois fois ministre de la marine sous la monarchie de JuHlet, mort le ) no* vombre 1840. (G. A.)

(3) La superbe flotte française de près de sept cents bAtiments de guvre ou afTrétés. emportant une Armée de près de quarante mille hommes souf le commandement en chef du lieutenant général comte de Bourmoht. mit à la voile de Toulon du 25 au 27 mai 1830. I^e débarquement commença le 1'» juin. Is 19 eut lieu la bataille de StaouAli. T/invostisàement de la ville

. d* Alger eut lieu peu après. \a 5 Juillet, Tarmée française victorieuse entrait dans Alger qui avait capitulé dani la .matinée. (0. S.)

quant aux 80us*ofnciers et soldats, ils y furent admirables. , Nos braves marins, sous les ordres de leur illustre chef j Duperré, rivalisèrent de courage et de dévouement avec , l'armée de terre; eux aussi méritent bien de la patrie. , En ma qualité de simple volontaire, je me permettrai \ de dire que je fis de même mon devoir et si un honteux I calomniateur disait le contraire, je n'aurais qu'à en appeler au témoignage du brave et loyal général Berthezène, commandant de la l** division, à celui aussi du vaillant général Achard, chef de la 2* brigade de la l'^ division, ainsi qu'au bouillant La Hitte (1), commandant en chef de l'artillerie légère. En résumé, les braves des 2« et 4« légers et du 3* de ligne, formant là brigade du général Poret de Morvan(2), certifieraient qu'ils m'ont constamment trouvé dans leurs rangs, à tous les coups de fusil qu'ils ont tirés • contre l'ennemi; ils n'ont pas oublié que je suis entré le premier dans la première batterie ennemie et que c'est encore moi qui y menai une compagnie du 3* de ligne, afin d'en prendre possession, d'après les ordres du général Berthezène. Je me fais un plaisir de dire ici que M. Charles de Bourmont, l'un des fils, du général en chef, était à la prise do cette batterie et qu'il y montra une belle valeur qu'il a conservée pendant toute la campagne (3). On se rappelle qu'un autre fils du général en chef fut mortellement blessé le 24 juin, le jeune et brave Amédée, que toute l'armée regretta vivement (4). J'aurais bien des braves à signaler ici et ce serait peut-être un devoir national, mais je me borne à ne citer que MM. Molin, alors chef d'escadrons

<1) Jeaji'Ernest Ducos, maréchal de camp, vicomte de la Hitte, né à Bes* »iérea (Tarn) en 1789. Se disUngrua en Espagne, en Grèce, en Algérie; ministre des aiïaires étrangères en 1849; sénateur de l'Empiré: mort en 1378. (0. S.)

(2) Ce brave général do TEmpire est mort de chagrin de voir nommer tieu tenant général à son détriment le fameux Denis do Damrémont. duquel ia vais parler.

C3) ^^ lieutenant Charles de Bourmont, semblable à ses frères, se signala sariTii les plus braves (G. Si),

{4> Le lieutenant Amédée de Bourmont fut tué glorieusement à la tête |0 ses grenadiers, au combat de Sidi-Khalef (G. S.). • w-

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d*artQIerie légère, le brave colonel Rouaeel, du 3* de ligne, H4no, lieutenant d'artillerie; le capitaine Bocquet, aide de camp du général Porct de Morvan, le capitaine Gallois enfin, volontaire, et attaché comme moi, au général Poret de Morvan.

J'ai cité un bien petit nombre de nos braves de 1830 en Afrique; j'en ai du regret, mais j'en éprouve bien davantage de ne pouvoir pas signaler tous les intrigants et les pillards de cette époque. La condamnation du sieur Flandin (1), ex-sous-intendant, m'impose un sévère silence; néanmoins, je dirai et certifierai que la Casanbah (2) a été livrée au plus honteux pillage pendant huit jours consécutifs, mais je ne nommerai pas les pillards, quoique je les connaisse fort bien; ayant en effet goûté assez souvent les prisons royales, je n'ai nulle envie d'y retourner. On a beaucoup écrit sur ce pillage; M. le colonel Jucherau de Saint-Denis a avoué qu'il n'avait consisté qu'en bagages, guenilles,, etc., et moi, je répondrai à M. Jucherau, que si l'on a toléré ce petit pillage, ce n'était que pour Couvrir le grand, celui du tr^or, car les grands pillards raisonnaient ainsi : « Laissons enlever le butin de la Casanbah, afin de tromper et mettre en défaut nos accusateurs, etc. »

