‹ Meḿoires du comte Alexandre de Tilly, pour servir a ̀l'histoire des Moeurs de la fin du 18e siec̀leChapitre 23 sur 95 · CHAPITRE xxin · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxin

quelqu'un s'étant applaudidabdnheur d'avoir réconcilié la veille deux personnes de sa connaissance, qui voulaient s'arracher la vie, le fameux chevalier nouis informa que deux de ses amis lui avaient une fois donné bien dumal, et qu'il confes-^ sait même ne les avoir jamais parfaitement rapprochés. C'était, dit-il négligemment, François I" et . Charles-Quint. J'avais la confiance particulière de tous les deux^ Je fis vingt voyages pour leur faire entendre la yoix de la raison : ce fut bien contre mon avis que se donna la bataille de Pavie... Personne ne riait : moi , je ne pus supprimer entièrement le rire qui m'échappa. « Voilà qui est » mal , me dit la princesse Irènie, plus itial encore » que de ne pas laisser votre front tranquille : » cela s*en ira. »

Après souper, nous passâmes dans une assez grande galerie qui, tapissée de fleurs et d'arbustes où des armes et des trophées étaient suspendus , imitait en miniature une forêt enchantées On y évoqua Pombre de François I*' : c'était la punition de mon sourire, et la dernière fraude* du charlatanisme contre l'incrédulité. Le monarque français obéit : il comparut à la voix qili le sommait. Il montait un cheval gris pommelé , superbement enharnaché. L'amiral Bonivet, et quelque pauvre diable d'écuyer, aussi inconiiu après sa mort que durant sa vie , l'aôcompagnaiènt.

5% MiMOIRES DE TILLY.

Le costume du temps , l'attitude de cette époque militaire, les armes, tout était convenable, et, si je puis 1^ dire, chronologique. Je dois même avouer que ce personnage ressemblait aux meilleurs portraits que j'aie vus de ce royal chevalier. Il avait la barbe longue, comme il l'introduisit; et, qui plus est, elle cachait mal la blessure qui avait défiguré le bas de son visage. Des larmes s'échappaient de ses yeux : elles coulaient sur les malheurs de sa Maison. Il mit pied à terre ; son écuyer lui présenta deux épées en sautoir : il en offrit une à D'**, l'autre à moi : « Puissiez- » vous, cria-t-il d'une voix formidable, en faire » un noble et utile usage ! »

•Je confesse que cette scène fit un inexprimable effet sur mon imagination , que le vin d'Aï et les yeux de la princesse avaient déjà travaillée; je ne puis encore assez louer l'art et le pathétique répandus dans cette farce sérieuse : je crois y avoir assisté hier. Les deux épées surtout n'é^ taien,t- elles pas un emblème trop frappant de l'avepir, et de 1î^ cause qu'alors nous défendions? Elles étaient d'ime composition si fragile , qu'elles se cassèrent dans nos mains. '

François I" s'éloigna aux fanfares d'une musique guerrière; et la princesse Irène chanta iu^média-tement un air de bravoure qu'elle exécuta en s'accompagnant en maître.

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