‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 10 sur 95 · CHAPITRE XXIII. 2D · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. 2D

comtûuns en France, sont -ils assez fréquens en Angleterre ? Ne s'en présente-t-il point deux raisons valables? la première, que nos voisins faisaient moins de cas que nous du hasard de la naissance ; la seconde , que , plus délicats que nous sur ce qui suivait le mariage, ils Tétaient moins sur ce qu'il l'avait précédé. Ce sont deux opinions qui peuvent toutes deux se défendre , quoiqu'elles soient moins du domaine des préjugés que de celui du sentiment.... Pour moi , j'avoue que. j'aimerais assez à mettre à mal la femme de mon voisin , mais que j'aimerais beaucoup que la mienne arrivât chaste dans mon lit, et qu'elle vécût ensuite irréprochable dans ma maison. Je confesse encore qu'entre les deux maux je préférerais le moindre : il serait pour moi dans le choix d'une femme qui se conduirait mal après m'avoir épousé : car enfin, dans cette hypothèse, ses fautes sont indépendantes de ma volonté, et je n'ai pu les prévoir. Dans l'autre cas, je m'associe de gaîté de cœur à sa honte, et brave le déshonneur du passé et de l'avenir. Qui osera décrier le célibat , le célibat qui échappe à cette alternative, et préserve des dangers de cette question ? Hélas ! il y a, malheureusement, trop d'armes contre lui, indépendamment des reproches que peut lui faire le corps . politique : il rend la vie pesante, et la mort amère. Enfans des femmes, jeunes, laissez-

!l6 MEMOIRES DE TILLT.

VOUS plutôt tromper par elles, afin que, vieux,, vous soyez consolés par leurs soins. Leur voix n'est plus trompeuse, quand leurs cheveux ont blanchi , et leur débile main est encore un appui : aux avenues de la mort , l'homme , courbé sous le poids des ans, chancelé; la femme est moins affaiblie, parce qu'elle a dépensé moins de force : au bout de la route elle relève le cooipagnon de son voyage.

Je me remarierai.

Mais un point où les Anglais sont incontestablement d'une grande sagesse, est l'article des courtisanes. Aucune d'elles n'étale dans Londres ce luxe qui scandalise souvent tout Paris. Aucune d'elles n'y tient une maison bâtie des ruines de celles de vingt imbécilles qui, tandis que ces dames s'agitent sur des lits dorés, reposeraient dans la rue , si leurs créanciers ne la leur avaient pas interdite. Aucune d'elles, roulant dans un char de triomphe, ne vient s'asseoir, étincelante des diamans de la prostitution , aux premiers rangs de leurs théâtres, y offenser la morale publique, alarmer la mère de famille, et raconter dans un silence expressif, à sa fille , qu'il est un vice mieux payé que toutes les vertus. On peut, autant qu'en aucune ville du monde, acheter Pamour tout f ait khondres ; mais aucune de celles

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