D'après les rapports bienveillants que MM. les généraux Berlhezène et Poret de Morvan avaient faits sur ma conduite dans la campagne, M. le général en chef me fit appeler et me dit: « Vous avez honorablement . réparé vos torts envers les Bourbons; il est de mon devoir de réparer leurs erreurs envers vous; je vais vous faire réintégrer sur les cadres de l'armée; voire demi-solde vous sera rappelée depuis 1817, et vous toucherez aussi votre part de l'arriéré de la Légion d'honneur; êtes-vous content? »

(1) M. Flandin aVait accusé MM. Firino, payeur uréiréral de l'année. Ser* met et le général Tholozé d*avoir autorisé le pillage du Trésor; 11 a été condamné à un an do prison, trois mille frnncs d'amende et six miHe francs de dommages et intérêts envers les accusés qbe.je n'accuse pat, moi» bien entendu.

(2) On écrit aujourd'hui « la Kasbah >. (0. S.)

En attendant ma réintégration officielle, le général en chef me nomma adjudant de place à Bône, avec deux cents francs d'appointements, les vivres de campagne, fourrages, etc. La brigade du fameux Denis de Damrémont (1) fut désignée pour l'expédition dirigée sur Bône; elle se composait des 6^ et 49<» dé ligne, d'une batterie d'artillerie, une compagnie du génie, etc. Ces troupes furent embarquées le 26 juillet sur le vaisseau le Superbe (2), la frégate tHerminUf etc., et, le 30, l'escadre mouilla devant Bône. Les habitants de cette ville s'étaient déclarés pour nous, aussi n'y eut-il pas une seule amorce de brûlée pendant les premiers jours de notre occupation. Ce ne fut que le 3 août qu'un de nos soldats fut assassiné par les Kabyles. Depuis ce jour-là jusqu'à notre évacuation, la brigade fut nuit et jour continuellement sous les armes (3). Dans les combats meurtriers qui se succédèrent, le chef d'escadron d'artillerie Faucault se distingua particulièrement; ce brave ofllcier fut blessé grièvement à un bras; le capitaine du génie Donzièrcs (4), oflicier d'un grand mérite, fut également blessé à l'épaule; le capitaine Renaud, du 49^ fit une brillante défense dans l'une de nos redoutes, attaquée pendant, la nuit par un grand nombre de Kabyles, qui furent repoussés dans leurs diftérentt^s attaques et qui perdirent un bon nombre des leurs; le jeune de McaUpou, lieutenant du corps royal d'état-major, se montra bien dans tous hos combats à Bône; ce brave officier donna sa démission aussitôt que nous eûmes cônnaissanûp de là Révolution des trois journées. Cette nouvelle fut un coup de foudre pour -M. Denis

(1) Damrémont (Charles-MArie- Denis comte de), né en 1783. colonel en 1814, suivit lii>uiii XVII I à Oand* devint siicces«ivement maréchal d«* camp (18?l), lieutenant général (1830), pair de Franco (1835). nommé en 1837 jfouvcrnour de rAlgéri*». commanda en chef Texpéditioli contre Constantine et y trouva une mort glorieuse le 12 octobre de cette môme année. (0. S.)

(2) Vaisseau armé en fliHe. La flotte était sous les ordres du contre-amiral do Rosamel; les troupes do débarquement étaient sous les ordres du général do Damrémont.

(3) V. le détail de ces événementu meurtriers dans l^ Camifaghf» de la Be^tati ration, de R. Bkttard des Pobtks, IV partie, chap. XVJ. (O. S.)

(4) M. R^ Bittard des Porte» écrit « d*Ouxières >. (O. S.)

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