‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 14 sur 95 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

cavernes subalternes , où le premier venu peut entrer sans préliminaires, et se faire dévaliser sans cérémonie.

Si j'étais roi, deux fléaux disparaîtraient de mes états : le jeu et la mendicité.... On pourrait soutenir en bonne logique et en bonne conscience , que le jeu est plus odieux que le vol; celui-ci est qualifié et puni , l'autre est honoré : il ne vit que des larmes des vaincus , et la société lui décerne les honneurs du triomphe.

Mes souvenirs me conduiraient bien à faire le portrait d'tm personnage très-marquant , si je le voulais. Peut-être le tracerais-je ressemblant, malgré la mobilité de sa physionomie morale, et en dépit de l'inconstance de ses formes. Mais il est des convenances auxquelles rien ne doit rendre infidèle ; elles me permettent seulement de dire qu'il y a des hommes que la nature a traités avec une magnificence si libérale que ses faveurs déjouent les fautes de l'inconséquence , et que ses présens survivent à tout un système d'inconduite. C'est à peu près ce que me faisait observer un vieux courtisan * que j'ai connu trop peu et trop tard. Avec toute la manière et le bon goût d'un grand seigneur des meilleurs temps, il se plaignait qu'en

* Le marquis de Saint-HélcDS, chevalier de Tordre de la Jarrc- Cièrc.

Angleterre les gens de son état eussent abandonné l'ancienne tenue pour un genre petit et maigre que la légèreté des modes avait intrpduit. ce Monsieur, continuait-il en d'autres termes , y^ nous nous .sommes habillés, jadis, de votre » garde-robe, mais les modes que vous nous pas- » siez de Calais à Douvres étaient non-seulement 3» gracieuses, elles étaient nobles. J'ai passé ma » jeunesse à les suivre à peu près, car j'ai toujours » eu aversion de courir rapidement aux extrêmes. j> Il m'en resta dans l'âge mûr mie certaine tra- » <Ution française , qui , passant dans mes mouve- » mens, mon attitude, et même dans le discours , » contribua sensiblement à assouplir la roideur » insulaire. Il y a un heureux mélange de ce que y> les deux nations ont de bon , qui doit être fondu » et adopté parce qu'il y a de plus honnêtes gens » chez les deux peuples.... Cest à cette étude que »ye dois le peu que je vaux *, Je vois aujourd'hui » la plupart de nos jeunes gens métamorphosés » en palefreniers : la politesse, pour laquelle nous » n'avons jamais infiniment brillé, diminue; et » notre nation n'a plus pour elle qu'un caractère T» original j mais varié, qui distingue plus qu'ail n leurs un homme d'un autre. Cela n'est pas assez. » Un jeune homme, à présent, se trouve assez

J'ai souligné ce dont je me rappelle mot pour mot.

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