‹ Mémoires du commandant Persat, 1806 à 1844Chapitre 99 sur 165 · CHAPITRE VII Sn · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII Sn

ronne de Damas. Adèle ne se fit pas attendre. Le bon et tolérant archevêque nous permit, en sa présence, de nous abandonner à toutes les émotions que nos cœurs ressentaient. Nous suppliâmes, Adèle et moi, rarchevêque de nous unir de suite, mais sa tolérance n^alla pas jusque-là. « Allons, mes enfants, nous dit le digne archevêque, vous avez souffert et bien langu\. depuis huit ans, ayez encore quinze jours de patience et je bénirai votre union, etc. » Il fallut nous séparer encore une fois; Adèle, escortée de deux religieuses (1), retourna à son couvent, et moi, je me rendis à Auch, afin de m^adrcsser immédiatement au ministre do la guerre, pour Tautorisation indispensable pour mon mariage. Le bravo colonel Marceau, qui commandait lo !?• depuis la révolution do 1830, écrivit une lettre pressante au ministre delà guerre; (2)rarchevêqueavfirit écrit de

(1) Ces bonnes sœurs avaient un si grand attanhement pour ma femroa tiu'elles me supplièrent do4eur confier ma fllle. afin de les consoler de la perte fie leur bien-atmée Adôle. Nous nous rendîmes avec plaisir au désir de ces pieuses dames, bien convaincus que notre enfant serait en do bonnes mains.

(2) Le dossier de Maurice Persat au ministère de la guerre contient la lettre de lui dont voici la copie t

Auch, Il janvier lUt.

A Monaieur Marceau, lieutenanUcolonel du 17* ehasseun.

Mon colonel, étant au service des Qrecs enM 822. Je fus assez heureux pour sauver la vie à une ieune Turque au milieu dti massacre général des habitants turcs de la ville de Tripoli Ua. Je ramenai cette infortunée en France avec rintention de l*épouser; mais,- forcé de quitter la Franco pour cause d*opinion8 politiques. Je me suis trouvé sébaré d'elle pondant six longues anné 'S. Mamtcnant, libre comme tous les Français sous le règne constitutionnel d*un Roi citoyen et rentré dans les rangs de.Tarmée nationale, ma situation se trouve en harmonie avec les sentiments de mon cœur qui ont toujours été les mêmes à l'égard de cette intéressante femme que Je veux épouser afin de légitimer aussi une fille que J*ai eue avec elle.

J*ai rhonneur de vous prévenir, mon colonel, que Mme la baronne de Damas, qui est la marraine de ma future, s'engage par le contrat de mariage à lui assurer une pension de 1 200 francs en rentes viagères. Adèle, oui est le nom de ma femme..., a été baptisée à Marseille en 1823 sous tes prénoms d'Angélique- Adélaïde-Charlotte; son père, massacré par les Grecs ainsi que sa more, se nommait Allili Oiliatopoulo. Sa mère Adaidjé. Adèle est dans un couvent à Bordeaux sous la protection de M* l'archevêque de cette ville...

J'ai l'honneur, etc«

Signi: Maurice PmaAT,

Légionnaire et lirutenant au 17* chaeeeure*

Le 31 Janvier 1831. le général commandant la 10* division militaire à Tott« louse accusait réception, au minbtre, de rautorisation. (Arch. Adm. Guerre). (G. S.)

S2S UÉM0IRE8 DU COMMANDAIfT PERSAT

son côté, de sorte que le 12 février 1831 j*étais heureux! Adèle portait mon nom, ainsi que ma fille. Quelques jours après, je reçus mon brevet de capitaine pour le 14® chasseurs, qui s'organisait à Tours. Parmi cette fourmilière de hauts et petits conspirateurs sous la Restauration, une grande partie n'était composée, comme je l'ai dit, que d'intrigants éhontés et criblés de dettes ou d'hommes ambitieux de croix et d'avancement, mais il est juste de dire aussi qu'il y avait beaucoup d'hommes purs en opinions et en probité, que des considérations de famille ou de position sociale ont maintenus dans leurs emplois civils et militaires, etc., sans renier leurs anciens amis. Je me fais un plaisir de citer ici mon ami Gauja, qui était alors préfet du département de l'Ariègc et qui m'envoya cent francs à Auch, où j'étais arrivé sans le sol. Il est bon de dire, dans l'intérêt de ce digne amî, que j'étais encore philippiste à cette époque. Adèle s'était unie à moi sans avoir obtenu le consentement de Mme de Damas, tant cette estimable famille avait de préventions contre moi, soit à cause de mes opinions ou à cause des rapports de cette infâme police; aussi la marraine d'Adèle s'était-elle bornée pour le moment à ne payer que les frais de notre mariage et le voyage de notre fille de Marseille à Bordeaux, de sorte qu'en arrivant à Tours, nous avions cent cinquante francs pour tout avoir, et il me fallait au moins trois mille francs pour me monter et m'équipcr, mais j'avais toujours <]e bons amis prêts à m'obligcr. Ma famille m'envoya six cents francs; le bon papa Brajoux m'avança deux années de mon traitement de la Légion d'honneur et Adèle trouva aussi une tendre amie de couvent qui lui prêta cinq cents francs! Cette excellente femme m'a défendu de la nommer, à mon grand regret, car je' suis très partisan de cette maxime philosophique : j^

Le premier des plaisirs et la plus grande gloire

Est de répandre des bienfaits;

Si vous en recevez, publiez-les à jamais;

Si vous en répandez, perdez-en la mémoire.

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