CHAPITRE XXIII
» s'éteint et que vous tentez vainement de rallu- » mer : le temps d'une philosophie analytique est » arrivé. Plus que jamais, les grandes familles ont » besoin aujourd'hui de se remettre en crédit par » de grandes actions : il faut quelquefois repasser )} de l'or fin sur les lettres des noms illustres, » si l'on ne veut pas qu'ils deviennent illisibles, et » je crains bien que pour commander le respect » il n'y ait plus de mot assez sonore , s'il n'a pas » une épithète. 11 n'y a point d'ordre du Roi qui » rende des grands hommes à une maison qui n'en » produit plus , comme il n'est point de jardinier » qui fasse croître une plante, si le germe n'en » est pas semé. Les noms antiques ressemblent » aux vieux châteaux; quand la base en est mi- » née , on en rajeunit vainement la façade. Il faut » à l'Europe une autre éducation pour diriger ses » nouvelles notions, et pour remplacer ses an- » ciens préjugés, préjugés, qui, donnant de la » considération aux uns , étaient un frein poiir » les autres, et nous ont également sauvés de la » licence et de l'esclavage. Mais la vérité ne se » trouve que dans des termes moyens; car si:Pon » vient à fouler aux pieds les institutions des âges, » on apprendra chèrement que ce qu'on nomme » des préjugés sont les conditions indispensables » des sociétés , et les parties vitales du corps po- » litique. Mais aussi, une noblesse dormante, qui
38 MEMOIRES DE TILLT.
» n'aurait d'autres obligations que d'exhiber ses » titres dans un repos superbe * , doit s*attendre » qu'elfe est frappée au cœur et quelle va périr, 3» ainsi qu'un peuple chez lequel il n'y a plus de » puissance d'opinion ** , doit être la proie de la » puissance arbitraire, et la propriété d'un des- V pote. U faut donc appuyer ce raisonnement sur » une base composée , ne pas exiger que les grandes 3» maisons aient toujours des grands hommes , » mais insister que lorsqu'elles en produisent, ils » soient environnés de plus de vénération , de- 3» mander au peuple de respecter la noblesse ***, et » à la noblesse de se respecter à cause de lui. > En un mot ^ my lord , ak longues guerres ou de
* If A*j vftit point de rétolution en France^ il n^y en eût point eu , surtout une dirigée contre la noblesse , s'il n'y avait pas eu une si longue paix. ( JVbte de l'Auteur. )
** Il y en a une en France aujourd*hui qui assure une prééminence aux ipremievs grades d*un militaire yictoriçux. Avec le temps ee sera la noblesse, comme les grades donnent déjà la considération. ( Note de fAuuur* )
*** Ce rajfCjBneraeikt qfoX était bon pour le temps où je parlais ^ Test encdse pour cekii-ci , car il y aura toujours une noblesse ou a^ clasM qui en tiendra la- place , et des distinctions ( sur- |0oé mflitaires ) qui conduiront à la même fin. D*ailleurs ( et je Tai écrit \e premier à Tépoque du décret qui abolissait la no-* blesse héréditaire ) : £a noblesse ri est qu'un souvenir ; les noms hiÉ9ûri4fUês de ta monarchie survivront à toutes les précautions injurieuses qu'on prend conti^ eux. Rendre un décret pour supprimer la noblesse n'est que faire banqueroute aux secrétaires du ilot* Si le maréchal Berthier laisse des enfans, pourra-t'On emfiécher SCS descendans de se vanter d*étre issus d'un des compa-