‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 9 sur 95 · CHAPITRE XXIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIl

mentané- Cécilia le sut , et fit mieux que de que* relier : elle se vengea. Rien ne prépare si mal à la sagesse que d'avoir commencé par être violée. Elle fut plus loin : elle le quitta pour un homme considérable qui pouvait tout pour son bonheur, et qui l'eût fait , si elle n'eut pas retourné brusquement à son légiste , dont il fallait apparemment qu'elle se séparât pour l'aimer. Elle se refroidissait lorsqu'ils vinrent maritalement dîner chez C** , jadis colonel en France dans la brigade irlandaise. J'étais de ce festin; et, après l'avoir beaucoup regardée ^ je lui dis que je l'aimerais ; elle m'assura qu'elle daignerait me le rendre :*à huit ou dix jours de là elle me lé dit avec la bouche, et peu de temps après avec son amour. Il en résulta une pastorale très-animée : les bergers du Lignon n'y faisaient œuvre. Elle passait chez moi six heures par jour, sans préjudice de beaucoup de nuits. M. Pove, perdu dans les occupations du quartier de Temple-bak, dans l'enivrement des tavernes et des maisons de jeu , fut long-temps sans connaître l'affreuse vérité* Aussitôt qu'il en fut instruit , il égaya ses chagrins par une plaisanterie d'un goût particulier, que je trouvai détestable. Il me fit l'honneur de m'envoyer sa postérité : je reçus son enfant et une lettre. L'un criait beaucoup , Tautre ne disait rien ; sinon- qu'il était juste de ne pas séparer la mère

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de son fruit, et qu'il m'aurait une parfaite obligation de me charger de l'une et de l'autre. Je le crus fou, et j'engageai celle que je l'avais entendu honorer du nom de sa femme à aller s'en assurer, en emportant son Astyanax. Elle y fut; et je la suppliai de rester à poste fixe auprès de ce père dénaturé dont les idées me semblaient trop bizarres. Elle suivit mon conseil pendant quelque temps; mais son inconstance la mit dans les bras d'un premier tragique de province {a strolUng player) ^ dont elle s'était éprise dans le rôle de Roméo , par lequel il avait débuté à Drury-Lane ou à Covent-Garden. Devenue sa Juliette, elle le suivit en Ecosse. Elle y joua l'emploi de mistriss Siddons qu'elle ne fit point oublier, mais sembla meilleure qu'elle à un chevalier baronnet qui, ensorcelé par ses charmes, lui proposa son cœur qu'elle rejeta, sa fortune qu'elle dédaigna : il lui offrit enfin son nom et sa main , qu'elle eut la bonté d'accepter. Elle s'est d'autant mieux conduite depuis , dans le rôle respectable des épouses , que monsieur son mari , qui joue la tragédie avec elle, la tient enfermée neuf mois de l'année dans une tour qui n'est point enchantée.

Repos funeste à un si grand talent.

Pourquoi les mariages de ce genre, si peu

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