CHAPITRE VU ttS
•upporté oourogousomont quinso années d*oxil ou do proaoription pour notre cause qui valait et qui vaut mieux toujours que la leur et que, surtout, celle de leurs cadets.
De retour à Paris, mes premières démarches furent pour Adèle et ma fille. J'écrivis de suite à Mme la baronne de Damas qui m'adressa au vénérable abbé Desjardins, grand vicaire de Notre-Dame. Ce vertueux ecclésiastique avait eu de rudes épreuves à subir pendant les trois journées; cependant, son caractère de paix n*étalt point changé; il me donna de bonnes nouvelles d*Adèle et de ma fille, et me témoigna sa satisfaction de me trouver toujours disposé à remplir des devoirs sacrés pour moi. Ce digne abbé me donna une lettre pour le vénérable archevêque de Bordeaux, M. de Cheverus (1), sous la protection duquel Adèle avait été placée. Mon intention était de me rendre immédiatement à Bordeaux, mais le bon abbé Desjardins m'ayant engagé à ne pas perdre de temps pour me faire employer, je restai à Paris jusqu'au mois de décembre.
Nous étions sur. la fin de novembre et Paris était encore encombré d'officiers de tous grades et de postulants civils. Cette époque me rappela celle du mois de mars 1815, à deux exceptions près cependant : la première est qu'en 1815 la France avait de nouveau à sa tête le Grand Homme, l'ami du peuple et de l'armée et l'ennemi irréconciliable des rois de la sainte alliance; la seconde est que lesquinzo ou vingt mille ofiiciers qui s'étaient rendus à Paris en partirent do suite pour aller combattre les Anglais, Prussiens, etc., tandis qu'en 1830, le chef, étranger à l'ancienne gloire de la France, que deux cent vingt et un Français avaient osé élire roi des Français, sans consulter la nation, était aussi peu connu du peuple que de l'armée et, que parmi les qua-
(1) Cheverus (Je«n-I<outs-Anne-MadeIeine Lefebvre de).' cardinal. arcli*> v^que de Bordeaux, né ert 17A8. curé de Mayenne en 1790.. refusa le serment; émigré en Angleterre, puis en Amérique durant la Révolution. rappelA en France par la Restauration, évoque de Montauban en 1823. arrhevéquo de Bordeaux en 1826, célèbre par ses vertus et son. immense charité, carainal le 1** février 1836, mon la même année. (0. 8.)'
rante ou cinquante mille solliciteurs qui obstruaient tous les ministères, il j en avait au moins la moitié qui s'étaient dégradés et corrompus pendant les quinze années de la Restauration, aussi les vîmes-nous se fourvoyer dans les bureaux ministériels et dans ceux du Palais-Royal, afin d'attraper deux ou trois grades en sus de ceux qu'ils avaient obtenus de l'Empereur ou des Bourbons, qu'ils avaient. trahis, et puis aller et revenir à la commission des récompenses nationales pour y remplir leurs poches d'or et d'argent; malheureux! venez encore vous vanter de votre amour pour la cause de la liberté, vous qui servez aujourd'hui avec dévouement le gouvernement à bon marché et la Charte Vérité. J'avais bien vu sortir et enlever des caisses d'or et d'argent do la Casanbah d'Alger, mais le tout n'avait fait que me passer devant le nez. J'étais arrivé à Paris avec dix francs dans la poche. Les treize années de demi-solde et mon arriéré de la Légion d'honneur que M. le maréchal Boûrmont voulait me faire payer, je les réclamai en vain. Le tout m'est encore dû et Dieu sait quand j'en serai payé. Ce fut pour moi un commencement de désenchantement philippiste. Mon loyal et digne ami, Armand Carrel, m'ouvrit encore les cordons de sa bourse^ légère alors; et je confesse ici que c'est par ses honorables conseils que j'évitai l'humiliation d'aller réclamer ma bonne part de ces prétendues récompenses nationales qu'un tas d'intrigants se sont partagées.
. J'avais vu le maréchal Soult qui, m'ayant donné sa parole de me réintégrer de suite dans le grade de capitaine, m'engagea à joindre le 17* chasseurs avec un brevet de lieutenant. Comme ce régiment se trouvait à Auch, je partis pour Bordeaux, car c'était la route que je devais tenir pour cette destination. A mon arrivée dans cette ville, je courus chez l'archevêque, M. de Cheverus. Ce vénérable prélat, sur mes pressantes sollicitations, envoya chercher Adèle, qui avait été placée au couvent du Sacré- Cœur, par les soins de sa généreuse marraine, Mme la ba-