CHAPITRE VU 2lt
m'avait donné sa parole d'honneur que* je n'aurais pas de service sous le gouvernement de Son Altesse Royale M. le duc de Bordeaux, par la raison que ces messieurs étaient convaincus que la révolution de 1830 ne serait qu'une répétition des Cent-Jours, aussi les trois-quarts des carlistes, qui avaient donné d'abord leur démission, s'empressèrent-ils de la retirer lorsque le général Clause! vint remplacer le maréchal Bourmont à la tête do l'armée d'Algérie. J*ai entendu dire par ce dernier, à des ofliciers démissionnaires : « Messieurs, Sa Majesté Lôuia-Philippe ne m'envoie pas ici pour recevoir des démissions ni pour destituer qui que ce soit; au contraire, j'apporte des nominations et des croix pour les braves qui se sont distingués dans la campagne d'Afrique. Restez avec nous. Messieurs, vous n'aurez pas ù vous plaindre du gouvernement du roi, etc. » Le général Clausel disait vrai, car M. do Damrémont fut nommé immédiatement lieutenant-général, au détriment de cent cinquante généraux do brigade de l'Empire, dont le plus médiocre avait certainement plus de mérite militaire que M. de Damrémont. Le brave général Porct de Morvan n'était-il pas aussi plus méritant que M. de Damrémont? Mais ce dernier avait été un des favoris du duc d'Angoulême; il devait l'être aussi du grand-duc d'Orléans!
Lorsque le marécHal Gérard signa cette nomination, la main ne lui trembla-t-cUe pas! car ce maréchal devait sans doute se .rappeler que M. de Damrémont, étant, en 1814, colonel et aide de camp de Marmont, rédigea et signa la capitulation de ce maréchal, conjointement avec son collègue, le fameux colonel Fabvicr qui^ tous les doux, allèrent la présenter aux souverains alliés, les ennemis de leur ex-patrie.
Je dois rendre justice au général Clausel que, tout en observant les ordres de Louis-Philippe, vis-à-vis des légitimistes, il se comporta bien aussi envers les ofliciers' de Tancienne armée; il m'engagea beaucoup à rester près de
m MÉMOIRES DU COMMANDANT PERSAT
1 lui en mo promotiant de me faire réintégrer de suite dans mon grade de capitaine, etc., mais j'étais trop inquiet sur , le sort d'Adèle, car j'avais appris que le vertueux et fidèle , baron de Damas avait suivi la Famille Royale dans son , exil. Je me décidai à rentrer en France; je passai à bord du , bateau à vapeur le Nageur , commandé par un de mes anciens amis, le capitaine Louvrier(l).Aborddecebateau, se trouvait le jeune lieutenant d'état-major, Napoléon Duchâtel, qui était déjà très chaud philippiste. Le , capitaine Louvrier était alors aussi légitimiste que nous philippistes. Noiis avions encore plusieurs oïïiciers démissionnaires légitimistes contre lesquels il me fallut lutter en débats politiques. Dans cette circonstance, M. Napoléon Duchâtel se montra digne de la croix d'honneur de Louis-Philippe, du grade de capitaine, de maître des requêtes, et du titre de préfet, en attendant mieux, sans nul doute. M. Napoléon Duchâtel ne fut pas lé seul qui abandonna César pour Pompée. D'une centaine d'ofliciers d'étai-major et d'ofiiciers d'ordonnance de tous gradues, à peine une douzaine suivirent-ils la mauvaise fortune des Bourbons aînés; nous, vieux et fidèles soldats de l'Empire, nous ne pouvions pas leur en faire un crime après avoir
(I) Le dossier de Maurice Persat au miniatéra de la Qaerra contient le certificat dont voici la copie t
« Ai. Persat (Maurice), ancien lieutenant de c^iyalerie, a servi comme volontaire dans rarnrée expéditionnaire d*Arrique depuis le débarquement des troupes jusou'à la prise d*AIgor. D*après les rapports de M.- le lieutenant général Berlhezône et le. maréchal de camp Porêt de Morvan, M. Persat a constamipént combattu au milieu des tirailleurs et a donné Texemple de la plus grande bravoure.
« Après la prise d* Alger, M. Persat a été envoyé à B6ne où il a servi comme adjudant de place sous les ordres de M. le maréchal de camp Denis Damrémont. D'après les rapports de ce général, il &*est rendu utile par son zèle et il a montré beaucoup de bravoure dans les nombreuses attaques de l'ennemi contre les retrancnements de cette place.
« M. Persat a tait la campagne depuis le débarquement de Sidi-Ferruch Jusqu'à la prise d*AIger sans recevoir ni solde, ni vivres. Le commandant en cnef de Tarmée, ayant égard à tous les rapports au*îl a reçus en- faveur d« M. Persat, a recommandé cet officier le 24 juillet dernier au ministre de la guerre pour être réintégré dans son grade de lieutenant dé cavalerie. « Fait à Alger le 8 septembre 1830. .
« Le lieutenant général chef d*Etat- major général.
« Signé : H. R. DSLORT. • (Arch. Adm. Guerre). (0. S.)